FEUILLETS DOLOIS

Rue Pasteur à Dole - La maison qu' habitaient mes grands-parents maternels Alphonse Gindre, Hélène Ducret. Juste en face de la maison natale de Louis Pasteur.

À  DOLE  SANS  INDOLENCE

 

Vous direz ce que vous voudrez ;

Je vibre d’actu-a-lité,

Et par monts et par vaux je pars

Puis je reviens à Dole. Hasard ?

 

Que nenni ! J’ai soin des racines

Où ma plume, amène ou féline,

Coula quelques écrits majeurs

Comblant, au Net, mes fins lecteurs.   

 

Je reste Dolois sans frontière

Aux pas mesurés, le front fier

Mais malgré tout bonhomme en somme,

Avec des mots pas économes.

 

En Mai l’on fait ce qui nous plaît

Sans heurts, sans contusions, sans plaies.

Je veux que ce que l’on lit là

Soit feuillet fleurant le lilas.

 

J’écris : « Dijon – Porte du Monde »

Mais Dole, en moi, lucide émonde

Mes engouements du feu Passé.

Je renais loin des trépassés.

 

Vivre au Présent – vers au fanal –

M’est facile en cité natale.

A peine ici mes mots s’animent,

S’érodant pour polir la rime.

 

Et je songe à qui les lira ;

Lectrice et lecteur : ça ira !

Je me munis de munitions

Rimées pour ma révolution.

 

J’ai la poésie à la tonne

Qui s’amasse en gonflant et tonne

Sous les cieux du jour numérique.

Vingt-huit e-books : ah ! Que de clics !

 

Disons surtout que j’ai semé,

-Gé-né-reu-se-ment essaimé –

En contrées loin de notre France

Et j’ai toujours, Ami(e)s, la chance

 

-Par le miracle de la toile –

De gagner encor des étoiles

 À Dole ; et ce sans indolence

Mais avec racée révérence.   

 

10 Mai 2019

Mes grands-parents maternels : Alphonse Gindre, Hélène Ducret.

PROMESSE  AU  LECTORAT.

  

En 1930 ma mère avant 16 ans. Mes parents se sont mariés sur le tard, en 1948. Mais il est trop tôt pour moi de parler d’eux. Je prends toujours mon temps pour témoigner à bon escient ; au mépris de la mode du tout-venant ressuscitant les morts  pour la commodité de sa réputation facile et de l’instant. Je ne me dirai ancien résistant – n’ayant pas eu le tort de vivre à cette époque - à l’âge de mes 20 ans j’étais Allemand (notez ce lapsus provoquant !)  Je vivais en Allemagne et uniformisé (Service de Santé de l’Armée de Terre) pour le compte d’un Régiment  (le 83ème de Soutien), Quartier  Vauban de Fribourg-en-Brisgau. (Par contre et quant à cette époque, le temps a claironné pour moi d’en rendre compte ; me souvenant d’un Passé bleu qui me permet de vivre, en vie, un Présent collaborateur au service de vous – Lecteurs et Lectrices– sans frontières et sans œillères. Lectrices accortes et Lecteurs éveillés, et sans décorations rapportées de ces guéguerres dont on cultive la nostalgie sous les couronnes mortifères d’un passé décomposé. Je n’ai jamais été objecteur de conscience. Je suis acquiesceur de confiance en cette Humanité, pour laquelle je milite au chœur des chantres d’un Monde nouveau bannissant régionalisme, nationalisme, patriotisme responsables de plusieurs  millénaires de violences récompensées. Ma Francophonie, certes, peut vous sembler la bannière sous laquelle je ne me défile – et donc que je brandis – mais songez que, par le Monde, l'on compte  approximativement 80 millions de personnes parlant le français en tant que langue natale. A ceux-là s’ajoutent 190 millions de personnes le parlant en tant que seconde langue, ce qui ferait donc 270 millions de personnes parlant français dans le monde. C’est la langue officielle de 29 pays, dont la plupart font partie de la communauté de pays francophones appelée La Francophonie. Et je n’en reste pas là. Mon rejet des droits d’auteur permet, à quiconque le souhaite, de reproduire à volonté tout ou partie de mes écrits sur quel que support que ce soit – de préférence en m’en informant, mais ce point déontologique n’est pas clause contractuelle. Je me ris des appartenances à des choses qui nous ont été données alors que nous n’avons rien fait du tout pour les acquérir… »Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ! » - ce que nous enseigna Iéshoua’ le tout premier Communiste. Mon lectorat numérique – au vu des statistiques de mon site danois 123be – se manifeste en moyenne hebdomadaire  de plus de 400 visites depuis Janvier 2020. Quant à Facebook, je ne dispose pas de moyen de décompte afférent à tel calcul. Vient de sonner pour moi le temps des comptes à rendre. Mais il est encore trop tôt pour  m’entretenir à bon escient et avec vous de tout. Pour l’essentiel –et donc- l’existentiel je fourbis mots et pages en m’ingéniant le plus souvent possible à ce qu’ils deviennent étoiles sur la toile. En 1930 ma mère avait 16 ans, elle habitait - avec ses parents, son frère et ses quatre sœurs – rue Pasteur à Dole (Région de Bourgogne-Franche Comté, département du Jura). Vous aurez donc, Lectrice accorte et Lecteur éveillé, d’autres mots de moi rapportés de ma ville natale.

