"ICH ERINNERE MICH..."

Crédit photo : www.freiburg.de Fribourg-en-Brisgau (en allemand : Freiburg im Breisgau ; en bas-alémanique : Friburg im Brisgau) est une ville d'Allemagne située dans le land de Bade-Wurtemberg. Ville arrondissement à part entière, Fribourg-en-Brisgau est le chef-lieu du district de Fribourg-en-Brisgau, ainsi que de celui de l'arrondissement de Brisgau-Haute-Forêt-Noire, dont elle ne fait cependant pas partie. Elle est aussi le siège de l'organisation régionale de planification Südlicher Oberrhein (de). De 1945 à 1952, elle fut la capitale du land de Bade, qui a alors fusionné avec deux autres länder pour former le Bade-Wurtemberg. Fribourg est l'une des villes allemandes les plus méridionales. Dans le sud-ouest du pays, elle est traversée par le Dreisam et se trouve au pied des montagnes de la Forêt-Noire. Le centre-ville est à une vingtaine de kilomètres du Rhin et de la France, et à environ 70 km de la Suisse. Fribourg compte environ 230 000 habitants, ce qui en fait la quatrième plus grande ville du Bade-Wurtemberg après Stuttgart, Mannheim et Karlsruhe. Son aire urbaine, qui comprend les arrondissements de Brisgau-Haute-Forêt-Noire et d'Emmendingen, regroupe environ 630 000 habitants. Fribourg se trouve enfin dans la région du Rhin supérieur, qui compte six millions d'habitants répartis sur trois pays. Historiquement, la ville a été le centre de la région de Brisgau sur le bord ouest de la Forêt-Noire dans la plaine du Rhin supérieur. Une vieille ville universitaire allemande célèbre, et siège archiépiscopal, Fribourg a été incorporée au début du XIIe siècle et s'est développée en un centre commercial, intellectuel et ecclésiastique majeur de la région du Rhin supérieur. La ville est connue pour son minster médiéval et son université de la Renaissance, ainsi que pour son niveau de vie élevé et ses pratiques environnementales avancées. La ville est située au cœur de la grande région viticole de Bade et sert de principal point d'entrée touristique à la beauté pittoresque de la Forêt-Noire. Selon les statistiques météorologiques, la ville est la plus ensoleillée et la plus chaude d'Allemagne, et a détenu le record de température allemand de 40.2 °C (104.4 °F) de 2003 à 2015. La vieille-ville de Fribourg est célèbre pour sa cathédrale et ses « bächle », des petits caniveaux ouverts qui bordent les trottoirs. Leur longueur totale est de 15,5 km. Elle accueille plus de trois millions de visiteurs par an. Fribourg est aussi le siège d'une université fondée en 1457. C'est enfin une ville pionnière en matière d'écologie, avec notamment l'éco-quartier Vauban aménagé à partir de 1996. (Source : Wikipedia).

ICH ERINNERE MICH. UM ZU LEBEN - LEBENDIGER -

DIE GEGENWART.

(Je me souviens ; pour vivre – plus vivant–

le Présent).

 

 à Martin HORN

Maire de Fribourg-en-Brisgau.

 

 

