GRANDES PAGES

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Nicolas SYLVAIN

 

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GRANDES PAGES

de

POÉSIE

 

Jean-Baptiste Greuze - "L'Oiseau mort" (1803)

 

La Jeune fille sur le Seuil

 

 

Rêver : pourquoi ? Pourquoi ? Pense Lise, candide.

Un sel adamantin fige les peupliers.

Les marches du perron parcheminées de rides

Congédient Février et ses cariatides :

Le froid, le vent, les nuits aux voilures givrées.

Peut-être, un jour l’hiver jettera sa livrée ?

 

Enfin, pourquoi rêver ? Il faut  vivre au présent,

S’éclore le matin avec pour seul vouloir

La journée s’étirant. Qui peut dire vraiment

Ce qui va se passer dans trois ans, dans un an

Et même dans un mois ? Je ne veux pas savoir.

Oui, pourquoi invoquer l’avenir illusoire ?

 

L’escalier ancestral porte comme en triomphe

L’adolescente aux joues truitées d’auburn et fraîches,

Ses quinze années en fleurs sur sa tête qui ont *

Filé le diadème de nattes d’un ton

Feuille d’automne roux et qu’envieuses lèchent

L’haleine aigre de l’aube et ses froides flammèches.

 

Le clocher laisse choir ses neuf heures tremblantes.

Le temps inquisiteur la met au pied du mur,

En capeline mauve Lise est frémissante.

Sur sa bouche blêmit un rictus de mendiante,

Ballerine en sabots, nymphe perverse et pure,

Elle jouera les sphinx avec désinvolture

 

Mais elle restera la petite indécise,

En jean ce soir, demain en robe hamiltonienne.

Redoutable parfois, d’absolu très éprise.

Entre un passé sous cloche, un avenir de crise.

Mobile de Calder, capricieuse éolienne,

Elle est piéta, Lorette ou reine ou bohémienne.

 

Alléchée par la sente aux fragrances d’ivresse

Où comme une rosée perle la liberté ;

Courtisée aussi par la nostalgique laisse

D’un quotidien rétro tout ganté de sagesse ;

Elle hésite ou alors, immolant sa poupée,

La chambre conjugale floue sa destinée.

 

Qu’importe ! C’est demain. La minute qui passe

-Entre l’ondulation des cent peurs étudiantes  :

Examens avortés, redoublements de classe-

Accueillera l’amour, sa science qui enlace.

Fi ! Du maintien dévot des refoulées pédantes :

Magnifié le premier amour est d'âme ardente.

 

Aphrodite curieuse mais jamais vénale,

Elle s’entrouvrira comme l’avide hélianthe

Qui capte sa lumière aurifiant ses pétales.

Elle quête en l’amour un protecteur étale

Mais sachant l’éblouir d’extases violentes.

Pour la carte du Tendre elle s’inscrit partante.

 

Sa cavale bafoue les écuries d’hier

De ce prince charmant, guindé, seigneur et maître.

Haro sur les idées reçues, les vieux critères !

Qu’il soit mal habillé, au charme de misère,

Que la langue gourmée des gens braves et bêtes

Ride sa renommée et macule ses guêtres,

 

L’élu des temps nouveaux devra être avant tout

Un compagnon de route, un guide et davantage.

Au musée le pacha, ses rênes, ses licous !

Le guignol imbu de sa primauté tabou 

Est vite déchu par la voix qui, sans ambages,

Dit « nous ferons ensemble, et vaisselle, et ménage ! »

 

Ah oui ! Pourquoi rêver et qu’est-ce qu’un projet ?

Une jonquille d’or chiffonnée par le gel ;

La corde qui se rompt sous le mauvais archet ;

La frêle embarcation naviguant sans agrès,

Et l’espoir qui fait vivre a perdu de son sel.

O ! Bonheur entrevu, arrête ta nacelle !

 

L’horizon est bouché. Où mènent tes études ?

Violence, pollution et partout injustices ;

Les craintes d’un conflit que personne n’élude.

Pour les quinze à vingt ans les falaises sont rudes,

Comme toile de fond, comme concrets auspices,

La sinistrose des surlendemains se tisse.

 

Sur les lèvres de Lise un sourire enchanteur

Chasse l’essaim de doutes piquetant son front.

Aujourd’hui Mardi Gras, ses masques de douceurs

Prestement collectés par les gamins frondeurs,

Ses razzias de grenier, trésors de cotillons,

Ses odeurs de beignets dorant dans les poêlons ;

 

Aujourd’hui Mardi Gras lâchera dans les rues

L’insouciance grimée de l’enfance en goguette.