(Lundi 11 Mai 2020)

Acte de mariage de mes grands-parents, à la Mairie de Jouhe (Jura).

SOUS LE SIGNE DE LA CROIX

 

Dole (Jura). Ecole Pasteur. Eté 1965. Sortant de 5ème classique du Petit Séminaire Notre-Dame de Vaux-sur-Poligny je suis inscrit pour la classe de 4ème. Et comme ayant quitté l’Ecole Primaire  pour le Secondaire sans avoir passé le CEP (le célébrissime « Certificat d’Etudes Primaires") je suis mis en demeure de le passer avant la rentrée de Septembre. Estivale récréation que l’obtention de cet emblématique CEP, lorsque l’on sort de deux années classiques avec latin et grec ! Première des trois originalités de mes études, avec le Droit en 1972   et  l’année  universitaire  1996–97 au  Séminaire international d’Ars-sur-Formans dépendant de l’Académie de Lyon. Cette Ecole Pasteur, à l’époque, assurait l’enseignement général et l’enseignement technique. Elle était conduite par les Frères des Ecoles chrétiennes dont la Maison mère se trouvait rue Andrey à Besançon. Ces frères portaient encore la soutane grise. L’Enseignement général était dirigé par le frère Lambert ; l’Enseignement technique par le frère Romain. Je connus : frère Gérard (anglais), frère Rémi (Mathématiques), frère Paul (Physique-Chimie), un Monsieur Sublet (français) et frère Romain (dessin industriel). Des civils assumaient les autres matières. Les deux disciplines dans lesquelles je m’illustrai furent le français et l’anglais. Frère Rémi devait nous quitter brusquement à la suite d’une crise cardiaque, en 1966. Certains de ses élèves –dont je faisais partie – assistèrent  aux obsèques célébrées dans la chapelle de la rue Andrey à Besançon. Il fut inhumé au petit cimetière privé de la même adresse. Les sépultures ont regagné depuis le  cimetière   Saint-Claude,  dans  le  même quartier. C’est ainsi que je me rendis pour la première fois rue Andrey, que je devais retrouver quarante-neuf ans après lors de ma rencontre avec la Fraternité Saint-Pierre, desservant l’église Sainte-Madeleine pour la liturgie tridentine, et sur intervention du pape Benoît XVI.

C’est durant ces deux années scolaires 1965-1966 / 1966-1967 que –  toujours passionné de Musique d’orgue, j’étudiais l’harmonie avec le directeur du Conservatoire de la Ville – je couvris un certain nombre de carnets intimes, sans toutefois la moindre intention littéraire. Je regretterai toujours de ne les avoir pas conservés ; ces mines en tous genres expliqueraient sans doute aujourd’hui mon arrivée  brutale  dans  les Lettres en 1977. Et, surtout, elles attesteraient que je n’ai pas changé, que je ne me suis pas renié, qu’un sang neuf irriguera toujours mes pensées ; ce qui me maintient dans une chrétienne intemporalité salvatrice et sous le signe de la croix.

L’assurance de ma pieuse estime demeure aux Frères des Ecoles chrétiennes encore pèlerins sur notre terre. Le souvenir d’anciens camarades d’études de l’époque me reste également dans la pensée amicale et orante.