MOBILES D'UNE ATTIRANCE

L'Allemand est fort de deux qualités de race : il est sérieux (ernst) et réfléchi (gründlich). Il examine les choses à fond avant de se lancer dans quelle que entreprise que ce soit. Il met en avant sa  « deutsche Gründlichkeit » (dérivé de der Gründ, le fond). L'expression n'a guère d'équivalent en français ; on pourrait en faire ressortir le sens par « la manie des Allemands  de faire les choses à 120% ». Pour la communication écrite – et ce, depuis 43 ans – je bénéficie de cette « deutsche Gründlichkeit » ; puisque je parais invinciblement programmé dans une voie des Lettres de bretteur à vie. Sans doute l'Autre Dimension m'est complice puisque mon  saints Patron (Albert, pour l'état-civil) était d'origine allemande. Egalement, depuis l'âge de treize ans, le génie  grâce auquel fusa ma passion pour la Musique -hélas contrariée- fut Jean-Sébastien Bach. Auquel j'associerai, plus tard : Georg-Friedrich Händel, Georg-Philip Telemann, et Dietrich  Buxtehude. Et pour la musique d'ambiance contemporaine : Karunesh (Bruno Reuter) conserve ma préférence fidèle.  Arthur Schopenhauer et Friedrich Nietzsche  m'ont guéri de la pensée unique et bardé contre les agressions des « bipèdes » et autres morts-vivants. Et puis, pour la fortification quotidienne de l'âme : Thomas a Kempis (L’Imitation de Jésus-Christ) demeure mon guide spirituel majeur. Existentialiste conclusion: si j'étais né Allemand aujourd'hui je serais musicien professionnel (orgue, clavecin et composition). Alors, mes écrits pour l'Allemagne sont témoignages  de reconnaissance ; et je reste au service de ses étudiant(e)s réalisant des travaux en français (pour une relecture bénévole). Nonobstant cette vocation musicale avortée en France ; je ne dénigre ni ne renie l'ex-Fille aînée de l'Eglise. Mon père naquit dans le XIV° à Paris et ma mère à Dole, rue Pasteur ; et moi je suis également né à Dole, rue du Val d'amour. Depuis seize ans ma philanthropie linguistique ne faiblit point au service de la francophonie ; cependant que je prône un internationalisme lucide par ma  première devise, militante : « Sans étiquette et sans frontière ! » Voici cinquante ans, je rencontrais Fribourg-en-Brisgau. Le contexte sanitaire actuel ne me permet pas de la retrouver en cet an 2020 ; mais j'y reviendrai. Je salue –avec déférence et cordialement – son «Oberbürgermeister » : Martin Horn, en rappelant que Fribourg-en-Brisgau est jumelée avec Besançon.

 

I - L'ENGAGÉ

 

J'ai cessé de penser, de dire et d'écrire : « si j'avais su, j'aurais bien dû, si c'était à refaire.. . » ; pour retrouver l'étincelle de motivation qui électrisait mon Passé bleu. Le Temps quantique nous a délivrés de nos limites mentales d'estimation, de ce Temps que nous avons figé, alors qu'il vit, qu'il évolue et qu'il peut même se rétracter. Je puise au Temps comme l'on puise au puits dont nous ne pouvons entrevoir le fond. Alors je dis -et je complote- : si j'avais su, mais je n'ai su et donc n'ai pu ; toutefois je reprends et pose enfin sur le métier ce qui par ma faute et par mes torts n'a pu éclore.

Ainsi je songe  à la ville ou je fus tant moi-même que jamais dans un autre ailleurs je ne m'approchai tant de moi. Et je me revois au tout début des années soixante, m'escrimant – et parvenant – à capter sur le poste de TSF de mes parents une station allemande diffusant,  le dimanche matin, vers 9 heures une cantate de Bach. Je revois  la cuisine ensoleillée et le poste de radio vétuste avec sa toile ocre du haut-parleur pas du tout de haute fidélité. Ma mère s'affairait déjà pour le repas du midi, en apprêtant pour la cuisson sur le gaz un lapin ou bien un poulet du poulailler de la maison ; afin que tout fut cuit à notre retour de la Messe dominicale au petit village jurassien. Mon père, le plus souvent, se rasait et déjeunait à cette heure. Je l'entends encore pestant contre ce Bach qui me passionnait, au point de m'asseoir par terre au bas du poste de radio remisé sous le poste de télévision récemment acheté. Mais je ne savais pas encore que mon père avait été condamné au STO (Service du Travail Obligatoire en Allemagne ») durant la guerre de 1939-1945, et qu'entendre chanter en allemand n'était pas, pour lui, la musique convenant un placide dimanche matin français, dans une France délivrée de ces « sales Boches ». Je ne m'en rendis compte que bien plus tard, mais le Kantor de Leipzig m'avait envoyé son message codé - en mesure- depuis l'Autre Dimension ; me  prédisant qu'un jour je découvrirais son Pays.

