BERCY, BERCEAU DE MON PARIS

Paris, rue de Charenton - Samedi 28 Mai 2022.

ORDRE DE MISSION PARISIENNE.

 

J'enfournerai l'octosyllabe

Afin de citer Charenton,

Mais, Cher Lecteur, prenant garde à *

*Bannir le moindre charançon

            Dans ma chanson.

 

Je me suis enfui d'un Passé

-Où j'ai croupis dans un cloaque-

Pour un Paris, rasséréné ;

Où nul ne voudra que je craque,

            Ou que je claque.

 

Ce Paris ne garda mon père.

Il perdit vocation, châteaux

Qu'il jardinait ; pour la misère

D'un trou du cru de rats, de veaux

            Et de corbeaux.

 

Lors, le droit Karma me mandate

Pour venger sa mémoire. En garde !

Il ne m'est al-loué de date

Pour y parvenir ; rien ne tarde

            Et Dieu me garde.

 

Je rejoins le Paris des Lettres,

Autonome, entier, galonné.

Dans les sectes je ne m'empêtre.

La Francophonie m'est alliée

            Et destinée.

 

Point ne suis encor Parisien,

J’y viens week-ends et jours fériés ;

Et quand ce Paris sera mien,

Je ne serai dépaysé

            Mais adopté.

 

En ces temps neufs où tout va vite,

Tracés le matin mes mots fusent ;

Avant le soir le Net s'agite

Et vous les envoie car ma muse

            Pour vous ne s'use.

 

J'enfourne ainsi l'octosyllabe

-Depuis la rue de Charenton-

Pour vous écrire et livrer la*

*Brève et circonstanciée chanson.

 

*Enjambement de la rime préconisée par Louis Aragon.

Escadron de Vélibs', place Huguette-Hamelin, entre la rue de Pommard et la rue de Bercy - Cliché : Samedi 28 Mai 2022.

 GARÇON, DE QUOI ÉCRIRE !

 

Mes maîtres sont dans l’Autre Monde ;

       point besoin de fuser en trombe vers quelque grand champ du Repos,

      pour pleurnicher près de leurs tombes.

Cela ne leur plairait point car

       ils sont fixés là où ils sont.

Pas besoin pour moi d’être hagard

       en me posant trop de questions ;

       je dois simplement rédiger

       ce qui me démange au plumier.

 

Certes je voudrais bien croiser

-à son guéridon de  Paris-

Prévert devant son verre en terrasse d’un bar à trottoir…

Mais mais malgré ce mois de Mai

       je ne puis faire ce qui me plaît.

Tonton Jacques me dirait d’ailleurs :

« Tu l’as enfin ton Paris du Sam’di ;

       alors écris en prose, en vers mais écris quelque chose !

Telle est ta vocation ;

        la Seine aura pour ta plume une encre indélébile qui ne coule pas débile.

Ecris donc à Bercy en disant ‘merci’ à la Vie ! »

Depuis le pont de Tolbiac, les tours de la BnF "François-Mitterrand" Cliché : Lundi 6 Juin 2022.

PARIS DE TOUS LES PARIS.

 

À Paris

            l'on ne pâtit des ondes grégaires

            -telles celle qui éclaboussent dans les cambrousses ;

            en vous matant sous les filtres visqueux

            des conservatisme et chauvinisme,

            racisme et dictature des emblavures.

À Paris

            pas de sangsues derrière des rideaux gris.

À Paris

            pas de gens d'ici vous demandant d'où vous venez,

            combien vous gagnez et pour qui vous votez.

À Paris

            personne pour déblatérer sur votre mise.

À Paris

            pas de vieux paons du cru

            pour se pousser du coude

            quand vous passez sans les saluer.

À Paris

            l'état de vous trouver vous-même

            vous stabilise, vous fertilise

            confortant vos raisons de vivre.

À Paris

            vous ne trouvez pas le Monde immonde

            puisque vous le vivez, ce Monde,

            tel qu'il est :

            cosmopolite aux couleurs ondoyantes ;

            sans frontière, aux visas multiples ;

            humaniste en voie de Mondialisme ;

            sous le regard de Dieu

            puisque les églises et les mosquées,

            les temples et les synagogues

            officient sans véto.

À Paris

            l'on insuffle l'écologie

            et le vert côtoie le béton.

