FLORICA

*

 

FLORICA

 

Du petit bulletin de quelques pages imprimé à la fortune du pauvre, à la revue éclectique de 60 pages ; Florica, trimestriel associatif, 1982 à 1993. Les pages qui suivent reprennent certains titres parus dans cette publication.

 

Entre « fleur » et « fleurette » *

Il y eut Florica :

Des écrits toujours là

Que le Temps ne rejette.

*Du roumain : floare et floricica.

 

 

LA JEUNE ORGANISTE

                                          (À Florence C.)

Sitôt que le soleil bouclé

De tes cheveux – comme un levant –

Paraît au-dessus des claviers,

Que tes yeux semblent fuir le temps :

Alors la Musique a vingt ans.

 

Tes bras nus hâlés par Juillet

Se déploient et dans un élan

Abandon-nent tes doigts follets

Sur l’or-gue soudain renaissant :

Alors la Musique a vingt ans.

 

Tu rends vie à Jean-Sébastien.

Les fou-gues ten-dres de ses chants

Emeu-vent, sédui-sent ton sein ;

Tu le reçois comme un amant :

Alors la Musique a vingt ans.

 

Et les pier-res du triforium

Figées dans leur froid grimaçant

Peu-vent bien menacer les hommes ;

Tes mains conju-rent le néant :

Alors la Musique a vingt ans.

 

Inventions à deux et trois voix,

Prélu-des pour les commençants

Volet-tent, s’égrènent, chatoient ;

L’â-me de la nef les reprend :

Alors la Musique a vingt ans.

 

En bas dans l’égli-se, Florence,

Seul sur l’anonymat d’un banc

Le visiteur a bel-le chance

Quand soudain ton art se répand :

Alors la Musique a vingt ans.

                                                                   (14 Juillet 1981)

(Florica n°3 – Mai 1983)

 

ESPACE DES MOTS PERÇUS

(Essais-Journal)

 

« CRONIQUE D’AUJOURDUI »

 

Une remarque de William Quan Judge qui retentit un siècle après, stridente, parmi le tintamarre de cette veille de XXI° siècle :

« En Occident où le but de la vie consiste à atteindre le succès commercial, financier, social ou scientifique, c’est-à-dire le profit personnel, l’influence et le pouvoir, nous ne prêtons que peu d’attention à la vie réelle de l’homme et, contrairement aux Orientaux, nous n’accordons qu’une importance insuffisante à la doctrine de la préexistence de l’âme »… (L’Océan de Théosophie – Chapitre IX)

A la vérité, cette observation de William Judge a de curieux effets lorsqu’on la médite en 1992. Un lecteur matérialiste obtus peut la trouver franchement désuète et même débile. Qui a d’autres préoccupations que celles d’attendre un succès commercial, financier, social ou scientifique ? Amasser et puis…claquer ! Je ne pense pas donner dans l’outrance, en résumant ainsi le programme de vie des Français moyens de 1992 : « amasser et puis…claquer ! » Ou, tout du moins, « tenter d’amasser, mais claquer obligatoirement ! »

Que découle-t-il de cette programmation mentale ?

1-  La férocité avec laquelle les gens sauvegardent leur emploi, ou taillent même à vif de la société pour retrouver un quelconque statut social ;

2-  Le rejet de la pensée de la Mort qui devient sujet tabou.

Avez-vous remarqué la façon « programmée » avec laquelle la majorité de vos semblables se taisent, toussotent ou changent de conversation lorsque vous leur parlez de la mort ? Et encore, ceux-là sont « bien élevés ». Adressez-vous aux individus frustes et peu évolués, ces derniers seront un peu plus loquaces mais vous vous ferez envoyer sur les…chrysanthèmes.

La spiritualité est un luxe. Le seul domaine de l’esprit que l’on porte au pinacle – il faut dire qu’il est étatisé – est celui de l’intelligence livresque : tous ces diplômes que les jeunes sont tenus de décrocher pour avoir le droit de poursuivre d’autres études supérieures, sanctionnées par d’autres diplômes passant pour les mettre à même – de les mettre en peine  - de trouver un emploi de plus en plus évanescent. Les études ? Diverses panacées de plus en plus longues, destinées à reculer la date fatidique de l’éventuelle prise d’emploi. Au rythme de cette Education en trompe-l’emploi, il faudra prévoir des universités pour les 40 à 50 ans ! Pourquoi pas des licences en Chômage Central, des Capacités à la Pré-Retraite ? Je suis loin d’être le seul à brocarder cette Education faisant fi du bon sens, de la Culture et de…la langue française – cf. les projets de réforme de l’orthographe qui ont couru un temps. Un pays qui, peu à peu et par la faute d’un enseignement dépourvu de bon sens, commence à peiner devant le maniement de sa langue, est en passe dangereuse de devenir une nation d’abrutis. Une nation de multi-diplômés, certes, mais une pléthore d’assimilateurs incultes, peu lettrés, ignorants tout de l’esprit de finesse.