Lise, retrouve-la cette fougue ingénue,

Fringale d’avenir que l’on croyait repue !

Tout le monde t’attend, ne reste pas seulette,

O ! Troublant chaperon, tire la chevillette !

 

Clochette de muguet exhalant, cristalline,

Pour l’amoureux des bois tes effluves de sève ;

Mois de Mai qui prodigue une haleine câline ;

Sur l’alpage émeraude, un concert de clarines ;

Au bal du samedi, pourvoyeuse de rêves ;

Douce-amère parfois, mais toujours fille d’Eve :

 

A quoi me serviraient l’eau de l’étang opale,

La trace d’un oiseau, fine et calligraphiée,

Mes marraines forêts dont je suis le féal,

Le mouvement d’écluse attisant le canal,

Le soleil brisé sur les toits enluminés,

S’il n’y avait tes yeux pour me les expliquer ?

 

Quel goût aurait le jour, sinon un goût de cendre,

S’il n’y avait ta bouche oxygénant les heures,

Son souffle si mutin et si vert, pour épandre

Des arômes amènes, futés qui engendrent

Une auréole chaude, une aura de douceur,

Transformant l’instant gris en hâle de bonheur ?

 

A quoi me serviraient toutes ces pages blanches

Où mes doigts esseulés impriment leurs écrits ;

S’il n’y avait ta joue curieuse qui s’y penche,

S’il n’y avait parfois les ombres de tes hanches,

Pour creuser dans mon texte des sillons d’envie

Et pour fondre d’un coup les affres de mes nuits ?

 

Fille, nymphe ou bien femme, écoute-moi chanter !

Je suis un romantique et un sentimental

Que l’actualité a souvent dévoyé.

Je le redis encor : je suis là des bordées,

Je n’avais plus le temps d’être ton doux vassal,

Désormais je ne veux que toi pour idéal.

 

Tu es le renouveau, l’aliment de mes yeux,

Oh ! Quel voile les noie, si, ne fut-ce qu’un jour,

Ils n’ont pu s’abreuver à tes regards fougueux,

Ni poursuivre, galants, tes gestes langoureux !

Ils sont tendus vers toi, moirés de chaud velours,

Au seuil de l’avenir, de la vie, de l’amour

 

*enjambement de la rime.

(Printemps 1981)

Village de Sibérie sous la neige.

 

PRIÈRE SANS FRONTIÈRE

 

(Année 1982)

 

Au Professeur Jean Bernard

 

 

Au nom du délire urémique et de son hoquet de démon ;

Au nom de l’infernal cancer du pancréas qui a jeté

Dans le corps de cette grand-mère un cruel brasero vivant ;

Au nom du vieillard avili par l’inhumaine agitation,

Sanglé aux barreaux de son lit, perfusions, tuyaux dans le nez

Et qui veut s’arracher la vie comme on arrache un pansement :

              Oh ! Je t’en prie homme, aie pitié de toi !

 

Au nom de la quinquagénaire, au regard délavé, qui meurt

De métastase cérébrale et d’un néo cloué au sein,

Dont nul ne prend la main crispée par trop de mouvements cloniques ;

Au nom de ce prématuré stagnant dans son incubateur,

Fragile et émouvant trésor de cristal qu’un tout petit rien

Peut rejeter dans le néant ou dans des cieux problématiques :

              Oh ! Je t’en prie homme, aie pitié de toi !

 

Si pour l’œuvre du communisme il nous fallait exterminer

De la population, les neuf dixièmes, nous ne devrions

-Disait Lénine – reculer devant l’important sacrifice ;

Au nom des cinquante millions de vies, par Staline, fauchées ;

Et au nom des martyrs de la bolchévique révolution,

Qui, depuis dix-neuf cent dix-sept, lardent le siècle de supplices :

              Oh ! Je t’en prie homme, aie pitié de toi !

 

Dans le complexe de Potma, en Mordovie loin de Moscou,

Quatorze camps échelonnés sur cent kilomètres le long

D’une voie ferrée sans issue propriété du K.G.B….

Vaste comme six fois la France un complexe est encore plus fou :

Kolyma, crématoire blanc aux monstrueux hivers sans fond.

Au nom des bagnards entassés par moins cinquante-cinq degrés :

              Oh ! Je t’en prie homme : aie pitié de toi !