À Paris

            l'on n’oublie les grands écrivains,

            grands musiciens

            et tous les créateurs ayant souvent donné le « La »

            au reste du Monde.

À Paris

            je brandis la Francophonie

            et sert la France au seuil des Grands Lointains.

À Paris

            l'on pressent les paris

            du Monde Nouveau.

L'une des tours de la Bibliothèque Nationale de France "François-Mitterrand" - Cliché : Lundi 6 Juin 2022.

FRANÇOIS MITTERRAND

 

Il fut un méga-Président et je lui dois des années de vers

-mes années d’apprenti- rimeur lors de son Printemps de la Rose.

On n’oublie pas qui vous pressa le pas

       sur un sentier novice ouvrant sur des futaies de vers.

Aujourd’hui à Bercy, je salue sa Bibliothèque,

       en songeant qu’Internet va couler tous mes mots

       vers les Grands Lointains francophones.

Merci, Monsieur le Président, d’avoir été lettré

       pour le prestige de notre France !

Au cimetière de Bercy, rue de Charenton - Samedi 28 Mai 2022.

BON APPÉTIT BIEN AVANT L'APRÈS-VIE !

 

La rue de Charenton m'a charroyé

            au cimetière de Bercy.

Eh ! Je vais y casser la dalle, il est midi,

            entre les tertres, entre  les dalles.

Je suis le Troll qui trouble

            pour touiller * les consciences.

Rire est le propre de l'homme

            -il ne faut donc pas être sale.

Galopons à tire-la-ridelle

            autour des corbillards, et, rigolards,

            fossoyons  le Passé caduc et la pensée unique !

Si l'avenir appartient

            à qui l'a vu  le premier ;

            le Présent de Bercy est disponible à tous.

Faisons, de la Camarde,

            notre camarade !

Ensuite :

            bon appétit car rien ne nous  talonne pour l'après-vie !

 

 

*touiller  remuer en tournant un liquide dans une casserole.

 

 _______ 

 

BON APRÈS-VIE.

 

« J'aime à casser la dalle dans un cimetière ».

L'expression eût plu à Prévert.

Avec de l'ail et de l'oignon

-de l'huile d'olive-

mon casse-dalle est de pain composé :

seigle ou maïs ou simplement complet ;

avec un peu de Tabasco ou d'Harissa,

et de l'eau citronnée pour inhuler le tout.

A quand les cimetières bio nourris de viande halal ?

J'ai tant assisonné de viandes

-froides- *

que mon karmique plaisir est de me sustenter

là où la terre digère, à vie, ce qu'on lui sert.

Dies irae rien à cirer

des regrets des bourges coincés

pour les salons de marbre où l'on célèbre le néant !

 

J'aime à casser la dalle entre les tombes

où tous les quidams visiteurs

prient et puis filent en trombe

vers l'avant-veille de leur Eternité.

Et la Camarde en joie cliquète et geince des mandibules :

-Bon après-vie !

*accompagné les enterrements à l’orgue liturgique.

Au Parc de Bercy - 14.5.22.

COMPTES À RENDRE, UN JOUR,
À DEUX JARDINIERS.



Dans Paris
       je songe à Prévert et à mon Père.
L'un jardinait les mots
       et l'autre jardinait dans les châteaux
       en Région parisienne
       (décorateur-paysagiste).
Vous direz ce que vous voudrez ;
       j'ai plutôt fort intérêt à bien les aligner
       mes mots à moi ;
       sinon dans l'Autre Dimension
       ça risque de fumer sur la gueule de mon âme.

Au pont de Tolbiac. S.14.5.22.

« Allez ! On s'est trompés, on a été trompés, on a toujours tout gâché, on ne s'est pas vraiment connus, on ne s'est jamais compris, je n'ai pas su vous aimer. Allez ! On recommence et cette fois-ci l'on vit pour de bon... »

Cette confession tirée de « Bas les Masques ! » résume le constat que j'avançais, en Mai 2009, sur les relations de notre petite famille. Pour les deux traumatismes qui me gâtent encore les souvenirs de la prétendue enfance heureuse ; ils ont été « romancés » dans ma nouvelle « La Tache de Naissance ». « Romancés » parce que transposés tels quels dans un récit de fiction. Le personnage narrateur de la nouvelle, je l'ai baptisé « Gabriel-René »  mes troisième et quatrième noms de baptême. La méprise est impossible, mais pour moi, en théorie, l'affaire de ces traumatismes est liquidée dans les eaux sales du Temps passé et trépassé.