Une nouvelle fois, depuis le 18 Juin, l’envie me prend de m’écrier : « tout est foutu, mon Général ! » Charles de Gaulle, qui traquait la justesse du verbe et bannissait la facilité, nous a laissé pas moins de 10 000 pages !

Quand on pense que le CEP (Certificat d’Etudes Primaires) n’est plus considéré comme un diplôme !

Sois bête, mais diplômé ! En 1992, même les cons effectifs sont tenus d’être diplômés et il faudra sans doute, un jour, être titulaire d’une licence en Salubrité Publique pour être habilité à ramasser les poubelles.

La diplômite aiguë ira de pair avec l’inculture et la désalphabétisation. Bravo, messieurs les gouvernants !

Fin de ma « Cronique d’aujourdui » !

 

FOSSOYEURS D.D.A.S.S.iques

 

J’aime à me retrouver dans les lieux où le temps mesquin n’a plus d’autorité. J’ai besoin d’épisodiquement côtoyer cet endroit – le cimetière – me rappelant qu’ici-bas, la chose la plus mise en avant se révèle la plus dépourvue d’importance finale. Se tailler un cheminement social pour vivre décemment ; certes ! Mais battre la campagne du matin au soir aux basques des slogans futiles tels « compétitivité, performances, premier plan »…Quelle stupidité ! Le moindre fabricant de papier hygiénique vous criera : « compétitivité, performances, premier plan ! »

Hors du cimetière, je ne rencontre plus que des gens pour qui seuls comptent ces hochets pseudo-sociaux. Hochets à la gueule des clebs des affaires sociales ; salariés le plus souvent incultes, programmés pour transformer les jeunes et les demandeurs d’emploi en bêtes à salaire. Que la Conscience Universelle garde les hommes humais de l’anesthésie spirituelle des matons des affaires sociales !

En écrivant ces lignes, je regarde deux jeunes fossoyeurs fossoyer d’ahan. Ils se préparent à enterrer, peut-être, l’un de ces molosses baveurs de slogans pour un salaire des affaires sociales… A moins que ces jeunes fossoyeurs ne sortent, fraîchement émoulus, de l’un de ces stages de remise à niveau, leur ayant inculqué l’art de la fosse « compétitive, performante et de premier plan » ?

(Samedi 7 Mars 1992 – Cimetière Nord de Dole)

 

TOXICOMÉDIACRÉTINITE

 

Hier soir, 18h45, sur une chaîne de télévision criardement publifère ; cascades de débilités en forme de jeu quotidien :

-Question : quels sont les légumes souvent mis en conserves ?

-Réponse : les z’haricots verts !

-Oui, bra-vo !

(Applaudissements de cons préenregistrés).

D’autres grandes questions ayant trait aux problèmes fondamentaux du même genre qui passionnent les Français moyens, fusent, et toujours, sous les ovations d’un public bidon invisible.

Quelles constatations tirer d’un tel avilissement ? Déjà, un bilan de triste échec à joindre au compte de l’actuelle télévision, lorsqu’on la confronte à ses débuts prometteurs. En second lieu, on peut facilement protester que des gens qui dépensent autant d’argent pour de telles stupidités concourent diaboliquement à une œuvre minable. Circonstances atténuantes : ils sont bien payés pour ce genre de prestations en forme de crétinisation nationale. Rien à dire non plus du côté du financement : les doses journalières d’abrutissement massif et familial sont payées grâce à un autre abrutissement poule aux œufs d’or : la publicité.

Triste hommage rendu aux pionniers de la télévision française !

Des sanctions devront être un jour prises par un futur ministre de la vraie Culture digne de ce nom. Le Français, qui rentre de sa journée de travail, mérite mieux que l’information vitale lui certifiant que les légumes le plus souvent mis en conserves sont les « z’haricots verts » !

(5 Juin 1990). 

 

ACCESSOIRE

 

Ce qui est triste, quotidiennement triste, c’est de devoir composer avec des gens matérialistes, conformistes, coulés en série et qui doivent estimer que sentiments, arts et spiritualité sont des loisirs pour le dimanche matin. Si je suis trop longtemps à côtoyer ces gens sans ombre, la sensation de manquer d’air me prend. Une sensation de froid, aux contours de formol, me force à me demander si je n’évolue pas dans une morgue. En fait, évoluer dans le flou de la vie des morts-vivants est beaucoup plus déprimant que de se retrouver dans un appareil mortuaire officiel. Fort salutairement, il y a toujours, dans ces amalgames de morts-vivants, un vivant qui passe, avec une ombre et des contours. Et celui-ci me délasse.