En forêt de Chaux - Crédit photo : www.jura-tourisme.com

 EN  AVENT !

                       à Justine l’Habitant

 

Entre deux nuits dans mon dortoir

Provisoire –actuel isoloir-

Je vis souvent en la Comté

D’où, voici longtemps, je suis né.

 

J’ai le don sûr de détecter

Les lieux suris où respirer

Sous-tend de la résignation ;

L’on dit « mauvai-ses vibrations ».

 

Chez les bouseux des cités viles

Je laboure en terrain fertile,

Afin de jeter ces cobayes

En de ténus lettrées semailles.

 

J’enfourne – alléché, boulimique –

Les couplets octosyllabiques ;

Ce, pour égratigner les cons

Se prenant pour Napoléon ;

 

(Par exemple, attendue et vue

La géographie des locdus ;

Certains paons sont fiers de leurs tartes

Et d’autres coqs de Bonaparte).

 

J’avoue préférer Lacuzon,

Bakounine ou encor Proudhon

A tous leurs présumés « grands hommes »

Qui me font me fendre la pomme.

 

L’on peut souffrir ces ouistitis

A condition d’être endormi ;

Mais le jour foin de ces faquins :

Il faut se ressourcer au loin !

 

Ah ! Que survienne enfin le Monde

Nouveau pour engrosser la ronde

Des vivants réels éveillés ;

Et que les morts soient dispersés

 

Au vent de l’oubli du néant !

Je clos un karma gris céans ;

Et la transition vogue au gré

Des eaux dorées de la Comté.

 

Je vais reprendre du service

-Sous le seing vert de la milice-

Par d’autres feuillets libertaires

Fustigeant les zombis grégaires.

 

À bas la calotte apostate,

Les politicards dont je mate

Le cul à coups de vers ! Les Temps

Nouveaux en sont à leur Avent.

 

Mais mon avenant est « qui aime

Châtie bien ! » Cet adage essaime

Loin des ruchers de mes mots forts.

L’amour amollit les retors.

 

L’appel est fait aux longs apôtres

Fervents ou non des patenôtres :

Toujours il n’y aura qu’un Dieu

Mais des humains fermant les yeux.

 

Avant que d’évangéliser,

Ce qui convient c’est d’éveiller

Les gens destinés à mourir

Et dont la vie fut de dormir.

 

Mais, nonobstant, je ne me porte

En sauveur ; simplement j’exhorte

Mon semblable à fuir son semblant,

D’exister durant son vivant.

 

Par devers moi dans la rigole,

Repêchant l’autre je rigole.

Bien mieux vaut, sur ses deux pieds rire,

Que, glacé de chagrin, gésir.

 

Depuis quarante années j’aligne

Des couplets qu’à deux mains je signe.

Francophonie, provocation

Et Musique ont ma dévotion.

 

Je dois aux en-ne-mis le fil

Coupant de ma plume indocile.

Alchimiste depuis des lustres

Je transmue en amis les rustres.

 

Décidément rien ne se perd,

Tout compte et tout se récupère.

Il faut jongler avec le jour

Tel qu’il s’est levé, clair ou lourd.

 

Changer, se dépasser, créer :

Impératifs pour subsister !

L’a-ve-nir appartient aux sires

Ayant su éviter le pire.

 

En avant vers l’Avent, mes frères

Et sœurs dont je suis le compère !

Que la pensée unique inique

Soit la bête haïe que l’on nique !

 

Page écrite en forêt de Chaux

Puisque honorer Dole il me chaut ;

Afin que né dans la cité,

Sylvain je n’y fut vain lettré.

Jeudi (Jour de Jupiter) En forêt de Chaux

8 Novembre 2019.

« Me voilà de retour de ma promenade Ardéchoise. Et quelle n'est point ma surprise de trouver ce billet, comme annoncé à la fois "décapant nuancé", mais aussi courtois que je lis et relis (puisqu’il m’est très gentiment dédié), non sans une certaine béatitude, tant le rythme cadencé des vers et le combat qui y est mené, de plume et d’épée, me parle, en amie d’encrier. J’aime beaucoup également ce titre, à la fois bien trouvé de par la référence à période de l’Avent (dans laquelle nous nous trouvons), l’analogie évidente avec la locution « en avant », donnant le ton et davantage de dynamique encore, à ce poème qui va déjà bon train, et que je sens ironique (peut-être une pointe envers le cataclysme politique actuel « en marche » arrière toute, auxquels les vers pourraient également faire Echo si on pousse la métaphore.) Néanmoins si lettrée je suis, d’un master affublée, c’est avec un grand plaisir, celui d’une éternelle émerveillée, que je découvre à travers ton jargon mon cher Nicolas Sylvain, des mots encore inconnus à mon répertoire. C’est le cas du mot «  Locdu » que j’apprends ce soir, les yeux pétillants de cette belle découverte.