Je ne t'ai compris- en 1987 – que vingt années après ta mort. Ce mois de Juin 2022, cela fait cinquante-cinq ans que tu as fusé dans l'Autre Dimension à la suite d'un infarctus. J'avais seize ans. Il ne me souvient pas de t'avoir jamais écrit. Tu devais être aux antipodes d'envisager qu'un jour j'écrirais – mais tu avais en horreur que je perde mon temps avec la Musique... (« La Tache de Naissance » en témoigne. Aujourd’hui, je ne t'en veux plus du tout ; puisque la musique avec les mots s'avère infiniment plus appropriée pour moi que celle d'un clavier – toutefois je reviendrai à ce clavier, mais pour la seule composition.

En 1987, une prime compréhension spirituelle fait que j’acquiers  la conviction de pouvoir un jour communiquer avec toi. Ensuite, je vaticine au gré de maints ouvrages de doctrines orientales. Vingt ans plus tard, les Expériences aux Frontières de la Mort et ma propre intuition rejoignant fréquemment les dons de médium ; m'ont laissé entrevoir que si -depuis le Présent- nous ne pouvons pas modifier le Passé ; en contrepartie, communiquer avec les êtres dans l'Autre Dimension modifie la perception et les souvenirs qu'ils pourraient avoir gardés de nous -cela, bien évidemment, s'ils ne sont pas des âmes en peine ni encore moins des damnés. Donc, dans quelle que sphère qu'ils évoluent dans l'Autre Dimension, nos « chers disparus » peuvent nous voir et nous comprendre infiniment mieux que s'ils fussent encore avec nous sur la Terre. L'on dit bien que lorsque l'on pense à Dieu Il nous regarde. Et quand on lui parle - avec foi totale et avec le cœur – il nous répond ; naturellement jamais en paroles mais en événements qui surgissent, impromptus, dans notre vie quotidienne. La « Communion des Saints », c’est cela.

Or, les desseins de Dieu demeureront toujours impénétrables, même s'ils se concrétisent par...voie ferrée. Tout récemment je souscris un abonnement annuel « Pass Mobigo Flex quotidien », valable pour un parcours fixe sur la Région de Bourgogne-Franche Comté ; me permettant de voyager gratuitement le Samedi, le Dimanche et les jours fériés - cela dans la région et…jusqu'à Paris. Ces fort généreux avantages  m’inspirent un  enthousiaste merci à la SNCF! Et ces avantages ferroviaires n’étant valables que  sur TER ; je rejoins, découvre, adopte et fréquente toutes les semaines Bercy – qui n’est pas accessible par TGV ! Aborder Paris me plaque à la pensée l'indicible malheur pour toi de ne pas être resté dans la Capitale. Tes raisons, je ne les ai jamais connues. Tu nous racontais parfois que tu avais travaillé dans tel et tel château de la région parisienne. C’était ta vocation. Tu le savais. Ce n'était bien évidemment pas pour planter des pommes de terre mais, selon la dénomination actuelle, pour un travail de décorateur-paysagiste. Toutefois, arrivé dans le Bas-Jura, tu excellas dans le jardin potager. Tu t'investis  même dans la culture des chrysanthèmes que tu  vendis aux habitants du village.

« Village aux terres malsaines » (dixit un dictionnaire ancien et classé des villages du Jura). Cette influence avait certes pollué le mental de certains de ses habitants qu'un instituteur avait d'ailleurs surnommés « les Cloportes ».  L'objet de ma séquence n'est pas de faire le procès de ce village nocif ni non plus d'étaler toutes les avanies qu'il te réserva. Vindicte qui, à ta mort, retomba sur mes épaules déjà tombantes devant cette « malédiction des Cloportes ». L'apothéose de l'abjection de ces maudits fut de tenter de me faire jouer le premier rôle dans une version bouseuse de « Vol au-dessus d'un Nid de Coucous ». Inouïe, cette dictature de cambroussards misant sur la décentralisation pour salir et détruire qui ne pense pas comme elle !  Depuis que je m'étais fait connaître sous le pseudonyme littéraire de Nicolas Sylvain, je n'avais pas bonne presse au grand jour tamisé diabolisant ces terres malsaines. C’était la « Mauvaise Réputation » chantée par Georges Brassens. Mais tenter, à plusieurs reprises,  de me faire boucler à vie chez les dingues... Paris devait me tirer de la dictature stalinienne des emblavures ! Ce qui fut administré. Une première plainte au Ministre de l'Intérieur de François Mitterrand – Pierre Joxe – et une seconde, plus tard, à celui de Jacques Chirac – Charles Pasqua. Cela s'ourdissait en 1984 et ce n'est qu'en Décembre 2011 que j'appris -de hautes instances parisiennes - ce qui était advenu de mes plaintes. Depuis ce scabreux temps, les adversaires me signalent comme  « individu qui n'aime pas qu'on l'embête. »