Je ne rencontre pas de sentiments pour les morts-vivants. Ils sont la négation de tout. Ne pas même posséder une ombre… Pas de contours, pas de relief… Ils sont partis, ce matin, sans prendre le temps de prendre leur cœur avec eux. Et leur cœur est resté, occasionnel et dérisoire, dans la salle de bains, parmi les fards, le dentifrice et la crème à raser. 

12 Décembre 1990 – 20h30.

 

SI ! PEUT-ETRE UN RIDEAU ?

 

J’ai parfois la sensation de m’élever comme une grosse bulle légère au-dessus des illusions et des pièges de la société de consommation. Je ne fais pas partie de ce monde. Je n’ai pas besoin de posséder pour être. J’admets les belles choses, les mets succulents, les clinquantes automobiles, les vêtements chics, mais je trouve que le facteur et le colporteur de publicités se trompent en engrossant ma boîte aux lettres de papiers glacés multicolores. Je ne pourrais pas investir dans le superflu et le dégradable. Cela équivaudrait pour moi à brûler des billets de banque. J’aurai de l’argent, dans le futur. Je sais qu’il ne me sera pas pardonné d’en faire mauvais usage.

J’investirai certes financièrement dans le solide et le transmissible : maison, livres, et, bien entendu, je laisserai sans doute une fortune chez l’imprimeur.

(Pour l’heure, je pense soudain, en regardant la baie vitrée de ma chambre donnant sur le parking de la rue du Dauphiné, qu’il me faudrait tout de même bien acheter un rideau… Un seul, puisque je ne tire qu’à demi le volet coulissant de ma porte-fenêtre donnant sur le petit balcon.)

Si ! Peut-être un rideau ?

(Vendredi 14 Décembre 1990 – 7h30).

 

À BIENTÔT !

 

« Adieu le panache, vive le pognon ! »

Cela pourrait être le mot d’ordre de cette fin de siècle…

L’an 2000 ? Il sera le début, sans doute, d’une longue dette karmique à régler, en même temps qu’un retour aux sources : « beaucoup moins de pognon : revenons au panache (honneur, moralité, altruisme ») !

Ce ne sera pas un choix délibéré mais toute une remise en question douloureuse imposée par un contexte social incontournable.

« Ad augusta per angusta !» *

(Latin : à de grandes voies par des chemins étroits)

(Vendredi 28 Octobre 1989)

 

IMPORTANCE D’AIMER

 

Le but de l’évolution est d’atteindre la perfection en suivant le chemin de la logique karmique. La responsabilité est éternelle. Prenons le cas des entités parfaites refusant le Nirvana pour continuer à aider l’humanité dans son évolution. Mais l’évolution, c’est surtout la possibilité progressive de pratiquer l’amour universel. Il me semble que l’on parle beaucoup trop de ce « karma administratif » en passant sous silence l’essentiel. Que serait ce Karma s’il ne débouchait pas sur la nécessité ressentie par l’homme d’aimer universellement ? Il n’y a rien au-dessus de cela. Le vrai bonheur de l’homme est de parvenir à aimer universellement. Après le « karma administratif » dont je viens de parler, il y a le « karma du cœur ». Rien n’est digne d’être vécu s’il n’y a pas – à un moment ou à un autre – la survenue de la nécessité d’aimer universellement. Aimer universellement les êtres, les animaux, les choses… Cela est essentiel. Cette prise de conscience de l’amour universel peut éclairer au moment où l’on s’y attend le moins Et toute règle karmique fait alors figure de jeu tout ce qu’il y a de plus élémentaire. Cette issue varie d’une entité à une autre. Tous les hommes n’évoluent pas aussi vite. Des évolutions peuvent se faire du jour au lendemain comme demander des années.

Importance vitale, viscérale, d’aimer !

(13 Décembre 1990)

Extraits de « CAHIER DU JOUR » Collection Florica – 1992, repris dans la revue n° 36 de FLORICA (pages 50 à 57) - Automne 1992 – ISSN 0755-4097

 

 

POUR UNE POÉSIE AUX MULTIPLES FACETTES

 

Lors de la Journée Nationale de la Poésie, j’ai entendu sur les ondes quelqu’un dire péremptoirement : « La poésie ne doit chanter que la beauté. Ce qui est laid n’a pas de place dans la poésie ! ».

