TOUT HOMME EST ECRIVAIN !

 

DU PAPIER RÉGIONALISTE

AU NUMÉRIQUE MONDIALISTE

 

Il n'est pas dans mon intention d'opposer ces deux modes de diffusion littéraire, ni de les dresser l'une contre l'autre en un antagonisme irréversible. Mon intérêt intellectuel d'utilisateur me porte convivialement à les considérer pratiquement.

 

Le premier petit conte campagnard - « La Farce de Miraut » - écrit en 1977 me valut d'être édité par le Nouvel Almanach franc-comtois, fraîchement créé par les éditions REPP  de Lure (Haute-Saône). Ce n'était pour moi qu'un semblant de coup d'essai car je ne songeais pas à l'écriture littéraire. Simplement, le cadre de mes activités professionnelles d'alors me voyait trois années campé dans la campagne jurassienne -proche du moyen plateau, à hauteur de Salins-les-Bains, juste avant Pretin. Ce séjour fut une erreur quant à l'orientation de ma vie professionnelle, mais elle fut tout de même formatrice pour la découverte de la richesse d'un terroir : vignes, lieudits vénérables, forts bardés au-dessus des environs immédiats. Et puis, ces trois années -1976 à 1978- me plongèrent dans les livres lors de mes multiples plages de loisirs solitaires. Ainsi, je découvris Georges Simenon, me jurant d'acheter tous ses livres lorsque j'en aurais les moyens financiers – ce qui ne devait se réaliser fastueusement qu'un quart de siècle plus tard, à « Dijon-Porte du Monde ».Je lus aussi Jean-Pierre Chabrol, Bernard Clavel, Claude Seignolle ; oui, la terre toute simple des campagnes pouvait inspirer des contes et des nouvelles plausibles et faits pour plaire aux autochtones. Le but de mon essai visant à célébrer le « livre-papier », je n'aborderai pas les motifs qui me firent abandonner le régionalisme avec fracas – après, seulement, trois petites années de collaboration à ce Nouvel Almanach ainsi qu'aux anthologies d'auteurs comtois qu'il publiait. Pourtant, le Grand Messager boiteux de Strasbourg devait reprendre une de mes nouvelles écrites à cette expectative époque, dans sa livraison de Janvier 1984. Les rares autres contes et nouvelles intéressèrent d'autres magazines. Mais...rapidement, je désavouai la chute de certaines pages : « Le Bois mort » devint « Le Miracle du Bois mort » ; « La Gueuse » devint « Vers cinq heures à Chanecey » ; « La petite Eclusière » connut également une chute sereine, à l'opposé des fins  dramatiques de la première version. J'ai perdu d'autres écrits de cette cuvée mais je pourrai sans doutes les retrouver lors de la rencontre des sources les ayant véhiculés. Je sais que d'aucuns voudraient me voir reprendre la sente de tels écrits du terroir – sente, donc, juste entrevue et foulée des pas de trois petites années. Je ne puis augurer de rien quant à cette issue; je ne décide plus dans aucun domaine, me délectant des visites fulgurantes de l'imprévu. Sinon, ces rares contes et nouvelles ont commencé à être repris dans la vaste e-bookographie de mon site allemand JimDo.

 

Ne méprisons jamais le « livre du terroir ». S'il a été édité, c'est avant tout parce qu'il portait en lui de quoi intéresser des lecteurs. L'histoire du bois du coin, de telle commune inconnue du reste de la France, peut se transmettre de père en fils depuis la bibliothèque familiale ; damant ainsi le pion aux bouquins au goût du jour à forts tirages et dont personne ne parlera plus dans dix ans – voire avant car, maintenant, bien des livres devraient être munis d'une date de péremption : « à se procurer avant le 31 Mars 2018 ». Après, bon nombre d'entre eux seront passés au pilon, ou bien complètement sombrés dans le désintérêt public. Puisque mes souvenirs de débutant de la plume du cru cite les dates des années 1970, il me souvient de la réflexion d'une consœur chevronnée de l'époque m'affirmant que le dernier bouquin de – nommons-le Pratick Matuvu – célèbre présentateur de télévision de l'époque ; n'aurait jamais vu le rayon du libraire s'il avait été écrit par un illustre inconnu...