Avril 1970. Je m'engage 3 ans dans l'Armée de Terre à direction du Service de Santé. Fleury-lès-Aubrais tout près d'Orléans,  ESOSS (Ecole des Sous-Officiers du Service de Santé). J'étudiai les primes éléments de la carrière militaire, en « crapahutant » (en me dépensant physiquement lors de sports et  d'entraînements réellement militaires). Puis un matin, je n'avais pourtant que 19 ans, un problème cardiaque soudain alors que je sortais du réfectoire pour le petit-déjeuner... Direction : cardiologie de l'Hôpital militaire Baudens de Bourges. J'y restai une semaine. On ne me trouva rien ( ce n’est que trente années plus tard que je devais être secoué par une crise d’arythmie cardiaque longue et sévère). Je m'en revins traumatisé et inapte -psychologiquement parlant, tout du moins – au « crapahutage ». Ma formation échoua au bout de six mois et je me retrouvai muté ...en Allemagne. Première instance de trois semaines : 32° SIM (Section d'Infirmiers Militaires) de Bühl-Baden ; affectation : 53ème CMD du 83ème RS de Freiburg-im-Breisgau, FFA – je traduis : 53ème Compagnie Médicale Divisionnaire du 83ème Régiment de Soutien de Fribourg-en-Brisgau, Forces Françaises en Allemagne.

Comme, hélas pour ma part, la démobilisation quasi-générale a dévalorisé l'Armée – les Armées – je vais révéler quelques anecdotes sur ma vie d'engagé qui se retrouvait d'un coup en compagnie d'appelés.... "Sale crevure" me fut asséné plusieurs fois par les appelés. C'était à prévoir. Alors, pour commencer, le caporal de semaine (un appelé) m'inscrivit tour à tour sur les listes de toutes les corvées. Un Marseillais de ma chambrée me fit le coup du lit en portefeuille. Bref : j'étais une crevure d'engagé et on allait me faire chier. Mais, comme l'on ne m'avait pas alloué d'affectation, je fus appelé par le commandant de Compagnie, Claude Bouchet, Médecin de 1° classe (Commandant) qui, avenant « bon père de famille » m'annonça :

-« Guye, vous avez eu 16/20 aux 3 Jours de Mâcon ; accepteriez-vous de travailler au Bureau des Effectifs de l'Etat-Major ?

-Mais, mon Commandant, je ne sais pas taper à la machine...

-Vous apprendrez !

Et c'est ainsi que – au premier jour de ma première permission de trois semaines (nous autres engagés avions droit à 45 jours de « perm » par an) je louai à Dole-Bureau une énorme et lourde machine à écrire mécanique de marque Remington, afin d'apprendre à taper comme me l'avait intimé mon Commandant de Compagnie.

De retour à la Compagnie Médicale, l'on s'offusqua de mon absence de trois semaines – trois semaines de « perm » ah ! Ces crevures d'engagés. Mais en fin de la même semaine, un vent catégorique tourna   pour faire triompher et pontifier mon moulin : parmi mes attributions aux Effectifs de l'Etat-Major, m'était allouée la rédaction des permissions de tout le Régiment... La « perm » : document sacré tant attendu pour un appelé !

-Eh, Guye, et ma perm ; tu t'en est déjà occupé, tu l'as déjà fait signer par le Colon (le colonel), est-ce que tu peux y rajouter un bon de 48 heures que je viens d'avoir ce matin ?

Et je devins l'engagé qui rendait service et qui, donc, n'était plus du tout une "sale crevure "...