Quant à mon pseudonyme, Nicolas Sylvain créé en 1977, il relève d'une démarche existentialiste. Je n'ai pas renié ton nom. Je m'en suis servi quelques années pour maints écrits. Fréquemment mes deux identités sont précisées. Les temps des comptes à rendrez et de ceux à régler sonnent pour moi depuis Bercy Berceau de mon Paris. Ma mémoire d'ordinateur – pour tout ce qui le mérite –  est redoutable, comme cette suite dans les idées et cette constance programmées dans le complexe ordinateur de ma personnalité. Ainsi que tous les amateurs de cimetières, j'ai suffisamment les pieds sur terre pour gérer les impératifs de l'ici-bas conjointement à ceux de l'au-delà. Lutiner et fréquenter Paris, c'est un peu comme reprendre une partie de ta vie parisienne avortée. C'est dans cette optique que je parle de « venger ta mémoire ».

Certes, je ne me suis point marié, ne désirant pas être le responsable d'une feinte famille et m'opposant au divorce ; mais l'homme ne connait pas la ménopause; lors je laisse Dieu accomplir sa Volonté pour m'ordonner un éventuel état matrimonial. De toutes façons, après Dieu, tu seras le premier informé ; Papa !

Extrait du Livret de Famille de mes parents (Dole, 1948).
(Crédit photo inconnu – Carte postale en vente dans la Chapelle Notre-Dame de la Sagesse, à l'angle de la rue Abel-Gance et de la Place Jean-Vilar, XII°)

PRÈS DE LA BNF *

 

Ave Notre-Dame

De la Sagesse !

Décidément, dame !

Avec adresse

Vous me conduisez

Dans ce Paris

Là où vous voulez

Que je vous prie.

 

Donc, après Bercy

-Première instance-

Dévot, me voici,

Rue Abel-Gance.

Et la BNF

-Dans le quartier-

Enhardit ses nefs

Où des milliers

De livres sont lus.

Oh ! C'est un signe

Que j'ai bien perçu

-Faveur insigne-

Que votre Sagesse

-Prisant la France-

A Paris m'adresse,

Rue Abel-Gance.

 

_______

 

*Bibliothèque Nationale de France François-Mitterrand.

Rue de Bercy - Cliché : 28 Mai 2022.

ACTE DE CONNIVENCE

Au Docteur Majdouline Abdelhamid)

J’écris tout sans préavis

Et le Net vous l’expédie.

 

Le jour au jour met à jour

Les mots pour lesquels je joue.

Comme un potier sur son tour

Je moule en vers et pour vous.

 

J’écris tout sans préavis

Et le Net vous l’expédie.

 

Il n’y a pas que l’amour

-Loin  s’en faut je vous l’avoue-

Pour lequel ma plume accourt ;

Elle est embusquée partout.

 

J’écris tout sans préavis

Et le Net vous l’expédie.

 

Vingt-huit e-books ; un parcours

Numérique et, jusqu’au bout,

Vaut peut-être le détour ;

A vous de juger le tout !

 

J’écris tout sans préavis

Et le Net vous l’expédie.

 

Vingt-huit ans je restai sourd

A la poésie, c’est fou !

Puis un printemps ses atours

M’ont visé, pan, fleur en joue !

 

J’écris tout sans préavis

Et le Net vous l’expédie.

 

Aragon fut le plus lourd

Sur la balance et l’atout

De ses vers – ors et velours –

M’adouba, forma mon goût.

 

J’écris tout sans préavis

Et le Net vous l’expédie.

 

Mon vers d’emblée ne fut gourd

Et je devins un filou ;

Pratiquant la chasse-à-courre

Dans un art fait pour les doux.