 

Et puis à Tachkent, en été, par quarante degrés à l’ombre,

Combien d’immeubles sont construits par des femmes – ce n’est pas rare ?

Tandis qu’à côté les chauffeurs de taxis ouzbecks font la sieste !

Elles sont manœuvres, forçats, moins que prolétaires : des nombres…

La femme est le mulet de l’homme, a dit un proverbe tartare.

Au nom de ces êtres de somme et de leur vie saignée à l’Est :

              Oh ! Je t’en prie homme : aie pitié de toi !

 

Depuis le dix-huitième siècle et le partage du pays,

A toutes les générations la Pologne a connu la guerre,

Ses hommes trop souvent partis en prison, au bagne, aux combats.

La femme a dû vite endosser sa carapace d’énergie.

Au nom de Wanda internée, une nuit du tragique hiver,

Et dont les enfants sont jetés dans un lugubre orphelinat :

              Oh  Je t’en prie homme : aie pitié de toi !

 

Pauvres Wanda, pauvres Lydia, le Kremlin a joué gagnant !

A l’égard de votre patrie les bons sentiments gratuits seuls

Ont fait grande unanimité : près de six cents ordinateurs

Font tourner en URSS jusqu’aux usines d’armement.

Ils sont gages de l’Occident. Au nom de vos pionniers qui veulent

Voir, dans nos pays, condamner les impostures des hâbleurs :

              Oh ! Je t’en prie homme : aie pitié de toi !

 

En juillet soixante-dix -neuf, un cargo grec, le Klearchos

Sombrait dans le golfe d’Olbia, au grand large de la Sardaigne.

Fait divers ? Non, vrai cauchemar quand l’inventaire fut connu :

Perchlorétylène, arsenic, des tonnes de cocktails atroces…

Au nom des pêcheurs retirant dans ces eaux où la mort se baigne

Des centaines de poulpes morts, mille autres poissons corrompus :

              Oh ! Je t’en prie homme : aie pitié de toi !

 

Budget pour l’armement, bien sûr, et pour la défense intérieure.

Pour la Recherche qui mendie le budget n’est pas garanti,

Et la Santé fait le trottoir, l’avenir suspendu aux langues

Des ronds-de-cuir du Parlement qui accouchent avec lenteur

D’un chiche secours sur lequel « ne pas dépasser» est prescrit.

Au nom de la mère veillant son enfant squelettique, exsangue :

              Oh ! Je t’en prie homme : aie pitié de toi !

 

Mi-février quatre-vingt-deux, la Roumanie a augmenté

Soudain de trente-cinq pour cent toutes denrées alimentaires.

Penché sur sa feuille d’impôts, le Français moyen se rassure :

Traitement et voiture en double et la maison neuve à payer ;

Grands dieux le Changement rendra moins dur de rester prolétaire !

Au nom des enfants sacrifiés aux violents marasmes futurs :

              Oh ! Je t’en prie homme, aie pitié de toi !

 

Au nom de la France lucide et vraie patrie des Droits de l’Homme ;

Au nom de ce mot Liberté le seul véritable idéal,

Quand tu ne le prostitues pas aux pieds des causes fallacieuses ;

Au  nom de la Science et des Arts et de leur fabuleuse somme,

Enviés par les nations et qui leur servent souvent de fanal ;

Au nom de ta France sortie, de tous les périls, victorieuse :

              Oh ! Je t’en prie homme, aie confiance en toi !

Le Mur de Berlin que je franchi en Mars 1971.

VOYAGE EN PAYS DE DĖTRESSE

 

Mon cœur ne perçoit pas que les fleurs de l’amour,

Que les jupons de rêve aguichant la tendresse.

Dans mon ciel la beauté ne luit pas tous les jours.

Je foule des chemins empierrés de tristesse

Où mes semblables vont, tête basse et cœur las,

Vers un futur où grêle la déconvenue.

Je n’ai pas de fanal et il fait nuit déjà.
Ah ! Pauvres gens lorsque vous avez disparu :

 

Mes yeux n’ont pas cillé et mon cœur a compris.

 

De plus en plus souvent mes yeux pen-sent au loin.*

Ils pen-sent vif et long et les fibres d’hier

Les ti-en-nent axés sur un mythique point.

Le passé paraît tant voilette de poussière

Qu’il me faut parfois le secours du passeport.

Et je revois des trains qui pour-fen-dent la nuit.