Le propos majeur de cette séquence n'étant pas, initialement, de m'étendre sur ma vie militaire ; je dois revenir maintenant aux trésors du Passé recomposé pour l'affinement et l'enluminure du Présent. Seule confidence – sur le registre des « si j'avais su » - j'aurais dû maintenir mon intention de rempiler, au bout de mes trois ans d'engagement, non comme militaire mais comme civil. Le Capitaine de l'Instruction m'avait confirmé que, vu mes deux années de secrétariat pour l'Etat-Major, je pouvais prétendre à un poste en tant que civil dans l'Armée et rester en Allemagne. Auquel cas, c'est de 1973 à 1995 que j'aurais vécu en Allemagne (la période d'occupation -FFA- ayant été imposée pour cinquante ans depuis 1945). Or, je préférai rentrer chez les Franchouillards et ramper durant quelques décennies jusqu'à mon engagement dans les forces civiles compensatrices et rédemptrices du Monde Nouveau.

Le Dreisam. Crédit photo : www.adobe.com

II – L'ERMITE EN UNIFORME.

 

Ainsi je séjournai deux années et trois mois au quartier Vauban de Fribourg, où s'étendaient sur des hectares de terrain deux régiments : le 83ème RS et le 53° RCT. J'étais considéré, fus même récompensé d'un séjour de « bon soldat » d'une semaine à Berlin, c'était en Mars 1971. Mais j'eus l'heur immédiat de me forger comme une réserve me préservant de tous les loisirs vulgaires et du côtoiement des fâcheux. Je finis même par obtenir une chambre à un seul lit, nouvellement réservée aux engagés. Je ne fis que deux manœuvres en Forêt Noire ou beaucoup plus loin – elles consistaient à charger l'hôpital de campagne dans de nombreux bahuts (camions), à couvrir deux ou trois cents kilomètres et, en pleine nuit à la lumière des phares, à monter les tentes 60 et à les garnir de tout le matériel. Et puis s'étiraient deux journées sans autre programme que d'attendre la venue – par hélicoptère- du général de Division (trois étoiles) pour sa revue bon enfant. Nos quarts se réjouissaient de ce vin en poudre des rations, et puis, parfois, un méchoui énergétisait la manœuvre avant le démontage des tentes soixante et le retour, ma foi un peu nostalgique. Rapidement je devins le premier dactylographe de l'Etat-major et l'on me gratifia de la seule machine à écrire électrique du Bureau des Effectifs. J'échappai de cette façon à bien des tours de garde et au Stage Commando...Dactylographie, mise à jour des pièces matricules des soldats de ma Compagnie, parfois réponses au téléphone (et ce n'était pas des plantons de service qui nous appelaient depuis la 3ème Division...) Je gardai de ce 83° Régiment de Soutien le souvenir de tous ces officiers supérieurs que j'admirais et que je servis, modestement mais fidèlement.

Mais ma vie intérieure trouva ses braises à l'extérieur. Près de cinquante années après avoir quitté Fribourg-en-Brisgau, je ne parviens toujours pas à définir tout ce pour quoi cette ville me fascinait. Alors égrenons le fil de ce Passé composé qui ne sera jamais, pour moi, Passé décomposé mais Passé quantique d’actions possibles sur le Futur.

 

a) Le Dreisam.

Le Dreisam traversait la ville. Magie des fins d'après-midis dominicales et automnales au bord de ce courant d'eau ésotérique au bas des voûtes des feuilles auburn, et jaunes et ocre, et lie de vin rhénan ; cependant que la Ville, de toutes ses pierres séculaires, se recueillait comme pour un office de Vêpres. Je connus la contemplation durant la Temps de mon Passé allemand. D'autant plus que, dans la minuscule bibliothèque au dernier étage de la Compagnie, je découvris un Zola dont j'ignorais l'existence : le Rêve. Roman mystique inattendu d'un tel auteur et qui surprit aux éclats, et les lecteurs et les critiques de l’époque. Il est des trois livres de ma vie que j'emporterais sur la mythique île désert.

 

b) Les Magasins. 