Il est évident que dénoncer ce qui ne va pas dans le monde comme autour de soi – parler, en somme, d’autres choses que de la beauté – a toujours dérangé les bonnes consciences obliques, les nantis, les salauds et autres fabricants du Quart Monde ; et qui affichent devant leurs yeux repus que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ! ». La poésie a certes la vocation de divertir, d’apporter le rêve et de « changer les idées » aux gens ; mais il ne faut pas oublier que, pour elle, se manifester en tant que valeur sociale est primordial. Victor Hugo nous affirme :

« Le poète est à la fois fait de menaces et de promesses. L’inquiétude qu’il inspire aux oppresseurs apaise et console les opprimés. C’est la gloire du poète de mettre un mauvais oreiller au lit de pourpre des bourreaux. »

Ne voir qu’une démarche à la poésie est tout à fait obtus. J’ai coutume d’énoncer quatre vocations de cette poésie :

-faire de la musique avec les mots ;

-chanter l’amour et la beauté ;

-divertir, faire rêver ;

-se manifester en tant que valeur sociale.

Il en est d’autres, et pas forcément mineures : l’introspection, par exemple. Le poète n’est pas qu’une machine à écrire ou à décrire. Il est humain qu’il se fasse connaître au lecteur, qu’il parle de sa vie, de ses bonheurs, de ses peines. Il n’est pas unique au monde dans son essence, dans son genre ; des milliers d’êtres lui ressemblent et pensent comme lui. Des milliers de semblables qui aiment à se retrouver en lui et qui le remercient de mettre au jour des pensées, des sentiments, des espoirs qu’ils ne savent pas traduire facilement. Se retrouver au travers des pages d’un auteur a toujours été une source de satisfaction, de consolation.

A condition qu’elle se taille une morphologie technique convaincante ; la poésie a son mot à dire dans tous les domaines. L’étiquette indélébile que l’on peut coller sur cette forme littéraire sous-estimée qu’est la poésie : c’est  bien la concision. A l’aide d’une architecture adaptée (le choix juste de la longueur des vers et des strophes – pour ce qui est du vers de facture classique – l’ossature, pour ce qui relève du vers libéré) ; à l’aide d’une justesse irréprochable des mots et du ton adapté aux idées à faire passer : elle doit être la percussion même qui captive, entraîne, informe le lecteur en un minimum de temps. Et c’est là son impact moderne. Le lecteur de 1985 n’a pas toujours le temps de se plonger dans des feuillets copieux. Il lui faut des éclairs littéraires qui l’informent rapidement.

Je souligne évidemment l’importance indicible de la chanson qui est la co-équipière de plus en plus souhaitée à la poésie.

Dans les rues de 85, la poésie doit être multiforme. Elle doit être « classique » (au sens littéral du terme : s’adresser à toutes les classes sociales). Elle doit être disponible et à l’écoute de tous et de tout.  A l’écoute des friselis aguichant les sous-bois du printemps, mais aussi à l’écoute des bordées de l’actualité fracassant le pavé. Elle doit savoir s’évader des salons mondains sclérotiques pour s’époumoner le long des barbelés des frontières.

Le mot « Vie » demeure pour elle le meilleur synonyme.

« Il faut être un homme vivant et un auteur posthume ». (Jean Cocteau, 1889-1963)

Extrait de FLORICA n° 12 – Août 1985.

  

VILANLLE

A René Bonnet de Murlive.

Bel-les* Lettres divertissent

D’un quotidi-en navrant ;

Les grands livres réjou-issent.

 

Soucis, travail abrutissent,

Mais quand le soir va tombant,

Bel-les Lettres divertissent.

 

Lorsque les heu-res languissent

Dans la nuit s’éternisant ;

Les grands livres réjou-issent.

 

Désœuvrements n’appauvrissent

L‘hom-me d’esprit vigilant ;

Bel-les Lettres divertissent.

 

Que descendants s’enrichissent !

Apprenons vite à l’enfant :

« Les grands livres réjou-issent,

 

Bel-les Lettres divertissent ! »

 

N.B.:  La vraie poésie correctement écrite étant en voie de disparition ; j’aurai parfois coutume de noter ainsi les diérèses, afin d’indiquer au lecteur débutant la façon correcte de lire le mot. J’emprunte cet amendement à René Bonnet de Murlive – Maître de l’Ecole de la Poésie syllabique – à qui je rends hommage pour le travail admirable qu’il réalise en vue de la promotion et de la sauvegarde de la véritable poésie.

Extraits de FLORICA n° 25 – Décembre 1988.

 

IL NOUS FAUDRAIT

 

Il nous faudrait des mots d’azur,

Des poésies jolies,

Fraîches et vivantes comme une aube ;

Qu’on lirait au réveil

Et qui nous tiendraient chaud

Durant toute la journée,

Comme un rayon de soleil !