J’ai bien vécu cela, oh ! Non non rien n’est mort,

A chaque fron-ti-ère accordant son permis :

 

Mes yeux n’ont pas cillé et mon cœur a compris.

 

« Blumen » était inscrit sur le mur de Berlin,

Ce magasin de fleurs rasé à mi-hauteur,

Fané, vi-o-lé par le rempart du destin

Tout enlaidi de honte accusait le malheur.

Quand j’ai vu écrit comme un regret lapidaire

Pour qu’on ne l’oublie pas et qu’on l’immortalise,

Au beau milieu d’u-ne couron-ne mortuaire,

Ces pauvres mots lavés : « Für immer Annelise »**

 

Mes yeux n’ont pas cillé et mon cœur a compris.

 

Pour pouvoir regagner ma chambre à Budapest,

Je posais un forint entre les mains ridées

De ma logeuse exsangue et au souffle funeste.

Fa-mé-li-que tarif pour avoir droit d’entrée.

C’était ma foi le prix d’un ver-re de vin chaud

Sur les quais de la ga-re de Nyugati Piu.
Je sentais ses poumons comme pris dans l’étau

Et lorsque j’ai quitté son regard bleu dissout :

 

Mes yeux n’ont pas cillé et mon cœur a compris.

 

Un être vit et puis un autre est là qui veille.

Je suis dans l’ombre, Edith, je t’en prie n’attends plus !

Marie-toi sois heureuse avant que d’être vieille !

En Roumanie sera mon grand amour perdu.

Quand ba-fou-é par notre impitoyable monde

Dans la nuit de Novembre, il y a si longtemps,

Le train m’a arraché à ta tendresse blonde

Et que ce réveil vide a tué mes vingt ans :

 

Mes yeux n’ont pas cillé et mon cœur a compris.

 

Quoi que di-sent de moi les saints-Jean-Bouche d’or

Ah ! Non je ne suis pas disciple de Narcisse.

Mon miroir est sans tain, j’écoute quand tout dort.

Dans les larmes souvent ma plume navrée tisse

Les mots appréhendés aux quatre coins des rues.

Je suis votre témoin et votre journaliste.

Lorsque face au malheur votre bouche s’est tue,

Qu’apparemment je suis resté bêtement triste :

 

Mes yeux n’ont pas cillé et mon cœur a compris.

 

Je pense à Géraldine en ce matin d’automne,

Violée, tuée, jetée dans les eaux d’un canal

Et son cercueil suivi par cinq mil-le personnes.

Oui, on tue les enfants, ces temps-ci, c’est banal !

Ou alors c’est Francine en son vingtième été

Qui prend la route avec la mort dans sa voiture.

A son en-ter-re-ment je ne suis pas allé.

Peine inavouée se cache et je ne suis pas dur :

 

Mes yeux n’y étaient pas mais mon cœur a compris.

 

Puis c’est de leur vivant qu’on s’intéresse aux gens.

Brassens avait raison de dire « au ci-me-tière

Ah morbleu ! Il n’y a per-son-ne là-dedans ».

L’esprit, l’âme, l’aura ne restent pas en bière.

Les disparus sont pro-ches - ça qu’on le comprenne –

De nos petits soucis, nos occupations graves.

Et si pour nous la vie est souvent u-ne chienne,

La sérénité est leur lot car eux ils savent :

 

Mes yeux l’ont supposé mais mon cœur l’a compris.

 

Finalement pour nous, les êtres bien en chair,

Ne som-mes-nous pas des produits artificiels ?

Avec notre  savoir infus et nos grands airs

Qui condamnons très sûrs l’Au-delà et le Ciel.

Nous croyons pour de bon, posséder la sagesse,

Saisir l’irrationnel, vivre les pieds sur terre.

Notre pas nous entraîne en pays de détresse

Et tous nos fiers concepts, ah ! Voyons comme ils errent :

 

Mes yeux sont désolés et mon cœur a compris.

 

Toi la femme vendue par un pieux ma-ri-age

Qu’un pacha qui s’ignore immole dans son lit,

Tu as souvent crié :  « assez de ruts en rage,

On peut fai-re l’amour avec les yeux, l’esprit

Avant de rouler dans de porci-nes bordées ! »

Mais il n’a vu en toi qu’une viande à plaisir.

Quand j’ai rencontré ta qua-ran-taine fripée

Et ton visage éteint qui ne sait plus s’ouvrir :

 

Mes yeux n’ont pas cillé et mon cœur a compris.

 

Tu as l’â-ge du Christ, bru-ne  fleur enivrante.