Il faudrait des heures pour répondre à un tel billet, que je relis et qui à chaque relecture me laisse entrevoir une partie de ses richesses, figures de styles enfouies et secrets bien gardés de la rhétorique. Néanmoins certaines stances qui n’en font pas état, font pourtant tout aussi mouche et retiennent également mon attention. Telle :

« …simplement j’exhorte

Mon semblable à fuir son semblant,

D’exister durant son vivant. »

 

Justine Lhabitant, Besançon.

justinelhabitant.wixsite.com/website

Crédit photo Géant-Casino de Dole, 5 Janvier 2017.

AU BON PASSĖ…

 

Vendredi 14 octobre 2011 - Halte de deux heures à Dole ma ville natale, en début d’après-midi, et sur l’un des deux bancs gris marbrés par les intempéries juste avant l’église de La Bedugue lorsque l’on vient du centre-ville. Il y fait un bel automne doré. Un flot de forts souvenirs me conforte dans mon estimation que nous devons revivre les bonnes séquences du passé quand elles nous hèlent  d’un coup à l’improviste. Juin 1990 – Mai 1994. J’habitais 16 D, rue du Dauphiné, rez-de-chaussée, aux Mesnils-Pasteur. Secrétaire à mi-temps au Comité de Probation et d’Assistance aux Libérés du Tribunal de Grande Instance, une année. Et puis trois ans de liberté totale. Ma sœur et ma mère venaient parfois me rendre visite à l’issue de leurs courses faites tous les lundis après-midi à Cora.

Oh ! La vie intérieure sacralisée par les brèves raptures de  la contemplation ! Je réalisais, sans le savoir, et très sereinement, une vie d’ermite dont je reste actuellement très en peine de retrouver la sente. Dole, l’époque des très longues promenades avec, dans mon sac en bandoulière d’auteur paresseux, toutefois un stylo-bille et un petit carnet – pour noter l’essentiel. Je ne possédais pas encore d’ordinateur – on n’en trouvait que dans les entreprises - mais une petite machine à écrire métallique. Je me rendais rue Pasteur dans un organisme de formation en informatique pour faire du traitement de texte.

Larges promenades d’une journée, dont mes pèlerinages à Notre-Dame du Mont-Roland. Et puis le long de l’eau, en allant sur Choisey. Et sur Brevans, cette fois le long du canal, après avoir marqué une halte révérencieuse au « Pâquier » : terrain de sports ou, durant ma secondaire à l’Ecole Pasteur, je m’esquivais très au loin des matchs – j’allais écrire « conventuels » -  prétendant vouloir faire du footing…Et puis il y eut cette soirée de juin, peut-être 1966, où j’obtins l’extraordinaire autorisation de sortir en ville – alors que j’étais pensionnaire à l’Ecole Pasteur– pour assister au concert donné, au Lycée Charles-Nodier dans la Cour des Dames d’Ounans, par le Conservatoire de la Ville auprès duquel je prenais  des  leçons  d’harmonie.   Principalement   au   proprogramme : les Symphonies pour les Soupers du Roy de Michel-Richard Delalande. Il y eut également du Vivaldi, je crois. Qu’a donné cette période de liberté contemplative ? Bien des pages du Cahier du Jour – tome I dont je ne possède plus aucune relique. Mais, comme le reste, il me reviendra, quelque jour et par surprise.  Bien sûr, je dois retourner dans ma ville natale. J’aimerais y être de  nouveau domicilié. Notamment pour me perdre de contemplation – en risquant de m’y perdre tout bonnement – au travers de cette forêt de Chaux (seconde forêt de France pour la superficie avec près de 21 000 hectares). Je suis né à Dole. Mes parents habitaient rue du Val d’Amour, au début, sur la gauche, quand on vient de l’église.