 

RENAISSANCE

 

J’ai envie de vrais mots neufs

         sans arrière-pensées ;

Des mots jeunes

         qui sentent le matin frais,

         qui chantent comme le chant du coq,

         qui fleurent bon le croissant chaud.

Pour les autres mots :

         les vieux mots,

         les mots de moisissure ;

Qu’ils se taisent !

Qu’ils se cachent

         et surtout qu’ils n’aient plus d’odeurs !

Je ne veux côtoyer

            que les seuls mots de vie.

Extraits de FLORICA n°17 – Novembre 1986.

 

BONNE ANNÉE !

Aux poètes mis au ban de la société.

 

Ne venez pas à moi

C’est moi qui vais à vous,

En chair et par courrier !

Poètes de France ou bien d’ailleurs

-mais poètes vrais et viscéraux-

Ne mourrez plus, j’arrive !

 

Comprenez-moi :

J’ai tant perdu de temps

       avec les faux poètes

       et les muses fades de la même mousse ;

Que j’ai envie de vie

       sans fards, sans sucreries

       et sans cholestérol…

 

Vous savez,

       en fin de comptes :

Je suis sans doute un égoïste

       à ne vouloir faire que ce que j’aime,

Même si c’est avant vous,

Même si c’est avant tout pour vous.

Enfin tout le monde est gagnant :

Vous avec moi

Moi z’avec vous.

Sans oublier la syntaxe,

       la grammaire,

       la musique,

       l’originalité

Et tout ce qui peut servir

       nos riches personnalités de poètes.

 

Comprenez-moi :

L’argent ne m’a jamais intéressé…

Ceci explique cela.

Je veux vivre pour la vie

       et je veux que vive la vie

Dans les yeux de mes semblables.

Je n’ai pas demandé la vie

-Vous non plus

       n’avez pas demandé la vie –

Alors pourquoi en supporter les conséquences fâcheuses ?

Vivons plume à la main

       ou ne vivons pas du tout !

L’argent ne m’a jamais intéressé

       comme valeur tabou,

       comme valeur toute seule.

Je n’en ai besoin

       que pour manger

       et m’offrir un gîte.

Je n’en aurai plus tard besoin

       que pour l’assiette de ma compagne,

       le toit de ma compagne

       -si telle est sa requête-

Et le bonheur de mon possible enfant.

Et le trop de mon escarcelle

Il sera donc pour mon apostolat

       dont vous êtes les très chers hôtes.

 

Mais j’aime la discipline,

Le vrai vers frais

       et la musique sans couac.

Quand vous saurez cela

       vous pourrez tirer la chevillette

       et le Nicolas Sylvain choira.

Pas besoin de montrer patte blanche !

Comme je l’écrivais plus haut :

Pas de chichis, de patchouli,

De poésies bancaires,

De lyrisme aseptique,

De muses Marie-Chantal !

 

Holà les vers sont sur la table

       emplis de sève sans étiquette !

Pas de discours, de patenôtres !

Buvons, mes sœurs, buvons, mes frères,

Communions à la Poésie

A la mémoire de tous nos maîtres :

Villon, Ronsard et Aragon,

Verlaine, Prévert et Pierre Seghers !

 

Je n’accepte qu’une étiquette

       celle de « Serf de la Culture ».

Et pour vous faire une idée vraie

       du pèlerin que je suis ;

Représentez-moi en cotte de mailles !

Un poète en cotte de mailles.

Je suis un poète-éditeur en cotte de mailles.

 

Poésie musicale et sociale,

Poètes vrais, vers guillerets sans apprêt ;

Poètes pas forcément établis,

     ni nourris, ni vêtus, adulés,

Poètes pas non plus forcément libres,

Poètes rejetés ou exilés :

Je suis là Sylvain vous tend les bras.

A vous et bonne année !

Extrait de FLORICa n°22 – Mars 1988.

 

« Je crois devoir vous signaler la revue FLORICA dont le Fondateur M. Nicolas SYLVAIN est un animateur généreux, d’esprit large et dévoué à la Poésie ! Au-delà de tout désir mercantile. Indifférent aux « copinages » et au lucre : les seuls talents, de tous genres, l’intéressent pour la publication dans un des 4 numéros d’une année. »

René Bonnet de Murlive.

(4 Mars 1989)

*

 

3615 DIVINICHÊVRE…

 

XXI° siècle : ère du Verseau, renouveau de la spiritualité, foires à l’ésotérisme de bazar, spéculations maraboutiques, désenvoûtement par correspondance, astro-voyance sur ordinateur (plus la peine de vous déranger : on n’a que faire de votre présence, de vos vibrations, du son de votre voix) surtout ne vous montrez pas pour que l’on puisse mieux vous arnaquer ! Envoyez vos thunes dans le bastringue et le Divinichèvre, illico, vous moulera tout chaud le fromage de votre avenir… Et si tout persiste pour vous à traîner du sabot, c’est bien évidemment pour l’occulte raison que vous avez été envoûté…

Si j’étais ministre des Finances, je présenterais une requête visant à la création d’un impôt supplémentaire pour sanctionner toutes ces entreprises de voyance industrielle sévissant sur 3615.