Com-me croix tu auras la chimiothérapie,

Peut-être pour calvaire u-ne fin lancinante,

Nul ne sait mais déjà ils ont tressé ta nuit

Les bien portants ravis et orgueilleux de l’être.

Ils le fuient ton cancer mais ça les sécurise,

Ils te ferment leur porte et voi-lent leurs fenêtres

Sur leur tumeur maligne : une infecte bêtise.

 

Mes yeux sont embués et mon cœur a compris.

 

J’invi-te parvenus, sectai-re-s et faquins,

Bourgeoi-ses, cœurs suris, minettes dont le lot

N’est que pré-ten-ti-on, malice et fond de teint ;

A rendre une visite au Grand Champ des Sanglots

-Au Champ du Grand Repos et du Dernier Silence-

Pour que l’angoisse enfin nécrose l’artifice,

Les pas-se-men-te-ries de leur vai-ne sci-ence,

L’arrogance de leur humanité factice :

 

Ah ! Mes yeux l’ont jugée et mon cœur a compris.

 

*Typographie syllabique de certains mots pour inciter à la véritable diction (respect de la longeur du vers)

 

**Pour toujours, Anne-Lise.

 

 

 

*

LA TOILE ĖCRUE

 

 

Je suis un peintre de la rue

Et la palet-te de ma vie

Jet-te sur une toile écrue

Des couleurs que le vent délie.

 

Inquisiteur des indolents

Au devoir grégaire et stérile,

Je croque au milieu des passants

La veu-lerie, l’instinct puéril.

 

Débusquer la réalité

N’est pas vertu de quiétiste,

Je n’ai pas à le déplorer

Moi le bretteur idéaliste.

 

Le monde au seuil de ma trentaine

Darde ses ron-ces d’injustice,

Je voudrais souffler une haleine

Qui l’épure et qui l’embellisse.

 

Avec l’orage à ma fenêtre,

Comment puis-je entonner serein

Une ode à la jouis-san-ce d’être

Ou de gentils alexandrins ?

 

L’humanité est un vitrail

Captant aussi lumiè-res vives,

Mais trop souvent mon cœur défaille

Voilé par tant d’ombres lascives.

 

A quoi bon remercier le Ciel

Pour ses dons coutumiers fortuits

Lorsque la presse universelle

Com-men-te la guerre à mon huis ?

 

Une action de grâce est plaisante

Le calme béat tranquillise.

La révolte est plus exigeante

Qui bannit leurre et cou-ardise ;

 

Qui  souffle dans son éteignoir

Sermons, boniments de pierrot.

Enfin choisir il faut savoir

La lutte ou bien l’opium des mots.

 

Noirs ne sont pas tous les destins,

Des hommes sont heureux, parole !

Mais par devoir tant de faquins

Sourient pour masquer leur vérole ;

 

Salauds, crient aux nécessiteux

Pour se donner bon-ne  conscience :

« Vous n’ê-tes les plus malheureux

Allons, ingrats, de la décence ! »

 

Ah ! Nul ne peut rien pour personne

Sauf bien sûr donner de l’argent.

Que d’humanistes déraisonnent

A n’octroyer que boniments !

 

L’homme encor se nourrit de soupe,

Les fioritu-res du langage

Lui propo-sent vide u-ne coupe

Séchant l’esprit, le cœur de rage.

 

La justi-ce n’est d’aucun monde

-jamais nous ne la croiserons-

Et l’impuissance est à nos frondes

Qui toujours vai-nes siffleront.

 

Sans répit je tendrai le poing

Aux moutons de Panurge, aux neutres,

Aux Bons apôtres sibyllins,

Aux boute-feu qui se calfeutrent.

 

Le vent se lè-ve sur ma route.

Mon havresac de mots qui rongent

Te tritu-re, mon cœur qui doute.

Et cependant ivre tu songes.

 

Le monde est une toile écrue

Et la palet-te de ma vie

Tente de sauver dans la rue

Des couleurs que le vent délie.

 

Octobre 1981.

Dans le bois des Vernaux à Tavaux (Jura)

LES ÉCRITS QUI S’ÉCRIENT

 

Mes écrits sont pour m’écrier,

Sans bruit, sans odeur et discrets,

Puisqu’ils s’écrient sur le papier.

Le lecteur, seul, en a l’accès

 

Mes écrits sont pour m’écrier

De la manière haute et racée,

Dans le silence et sans crier.

Ma plume est occulte et madrée.