Locomotive à vapeur en gare de Dole. (Crédit photo : wikipedia.org)

 

NOSTALGIES DOLOISES

 

FLEURS DE  FEMMES.

 

Une tranche de bonne vie… Je suis au Jardin Philippe, au bord du Doubs, assis sur la première des sept marches en pierres noircies qui descendent vers l’eau. Une eau légèrement boueuse entraînée à vitesse moyenne par un courant subtile, fait de remous plats et de tourbillons très artistiques. La bise souffle, ce matin.

10 h 10. Je sors de Dole-Bureau où j’ai procédé au tirage des « Coulisses de la Rue » de Monique. J’ai acheté une petite tranche de jambon fumé à la boucherie –charcuterie Fouchard (juste en face de Dole-Bureau) et je suis venu manger tout en regardant l’infatigable flot des voitures qui passent derrière la rive d’en face. Flots de ménagères se rendant à Mammouth ; flots de riverains montant au centre-ville.

Les lycéens, les lycéennes, croisés vers le Lycée Charles-Nodier ont terminé leur semaine vers dix heures. Rien de changé depuis mon adolescence à moi (il y a plus de vingt ans). Les garçons, toujours entraîneurs, sont hâbleurs et catégoriques. Les filles, plus fleurs de femme que jamais, maintiennent leur touche fille-femme que l’on peut déjà porter sur des couches de caresses avides. Avec quelque curiosité  toutefois, tournées vers l’homme qui va bientôt commencer à balancer entre deux âges ; une ou deux d’entre elles me regardent, évaluant ma démarche de jupitérien et mes moustaches à la Cavanna.

Si seulement ces petites fleurs de femme devaient ne rester toute leur vie que des petites fleurs de femme ! Je suis réellement féministe, lorsque je croise des femmes vêtues comme des femmes ; des filles parées pour attirer et qui sous-entendent leur sensibilité jusque dans un battement de cils.

Samedi 4 Mars 1989 – Dole (Jura).

 

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NOSTALGIE SUR RAILS.

 

Les trains m’ont toujours fasciné. Ce matin, devant moi, trois citernes de tailles et de formes différentes sont laquées par la pluie. Allant du blanc cru au blanc gris jauni, leurs flancs sont dûment numérotés, répertoriés, estampillés. La motrice, couleur d’azur délavé, ronronne au ralenti. Les impulsions d’une bise légère dégagent de tout le convoi des odeurs mêlées de rouille, de fer mouillé, de graisse et d’huile froides.

7 h 13, le convoi chimique (liquides inflammables et poisons) quitte le quai 2 pour revenir en arrière sur une voie de garage, depuis laquelle des  transporteurs  routiers  prendront livraison des produits à convoyer jusqu’aux commanditaires. 7 h 20, six voies sont libres devant moi. Le ciel est gris, barré verticalement tous les trente mètres par les poteaux métalliques ; striés horizontalement par des câbles électriques.

L’ai a toujours une odeur de fer froid mouillé. Mystérieusement, et deux à trois fois par quart d’heure, il me semble percevoir fugacement, chaude et nostalgique, l’odeur de fumée   de   ces   bonnes   grosses   locomotives à vapeur. Ces monstres placides. Ces chaudières roulantes chuintant, sifflant, soufflant, suant de partout. Ces « bêtes humaines » d’un noir mat poussiéreux par temps sec ; d’un noir de jais luisant par temps pluvieux.

J’aime à me retrouver dans les vieux wagons traditionnels en voie de disparition. Prendre le Simplon pour aller à Dijon ou bien à Paris. Dole-Paris : 7 h 43 – 10 h 55 !   Un  voyage posé, nostalgique, presque d’antan ; je dirais même révérencieux ! Ultime hommage à la gloire du premier volet de l’histoire de la SNCF.

Ce matin, je découvre, peiné, que le Simplon ne s’arrête plus en gare de la ville natale de Louis Pasteur.

Mercredi 20 juin 1990 – Quai 2 de la gare de Dole – 7 h 30.

 

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MANÈGE D’ENFANTS.