Quatre années d’investigations dans le domaine de la voyance m’ont permis de brandir les avertissements suivants :

-il est impossible, pour un métagnome sérieux, de dater un cliché de voyance ;

-si vous désirez connaître une partie de votre futur, faites appel à, au moins, trois voyants ; ce qui vous permettra de dresser une synthèse et de ne retenir que les révélations qui reviennent dans toutes les voyances ;

-méfiez-vous des publicités tapageuses venant de Paris et des grandes villes ; il existe souvent près de chez vous des voyants honnêtes dont les travaux, d’un coût modique, vous donneront infiniment plus de satisfactions que ceux, bâclés par des industriels de la chose, certes multi-médaillés internationaux, mais confiant votre dossier à leurs apprentis ;

-sachez qu’aucun mage, aucun sorcier, aucun médium, aucun marabout ne peut modifier votre destin en « travaillant » sur votre photographie ! Le traitement chimique par lequel est passé votre photo dresse un barrage absolument réfractaire à toute influence. Donc : le désenvoûtement par correspondance est une escroquerie grand format. Considérez, de plus, que les phénomènes d’envoûtement sont rarissimes. Enfin, quel que soit le don de votre métagnome (celui qui a connaissance d’informations par des procédés non expliqués par la Science) ; il est perturbé par les forces du mal lui soufflant de faux clichés (communément nommés « flashs ») pour mieux tromper le consultant ; d’où bienfondé des principales religions défendant le recours aux procédés pouvant faire connaître des événements à venir.

Notez enfin que la mission de la vraie voyance non perturbée est de vous éclairer sur la nature des carrefours de votre destin ; afin qu’il vous soit possible d’aller au-devant des bonheurs, et de contourner, amoindrir ou parfois même supprimer certains malheurs. Donc, un libre arbitre peut, selon les individus, avoir une sérieuse emprise sur les événements annoncés – si ces prévisions présentent quelque crédit.

Pour en savoir plus sur la vraie, la haute voyance, lire « Yaguel Didier ou la mémoire du futur », par Gérald Gassiot-Talabot, aux éditions Robert-Laffont, 1990, repris la même année par France-Loisirs. La lecture de ce livre vous évitera de trop rêver. Elle vous prouvera toutefois que la voyance existe ; que les vrais voyants appartiennent à la réalité, mais qu’ils sont infiniment plus rares qu’on le suppose ordinairement.

 

MIROIR AUX ALOUETTES 

 

« Pour réussir, il faut sortir de l’inertie ! » On m’a servi tantôt ce conseil assaisonné. Je l’ai mâchonné, sceptique, tout en isolant ses composantes. Pour réussir, traduisez : pour nager dans le fric. Il faut sortir de l’inertie, transcrivez : il faut faire le gugusse et brasser le plus de vent possible.

Or, trop d’argent me distrairait, malencontreusement, puisque je veux rester dans ma retraite du monde pour écrire, éditer, méditer. Il est une autre jouissance du plaisir de vivre que celle de faire comme le tout-venant ou, pis, de faire semblant de vivre.

Je rêve d’une grande maison abandonnée que j’achèterais pour quelques économies, et dans laquelle je pourrais écrire, éditer, méditer, me remettre à la musique et redécouvrir mes forêts. Une grande maison isolée, comme celle que j’ai vue mercredi dernier dans le Morvan.

C’est le rêve de mes dix-sept ans qui refait surface entre les vaguelettes aigres d’un quotidien machinal.

Je suis une essence d’ombre et mes meilleurs écrits ont été composés dans la nature. Sylvain, quel radical latin renferme ce prénom, sinon forêt ?

Et puis, je bouge avec la Poste. Et dans mon cas précis, c’est très loin de n’être qu’un slogan ! Le Sylvain ne réussira qu’au cœur de la retraite et dans le silence. Mon antidote à l’inertie c’est le facteur ! Et toutes mes meilleurs pages datent des époques où je n’avais pas le sou.

Vendredi 26 Avril 1991. (Dole, Jura).

 

MOBILE QUOIQUE TERRIEN

 

Je suis bien un signe de Terre. En bon Taureau (1er décan, ascendant Scorpion) épaisseur nature et cornes décidées, j’ai besoin de vert, de bois, de ciel et d’eau. A Dole depuis le 4 Septembre 1990, je commençais à manquer d’azur et d’air sauvage. L’allée des Cailles-Perdrix, qui descend raide sur le chemin de halage du canal, m’a replongé d’un coup…chez moi !