 

Mes écrits sont pour m’écrier

Loin de la foule aigre et paillasse.

Indépendant je puis tracer

Bien des mots quel que temps qu’il fasse.

 

Mes écrits sont pour m’écrier

Hors témoin, complice ou larron.

C’est toujours sans m’égosiller

Que je versifie mes chansons.

 

Mes écrits sont pour m’écrier

Sans le moindre son, sans micro.

Nul ne peut donc me décrier

Pour monopoliser l’écho.

 

Mes écrits sont pour m’écrier

Dans la retraite et sous les cieux.

C’est aussi façon de prier,

Pour moi, le si bienveillant Dieu.

 

Mes écrits sont pour m’écrier

Loin de l’encens, des ostensoirs.

Je puis donc évangéliser

Et porter les athées à croire.

 

Mes écrits sont pour m’écrier

Loin des salons, des dédicaces.

Amusé, je vois roucouler

Les tenants teigneux de la place.

 

Mes écrits sont pour m’écrier

Sur le Net international.

Je laisse aboyer, pontifier

L’élu d’académie locale.

 

Mes écrits sont pour m’écrier

Par l’encre ou par le numérique.

Je reste actif à m’adapter,

Vif, aux révolutions techniques.

 

Mes écrits sont pour m’écrier :

Vive et vienne, attendu, le Monde

Nouveau pour tout améliorer ;

Reprenez cet air à la ronde !

 

Mes écrits sont pour m’écrier :

Silence au racisme autochtone !

C’est le temps d’aimer, d’implorer ;

Le courroux de Dieu déjà tonne.

 

Mes écrits sont pour m’écrier :

Je mets le cap sur l’Algérie,

Mon destin va me conforter

Dans cette évolution de vie ;

 

Mes écrits sont pour m’écrier :

Mes mots ont l’ordre de servir.

Prose et poésie vont œuvrer

Pour, à ce devoir, parvenir.

 

Mes écrits sont pour m’écrier :

Je suis un heureux paresseux ;

L’essentiel va me programmer

Plus utile en écrivant peu.

 

Mes écrits sont pour m’écrier

Sans frontière et sans étiquette.

Ne pas me taire et vous aider :

Ami(e)s d’Algérie, c’est ma quête !

 

Pour que mieux mes écrits s’écrient,

Je me réserve et me préserve

Dans la forêt, mon Paradis,

Afin que, Sylvain, mieux je serve.

 

Tavaux, Bois des Vernaux, Août 2017.

 

 

E-BOOKOGRAPHIE (PROSES ET POESIES) :

www.nicolas-sylvain.jimdo.com

 

Cœur sans Frontière (216 pages dont 37 photos).

Les Arbres hors du Temps (222 pages dont 33 photos)

L’Amour Alchimiste (215 pages dont 33 photos)

Arcades Majeures (223 pages dont 28 photos)

Le Poète ce Roi (232 pages dont 48 photos)

Le Printemps Triomphant (250 pages dont 62 photos)

Pertinences (228 pages dont 41 photos)

Ephémérides (206 dont 53 photos)

Paraboles (252 pages dont 45 photos)

L’Ermite Extraverti (224 pages dont 60 photos)

Saveurs et Salves de Mots (238 pages dont 70 photos)

Au Fil de mes Heures (234 pages dont 68 photos)

Asuntos Corrients – Vesontio (240 pages dont 65 photos)

Cahier du Jour Bisontin (180 pages dont 52 photos)

Au Jour le Jour en peu de Mots (202 pages dont 39 photos)

Maintenant et à tout à l’Heure (224 pages dont 71 photos)

Céans (302 pages dont 60 photos)

Easter-Ostern-Pâques (212 pages dont 53 photos)

Rue du Val d’Amour (220 pages dont 60 photos)

19ème Avenue (300 pages dont 77 photos)

Présences électives (302 pages dont 95 photos).

 

 N.B. : les e-books ayant été saisis sous Word Starter 2010, il est possible que certains ordinateurs ne les restituent pas en l'état originel. D'où il s'ensuit que des modifications dans les caractères des titres -et autres- peuvent apparaître. Utilité du présent site danois de proposer des "pièces détachées" issues de ces 21 e-books.

 

Vendredi 28 Septembre 2017 (Fontaine-lès-Dijon, Côte d'Or)

"It is a great book! If it were not dedicated to me, Il would give you a prize for it."

Teresinka Pereira, Présidente de l'IWA (USA) 30 Octobre 2017.

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