 

Une cabane de bois en forme de toiture de chalet, avec une balançoire derrière ; quatre autres balançoires métalliques à deux places, celles-ci au pied d’un arbre séculaire, soutenues par un même support, avec un écriteau « peinture fraîche » qui oscille sous le vent tiède. La peinture est d’un vert moyen brillant. Derrière le tronc séculaire triple, une construction cubique formée d’échelles en tubes de fer rouge vermillon. Entre ces deux attractions, un petit toboggan. Beaucoup plus loin à gauche, un manège tournant.

Pas d’enfants. Un peu triste tout cela. Mais vers treize heures, soit un quart d’heure après ma prise en écriture, le manège  de balançoires va et vient sous les cris de quatre petites filles avides d’émotions sportives. Après la balançoire, c’est  le  toboggan  qui  est  assailli. Puis la cabane de trappeurs reçoit la visite furtive et galopante d’une petite squaw à queue de cheval.

Bien au-delà de cette scène d’enfants explosive, les nuages moutonneux semblent s’être arrêtés. Je les comprends : derrière eux…l’orage ! « Allez, nuages, rebroussez ciel ! » Je pense tout à coup à ce vers libre tracé au printemps 88 pour une petite fille. Alors, soudain je deviens triste.

La petite fille n’existe pas encore…

Mercredi 27 juin 1990 – Dole, Cours Saint-Mauris – 12 h 45.

          

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LIMITES  ET  MAGIE  DES  MOTS.

 

Pourquoi tant de paroles sans raison, qui claquent dans les rues de la ville ; qui tapinent, gouailleuses sous les arrêts de bus et sous les porches, qui descendent le trottoir en frétillant, et le remontent à contre-courant ? Des paroles végétales ou poisseuses, ou saignantes comme le rouge des quartiers de bœuf, jetées à la criée, sonnantes sur le plateau des balances en tôle patinée par le vent qui s’abat sur les marchés et touche à tout sans jamais rien payer ? Pourquoi tant de paroles qui croisent vainement le fer dans les rues de la cité ?

Pourquoi tant de paroles pompeuses, didactiques roulées dans la craie leucémique des tableaux ; brevetées  par  les postulats, les théorèmes et les  équations ; des paroles guindées  sous  l’habit vert ?  Des   paroles   odorantes   comme   les   grains d’encens qui grésillent en brûlant et s’élèvent dessous la voûte des esprits, menaçantes comme un prêche qui tombe sur la tête des fidèles ; des paroles réconfortantes comme les promesses d’un Au-delà problématique ?

Pourquoi tant de paroles péremptoires qui veulent démontrer, convaincre, inquiéter, manipuler ?

Pourquoi tant de « je t’aime » factices, écrits, soulignés, raturés sur des papiers à lettres de tout grain et de toute couleur ? Des « je t’aime » chuchotés dans la brume artificielle d’un slow lancinant au bal du samedi soir ? Des « je t’aime » dominateurs, ordonnés comme par la voix tranchante d’un tribunal ? Des « je t’aime » calligraphiés au flanc d’une porte cochère à l’ombre du château de Madame La Comtesse, à l’époque adamantine de la « Douceur de vivre » toute en rose et en loups noirs des soirées masquées qui ne reviendront jamais plus ? Des « je t’aime » pattes d’encre nubiles sur le mur d’un préau de lycée. Pourquoi tant de « je t’aime » aussi pâles de conventions polies que ces « bonjour ! » matinaux encore plissés par la léthargie de la nuit ?

Ce ne sont pas les mots qu’on dits

Qui changent la face des jours

Ce ne sont pas les mots d’amour

Qui détournent les tragédies

(Louis Aragon)

Les mots parlés, trop souvent stérile tintamarre, excuse des mous, des pleutres  et des  égoïstes qui croient masquer en toute impunité leur indifférence envers la peine d’autrui. Il ne leur suffirait pourtant, à ces neutres, que d’un petit acte. Il ne leur suffirait que d’une démarche bénigne pour aider celui qu’aspire la venelle du découragement. Mais voilà : il faut payer de son pas, d’un souffle de son temps, d’une buée de sa notoriété publique ; alors rien ne paraît plus convenable ni de meilleur ton à moindres frais qu’une bonne parole, très digne mais enflée, sonore et tout à trac sur le zinc de la rue pour qu’elle soit gobée par le voisinage. Les paroles vaines sont des excuses qui giflent l’indigent. Le silence, lui, cause moins de mal qui ne fait tournoyer devant les yeux les ailes de la promesse. Lorsqu’on ne peut rien contre le malheur d’autrui, il vaut mieux, il faut mieux choisir la pudeur de savoir se taire.