Pour ce qui va de mes estimations et réserves sur l’e-book, je ne plancherai pas de nouveau sur ce sujet ondoyant. Je l’ai fait de temps à autre le long de ma dense e-bookographie. Je rappellerai les temps forts de ma découverte et de l’adoption de ce mode de diffusion révolutionnaire. Printemps 2006, Teresinka Pereira m’écrit : « Il y a longtemps que je ne fais plus imprimer de livres… Ouvre un site Internet et tu auras des lecteurs ! ». Pragmatique doublé d’un douillet paresseux intellectuel, je laissai s’étirer deux années avant d’obtempérer au conseil de ma marraine littéraire des USA ; nous sommes en 2008 et je m’épanouis à  « Dijon-Porte du Monde ». Après m’être fait crapuleusement arnaqué par un concepteur –français qui déposa son bilan – et qui me ponctionna durant quatre années de mensualités dispendieuses ; je m’adressai au Danemark qui m’offrit les prestations efficaces de son 123be pour la diffusion des courts textes. Puis, en vue des e-books à venir, l’Allemagne – techniquement efficace comme de tous temps – m’accueillit à JimDo. Novembre 2013, je m’attachai à la tâche épaisse et globale de numériser tout ce qui me tombait sous l’avide souris de mes deux premiers ordinateurs. Janvier 2018 : tout n’est pas fixé sur la toile puisque –comme précisé plus haut- des contes et nouvelles se cachent encore loin de mon bureau –et je ne sais  trop où. Là, je songe plus particulièrement à ma première pièce de théâtre : « Présentez, rimes ! ». Et le « livre papier » ? Me demandez-vous ? L’adulant, je ne l’oublierai point ; mais l’avenue internationaliste qui s’étend devant moi via l’e-book fait que je n’avance aucun projet. Par contre, j’ai commencé à « délocaliser » mes futurs droits d’auteur puisque je décidai leur cession à une résidente d’une certaine partie du Monde francophone. « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ! » : je résume ce conseil évangélique pour conforter ma conviction que je ne suis pas un écrivain et que je ne le serai jamais.* « Ecrivain » désigne pour moi une personne écrivant suffisamment pour vivre de sa plume – ou, maintenant, de son clavier et de sa souris. J’aime à, parfois, me déclarer « auteur » (déjà pour le jeu de mots facile claironné par le fait que  je mesure 1,83 m.)…La littérature m’est tombée sur la toison alors que je ne lui avais rien demandé… Cela relève, intellectuellement,  du kidnapping, cette littérature. Je l’assimile tout de même à un péremptoire moyen de communication, j’en ai exploité certaines filières : l’édition associative, de 1987 à 1994 –entre autres et pour aboutir à l’aide bénévole des étudiants francophones extra-européens. Il y en aura d’autres, de filières, bardées de raisons sérieusement utilitaires au profit de mon prochain. J’intitule l’essai présent « Du papier régionaliste au numérique mondialiste »–et non francophone- parce que certaines de mes pages ont été traduites en portugais pour le Brésil, et en anglais pour les USA.

 

Le message que j’ai à vous délivrer – chère Lectrice, cher Lecteur ; car il en est un – c’est le rappel de l’avis magistral de deux personnages qui, donc comme pour en souligner l’importance, se sont mis à deux pour le dire : « Tout homme est écrivain à partir du moment où il a quelque chose à dire ! » (Edmond et Jules de Goncourt). Alors – chère Lectrice, cher Lecteur – à vos plumes, ou bien à vos claviers et souris !

Mardi 30 Janvier 2018

 

*Toutefois, "mon glorieux conscrit" - Jean-Paul Alègre, m'écrivait, le 19/01/1993 : "Tu sais ce que je pense de toi : tu es sans doute un grand écrivain, je le sens. Mais n'oublie pas que tu es un poète, un vrai !".

www.albert-marie.be

www.nicolas-sylvain.jimdo.com