Mais avant ces retrouvailles aux sources, je dois transiter par l’ancienne fromagerie, amalgame de désolation. Complexe de grandes maisons et de laboratoires abandonnés, éventés, voire même éventrés. Toitures crevées. Sans doute repères occasionnels des sans-logis avertis. Cours grises, monticules de détritus divers et de boîtes de conserves rouillées. Inattendue maladière désaffectée, froide et comme atteinte de jaunisse. Oui, le jaune sale et la brique congestionnée sont les couleurs dominantes.

Tout près, à droite et sur les hauteurs, s’imposent massivement les bases soutenant les Orphelins.

Transition criarde sans sommations : les HLM des Mesnils-Pasteur, le sordide et la trivialité du Quart- Monde en contre-bas, les fortifications en pierres taillées de l’aisance. Les Orphelins sont devenus un clos résidentiel prisé et de haut loyer.

En un quart d’heure à pieds, je travers le quotidien de trois couches de société les plus typées.

Et moi, d’où suis-je, où vais-je, et peut-on me classifier ? Toutes ces questions opportunes, mais de passage comme ma personne, me rappellent les inclinations qui me porteront  à la mobilité, donc aux voyages. Je suis, certes, l’homme issu d’une seule terre, mais l’homme de plusieurs toits, et qui sait, de plusieurs pays ?

Je ne suis pas le taureau d’un seul et même pacage.

Où vais-je bientôt me retrouver ?

Pour l’heure je suis Dolois et j’effectue, posé et sage, ma promenade du dimanche après-midi.

Dimanche 21 Avril 1991 – 14h.

 

 

TOURNE, MANÈGE !

 

Faire voyager l’âme et le corps dans deux compartiments est une erreur contre nature déstabilisante. Le corps est le véhicule au service de l’évolution de l’âme (en ce qu’il lui impose des contraintes et des travers qu’elle doit maîtriser). Partant de là, un ouvrage de réflexions, comme celui que je compose ici, peut convivialement entraîner le

lecteur dans mes coulisses. Je tends à faire œuvre d’artisan de la Communication plus particulièrement au service de la spiritualité, mais je n’oublie pas ce qui me passionne ; je suis un tout assez kaléidoscopique. La solitude recherchée m’est hautement bénéfique car « je pense tout le temps », et j’ai tant de livres à lire et à méditer !

Et puis, quant à vouloir me classer dans un type socio-professionnel ; c’est incontournablement le franc casse-tête. J’appartiens à la fois aux genres artistique, intellectuel et entrepreneur (j’ai donc toutes les qualités pour faire œuvre d’éditeur). Ajoutez mes dispositions pour  les connaissances cachées et vous vous écrierez : « Ah ! Que de monde chez cet homme-là ! ». Pour peu que mon goût de la critique incisive montre les dents… Ah ! Nouvelle donne, quel manège ?

Eh bien, tourne, manège !

Dimanche 6 Janvier 1991 – Minuit.

 

INDOLENCE : MALÉDICTION DE L’HOMME !

 

Je relève une large citation d’un ouvrage acheté hier à la Loge Unie des Théosophes de Dijon :

L’indolence est  en fait la malédiction de l’homme. Comme le paysan irlandais et le bohémien sans patrie vivent dans la saleté et la pauvreté, par pure oisiveté, l’homme de ce monde vit, satisfait des plaisirs des sens pour la même raison. Le fait de boire des vins fins, de se délecter de mets raffinés, d’aimer les brillants spectacles et la belle musique, les belles femmes, et un cadre luxueux, tout cela ne vaut pas mieux pour l’homme cultivé, et n’est pas plus satisfaisant comme but final de jouissance pour lui que ne le sont les amusements grossiers et l’assouvissement de plaisirs de rustre pour l’homme sans culture. Il ne peut y avoir de point final, car la vie, dans toutes ces formes, n’est qu’une immense série de fines nuances ; et celui qui décide de rester stationnaire au point de culture qu’il a atteint, et se plaît à avouer qu’il ne peut aller plus loin, exprime simplement une affirmation arbitraire pour excuser son indolence. Il y a, bien sûr, la possibilité de dire que le bohémien vit heureux dans sa crasse et sa pauvreté, et que, dans ces conditions, il est aussi grand que l’homme le plus cultivé. Mais cela n’est vrai que tant qu’il est ignorant : dès que la lumière pénètre dans le mental obscurci, l’homme tout entier se tourne vers elle.

« Par les portes d’or » - M.C. – Eléments de réflexion. Textes théosophiques – 106 pages – 20 F. – Loge Unie des Théosophes, 11 bis, rue Keppler, 75116 Paris.