Pourtant il y a la magie, la fascination des mots écrits dans un regard et qui sont bien trop forts, bien trop sublimes pour être normalisés, décatis entre les barreaux terre-à-terre de la parole. Les yeux qui parlent aux êtres qui ont suffisamment de sensibilité et les regards sont les yeux du cœur. « Les yeux qui pensent au loin », « dans tes yeux qui  vont si loin », « faire l’amour avec tes yeux » : autant de métaphores coutumières pour qui surprend un jour le langage des yeux.

Une confrontation avec tes yeux m’apprendrait plus sur toi que tout un arsenal de questions que je pourrais déployer. Et si – lasse et amusée – tu fermais les yeux, je continuerais à lire sur l’ombre de tes paupières. Je t’ai dit ne pas aimer poser de questions. Je t’ai confié ma passion pour la neige. Et je fondrai avec la neige. Je deviendrai mousse, herbe tendre que ton pied foulera, distrait. Tes yeux, peut-être, parfois s’arrêteront un bref instant sur le sol, et leur turquoise se ternira soudain forcée comme par une immense question. Puis tu repartiras en haussant les épaules. Complice avec la soie blonde et frisotante de tes cheveux, le soleil ravira ton visage.

Et moi je verdirai plus fort au souvenir de l’ombre de tes hanches.

Dole – 22 Octobre 1985 – CHG Louis-Pasteur.

 

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MON  COUSIN  MIHAÏL

 

J’avais perdu mon identité en perdant mes forêts. Mais, brusquement je reprends mes forêts, mes forêts me reprennent. Et tout cela solennellement, avec grandeur, magnificence ; puisque c’est la forêt de Chaux – 21 000 hectares en banlieue immédiate de Dole, ma ville natale – de tous ses rubis, de toutes ses fragrances, de tous ses murmures et de toutes ses orgues profondes qui m’accueille, moi, le fils prodigue asphyxié par des préoccupations artificielles. En cet après-midi automnal très enluminé, la forêt me souffle d’épaisses odeurs cuivre frais à étendre sur tranche de pain. Et même l’odeur d’un stère de charme coupé, laisse sous mes narines goulues comme un souffle de fournil.

Pour la première fois de ma vie, je fais un repas de forêt. Je goûte la forêt. Je mange la forêt. Sylvain fait un repas sylvestre. Mon âme reprend des forces.

Indispensable apport de la retraite. Que n’ai-je suivi mes inclinations d’adolescent ! J’aurais laissé des rames de pages ciselées, des liasses de poésie pure, des cahiers de musique intime.

J’ai préféré le tintamarre d’un miroir aux alouettes qui, du reste, ne m’a rien encore apporté de tangible.

Dieu fasse au moins que mes ambitions me transportent jusqu’au mont du Gutînul (près de Baia-Maré en Roumanie, à 1500 mètres d’altitude !)

Pour l’heure, en lisière de la ville natale de Louis Pasteur, je fais un repas forestier. Et ce  n’est pas un repas de végétarien, des fumets équestres relevés me parviennent du Centre Poney Club…

Il y a bien évidemment de la musique traditionnelle : commentaires rauques du corbeau de garde, et tout un échantillon bigarré de virtuosités d’oiseaux dont j’ignore les noms.

Avec un peu moins de paresse littéraire et un peu plus de retraites forestières militantes, je deviendrais l’Eminesco * dolois…

 

*Mihaïl Eminescu (1850-1889) né près de Botochani, poète lyrique roumain – Poésie (1880)

Dole – 15 Octobre 1991.

(Extraits de CAHIER DU JOUR – Journal – Tome 1er – 124 pages – Collection Florica – 4ème trimestre 1990 – Dole. (Epuisé).

 

Voir, sur le même site :

 

-Dijon, L’Éveil et l’Envol (Côte d’Or)

-Vesontio (Besançon, Doubs)

-Louhans (Saône-et-Loire)

-Saint-Jean-deLosne (Côte d’Or)

-Bercy, berceau de mon Paris.

Depuis le Printemps 2004