 

J’écris tout sans préavis

Et le Net vous l’expédie.

 

Je suis bien moins troubadour

Que bretteur et, fort, je loue

Les lettrés dont le séjour

Sur terre est feu sans à-coups.

 

J’écris tout sans préavis

Et le Net vous l’expédie.

 

Quarante et trois ans de vers

-Certes, fort cyclothymiques –

M’ont galonné. Je suis vert

Pour d’autres feuillets lyriques.

 

J’écris tout sans préavis

Et le Net vous l’expédie.

 

Francophone et sans frontière

Je n’oublie, certes, Paris.

J’y viens écrire en lisière,

Intronisé par Bercy.

 

J’écris tout sans préavis

Et le Net vous l’expédie.

Par ailleurs il m’est avis

Que ce sera pour la vie.

Rue de Bercy - Cliché : 5 Juin 2022.

FRANÇOIS VILLON  A BIEN RAISON !

 

Puisque je suis natif de Dole,

Ma personnalité n’est molle ;

Non encline à chercher des palmes.

Valeur, vigueur, verdeur au calme ;

Je passe ou bien d’autres se lassent.

Ma plume ailée de vers m’enlace.

Je suis d’ailleurs et de partout

Mais je n’oublie pas qu’avant tout :

 

« Il n’est bon bec que de Paris ! »

 

Mon père est né au XIV°.

Ah ! Que n’y est-il resté ; j’y

*Aimerais tant y être né :

Je n’aurais besoin de laver

Quelques décennies de provinces

A survivre aux crus gris et minces.

Le temps de classer mes brouillons

Et je m’en remets à Villon :

 

« Il n’est bon bec que de Paris ! »

 

Côté vers, les ans Quatre-vingts

M’enivraient de leurs rimés vins :

Seghers, Professeur Jean Bernard,

Marcel Jullian me faisaient l’art

Poétique affable et racé ;

Je ne les ai pas oubliés.

Et, diantre, le futur m’appelle

Du côté d’Iéna, de Courcelles.

 

« Il n’est bon bec que de Paris ! »

 

Mon Paris de Quatre-vingt-quinze

Me fut ésotérique et vint

*brer mon âme et m’initier

A des savoirs à distiller.

Eleusis se fit entrevoir

En prévision d’un au-revoir.

Sans tablier je fus maçon,

Je le reste, franc sans faux bon.

 

« Il n’est bon bec que de Paris ! »

 

Survivant à mon cru natal

C’en est fait du karma local.

Il est l’heure, adoubée du Ciel,

Pour moi de fuir l’entour véniel.

Aux prédateurs j’ai pardonné

Car sur eux la tombe est tassée..

A Paris l’on fleurit ma vie

Des couleurs des gens de Bercy.

 

« Il n’est bon bec que de Paris ! »

 

Princesse ainsi sont mes écrits

Fruits de l’atemporalité.

Lors et pour l’immortalité :

« Il n’est bon bec que de Paris ! »

 

*enjambement de la rime.

Cf. : "Pierre Seghers" sur le même site.

MANIFESTE DE FLORICA

(Mercredi 18 Novembre 1987)

 

Monsieur Seghers

Il fallait que je vous écrive.

J’avais bien préu de vous rencontrer

            au printemps prochain,

Et puis vous êtes parti.

Je me sens plutôt bien seul

Avec un reportage que je publie *

            mais qui n’est pas de moi.
Avec vos toutes dernières photographies .

Moi, comme d’habitude,

            je ne vois que par photographies,

            je ne vis que par ouï-dire ;

Enterré que je suis au cloaque à cloportes

            duquel je fuis de temps en temps pour la Bourgogne.

 

Ah ! Etre né en 1900,

Au siècle d’Eluard et d’Aragon,

            au siècle de Prévert

            et au siècle de vous !

Mais je suis né loin de Paris où mon père était né ;

J’habite à Grebauluc par Saint-Calot

Et je connais la répression,

            l’exclusion, la haine des autochtones.

C’est mon égérie du moment

-Fabienne dite « Petit Faon »-

            que vous avez reçue tantôt

Quelques jours avant votre départ pour l’Autre-Dimension.

Toutefois soyons lucides :

L’homme est mort mais pas le nom de l’éditeur

-encore moins celui du poète-

Qui donc êtes-vous pour moi

            qui ne vous ai rencontré

            que par égérie interposée ?