 

 

UNITÉ ET DISCERNEMENT

 

Ne jamais séparer le Ciel de la Terre ! Le corps n’est qu’un manteau de l’âme, le manteau terrestre, bien sûr. Ne jamais séparer la Conscience universelle de l’homme ! Ne jamais perdre de vue que tous, nous sommes une étincelle de la Conscience universelle ! La différence entre les hommes vient de ce qu’ils n’ont pas tous conscience de cela. D’où une infinité de plans, de degrés dans l’évolution de ces différences en matière d’évolution spirituelle. Lorsque le dialogue, ou tout simplement la tolérance, sont impossibles ; il faut fuir. Nous avons tous, quelque part, des frères et des sœurs qui sont au même stade d’évolution que nous. Avec eux nous pouvons aller encore plus haut. Aidons nos semblables moins évolués si tel est leur désir ! Sinon, partons sans éclat, sans mépris ! Les perles ne sont pas faites pour les pourceaux, mais il est vain de reprocher aux pourceaux de ne point savoir apprécier les perles. Ils sont, pour l’heure, incapables de les apprécier. A eux, seuls, d’évoluer par le biais des épreuves journalières de leur vie présente. Un temps viendra où ils apprécieront les perles avec nous ! S’il n’est pas possible d’infuser l’amour, il faut fuir. Partir plutôt que haïr !

Mardi 1er Janvier 1991.

 

AFFAIRE CLASSÉE !

 

J’éprouve un grand bonheur intellectuel et spirituel à me retrouver dans les écrits et les acquis des aînés et de maîtres.  Ainsi, Clara Codd (La Méditation, éditions Adyar, 1989) annonce catégoriquement ce que j’ai toujours pressenti par intuition et que je claironne depuis peu : il est vain de s’apitoyer sur le souvenir des fautes passées.

Que ne sommes-nous, écrit Clara Codd, assez braves pour apprendre les leçons des fautes du passé, puis les laisser partir. « Laisse les morts ensevelir les morts et suis moi ! ». Moi, c’est-à-dire le Christ Intérieur, l’idéal ».

Combien de métagnomes ne me l’ont-ils pas répété : « Ne vous lamentez pas : ah : Si j’avais su… »

Peccadilles, graves manquements ou même actes criminels : tout sera rectifié, réglé, liquidé. Aucun sentiment d’aucune  force  ne  pourra  modifier un acte passé. Ni non plus les conséquences de cet acte. L’affaire est classée, au niveau de la dimension de notre actuelle vie terrestre. Aucun regret ne pourra infléchir les inévitables conséquences karmiques.

Et rappelons incidemment qu’il existe le karma immédiat ; qu’il n’est pas vrai que tous les règlements karmiques interviennent dans la vie future. Prenons le cas du choc en retour des pensées négatives ! L’affaire est classée ! Pas de regrets sans fond ! Rectifions immédiatement la position et agissons, car, comme le souligne Annie Besant (citée par Clara Codd dans ce même ouvrage : « La Méditation ») la seule faute irréparable est de cesser de lutter.

Vendredi 4 Janvier 1991 – 21 h.

 

COHABITATION DU SPIRITUEL ET DU MATÉRIEL.

 

Lorsque les hommes s’apercevront qu’il n’y a pas de différence entre une cathédrale et une mosquée, lorsqu’ils découvriront que blanc et noir ne sont que des nuances de peau créées par la nature des continents ; il n’y aura plus de guerres de religions ni de querelles raciales. Mais ces mises à niveau marqueront le début d’un nouveau cycle pour notre planète Terre. Le temps terrestre que cette évolution demandera ne peut être précisément estimé en années humaines. Pour bâtir un tel avènement de l’acceptation de la différence éclosant sur l’abolition du concept de la différence, il faudra la poussière d’évolution du quotidien additionnée à la poussière d’évolution du quotidien. Et l’on ne peut estimer le temps de poussière d’évolution qu’il faudra pour ériger la pyramide  d’un tel bouleversement.

Spirituellement, l’homme peut atteindre une dimension non appréhendable par les procédés humains de mesure ; matériellement, il est poussière en soi.

Indicible disproportion entre le spirituel, inestimable mais invisible et immuable, et le matériel, infime, palpable et dégradable !

Assumer sa condition humaine est donc faire cohabiter le sublime sans limite et sans fond, avec le vulgaire, infinitésimal et provisoire.

Samedi 27 Avril 1991 – Sainte chapelle de la Basilique Notre-Dame de Dole.

In FLORICA n° 34 – Printemps 1992

 

 E-bookographie générale sur :

www.nicolas-sylvain.jimdo.com

 

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