Vous êtes un monument, le monument :

Monument français de l’édition

            de la poésie contemporaine.

Mais le temps est venu

            pour les monuments,

De se retirer au Parnasse,

D’aller frapper chez Dieu le Père,

Enfin quoi, de passer à la

            postérité.

Vian, Brel, Brassens et Pierre Seghers :

Hécatombe et désolation !

En plus les moules semblent cassés.

 

Vous étiez indulgent

            face au patrimoine poétique contemporain.

Vous étiez gentil aussi,

Brassant le superflu et l’essentiel.

Parlant de diversité

            là où je vois pléthore.

Vous étiez un très grand apôtre

Moi je ne suis qu’un mousquetaire.

Vous avez connu la guerre

Mais l’amitié, mais l’amitié,

La complicité,

L’idéal commun.

Il ne me reste que la paix et la duplicité…

Autre temps, autres mœurs et je déteste mon époque.

Fini de penser

            il faut vivre pour paraître :

Paraître ou ne pas paraître :

            ça c’est la première question.

Vous étiez poète casqué,

Moi je suis poète sous la botte

            des compatriotes…

Autre temps,

            autres mœurs !

Oui je connais une autre guerre :

Nantis contre nantis,

Nantis contre indigents,

Indigents contre indigents.

En 1987.

La donne n’est pourtant pas nouvelle,

Disons qu’elle est plus précise,

Plus précise et plus présente,

Omniprésente et plus tenace.

Autre temps,

            autres mœurs !

Je ne suis pas un révolté,

            encore moins un marginal ;

Çà ! Non, je suis en plein dedans,

Il ne fallait donc pas m’y mettre.

Je suis un tacticien, je fais avec.

J’y suis, j’y reste et j’entends bien

            surtout ne pas perdre mon temps.

 

La poésie ? D’accord !

Mais :

Priorité à la musique !

Priorité à l’essentiel !

Et les innovations comme le fit Aragon !

Et que passent bien devant

            ceux qui ont quelque chose à dire !

Cela éliminera beaucoup de gens…

Et je n’en reste pas là je continue :

Peu à peu ne tenons compte

Que de ceux qui vivent pour écrire

-et non l’inverse-

Ceux qui vivent contre tous,

Ceux qui vivent contre tout.

Qu’on se renseigne :

Je ne fais pas preuve là

            de condescendance.

Je ne suis qu’un moins que nanti.

Jalousé par les pouètes-pouètes des emblavures ;

Haï par les ratés chenus :

« Ce Nicolas Sylvain il faut le démolir ! »

Dixit un qui reposera bientôt

            sous le poids mort aussi

De la dalle des oublis.

Et loin d’ici dans ce Paris qui brû-le-ra bientôt ;

Que donne ou ne donne pas le ministère de la Culture,

Avec ou sans lui je donnerai.

Qui m’aime me suive !

Qui ne m’aime pas me laisse !

Et que les adversaires

            supportent mes bordées cinglantes !  

 

Monsieur Seghers,

Il fallait que je vous écrive.

A droite de mon  bureau-ministre :

Une photo, la vôtre,

A gauche du même bureau-ministre :

Une photo de l’égérie.

En face de moi, la machine à écrire et du papier.

Dans mes tiroirs, les manuscrits des autres

Et pas un sous pour le moment :

Bref ! La grande école.

Monsieur Seghers

            vous étiez

Pèlerin de la Poésie.

Moi je suis serf de la Culture,

Mousquetaire de la Poésie

            avec rapière, et tout et tout.

Je ne suis pas toujours un tendre,

Plus artisan qu’artiste ;

Qu’il vente ou qu’il neige

            ou que donne le soleil.

Avec ou sans une égérie,

Avec ou sans disciple.

Je suis monolithique.

J’essayerai bien sûr d’être digne

            du formidable message culturel

Altruiste

Que vous nous avez laissé.

En attendant, assez de bavardage :

Au travail !

 

Ecrit sous le pseudonyme de Nicolas Sylvain, en forêt domaniale du Pochon (Côte d’Or) entre Maison-Dieu et Saint-Symphorien-sur-Saône, mercredi 18 novembre 1987 vers 15 h.

 

*Reportage paru dans la revue trimestrielle FLORICA, n°21.

L'auteur en 1987 - Dessin : Fabienne Landois (Paris).