Mes courses motivés lors de mes permissions en ville m'attiraient dans des magasins où m'attendaient des objets, des habits, auxquels je n'avais jamais accordé le moindre intérêt en France. Tel cet imposant jeu d'échecs sculpté dans l'ébène. J'avais des goûts marqués pour la mode masculine de l'époque, avec, notamment, ses pantalons à pattes d'éléphant. Le Johnny Walker rouge s'imposa comme la seule marque de Whisky dont je tâtai –  avec classe et modération  – mais sans glace. A notre économat il était vendu l'équivalent de 25 F. Le Deutsch Mark valait 1,50 F – le prix d'un demi aux Fêtes de la Bière. Et puis je pris aussi le goût des parfums, des bagues exotiques, des tabacs parfumés rares pour la pipe ; mais je boudai toujours la cigarette. Ma semaine à Berlin, en Mars 1971, me fit -nous fit car j'étais accompagné d'un ou deux camarades- sillonner souterrainement la ville  dans tous les sens par le métro auquel nous avions accès gratuitement, sous réserve que nous fussions en uniforme. Anecdote hilarante : nous découvrîmes un matin gris un magasin de même couleur « Beate Use » -peut-être du nom de la gérante- et Sex Shop de l'époque. Facétieux, un camarade traduisit par «  Bitte usée ! ». Un autre matin, celui-là, multicolore, nous étincela le visage des  couleurs voyantes du Quartier des Perroquets. Tous les immeubles d'architecture novatrice ultra-moderne avaient leurs façades peintes de tons tels que l'on peut  retrouver sur le plumage des perroquets. Vert, mauve, jaune, rouge, gris...

 

              c) Le Mur de la Honte.

De la créativité à l'Ouest de Berlin ; mais de la pitié à l'Est… Nous fûmes hantés par toutes les facettes de ce mur de Berlin : immeubles rasés à mi-hauteur, no man's land de sinistre largeur entre ces murs improvisés ; avec X en béton (barrage antichars), clôtures électriques, chiens de garde de carrière, miradors surplombant et menaçant le tout – avec soldats du contingent chargés de tirer  sans sommations sur tout ce qui aurait bougé sur la surface exsangue comme la face de la Mort. Notre guide était hongrois et se nommait Pajoncek. Lorsque nous lui avançâmes : « mais enfin, quand ce mur de la honte va-t-il disparaître ?" ; il nous répondit : « Comme vous dites en français : quand les poules auront des dents ! » Le Musée des Evadés nous démontra que presque toutes les tentatives frauduleuses pour franchir ce Mur avaient été exploitées. Quelques réussites mais beaucoup de victimes ne voyant jamais l'autre côté. Finalement, une heure à l'Est nous fut concédée. Une heure de soixante minutes, officiellement décomptées. Des orties, une église grisâtre et condamnée. Personne dans les rues. Une librairie Karl-Marx avec peu de clients mais tous silencieux. Brrr ! Retournons à l'Ouest pour offrir à Pajonsek « une mousse » ainsi qu'il baptisait la bière allemande – dont, depuis cinquante années, je n'ai jamais trouvé l'équivalent français, pour ce qui est du soyeux, du moiré et du gouleyant sans pareils. « Grusse aus Berlin ! » (Bonjour de Berlin !) affichait sur son costume folklorique l'ours à musique de Berlin (symbole de la ville) et que j’achetai pour ma sœur. 

 

               d)  Nos relations locales.

Dans les Gasthaus (restaurants) nous eûmes de brefs contacts avec des consommateurs qui avaient fait la guerre à nos pères. Mais aucune allusion à ce Passé pas si loin. Par contre, aucun contact avec les garçons de notre âge. Sans doute à cause des succès des Français – même en uniforme, et peut-être surtout en uniforme- auprès des filles...Si les Italiens sont dragueurs -systématiques, si je me rappelle mon Italien rencontré près de Budapest et qui obtint un rendez-vous auprès de l'hôtesse de l'Ibusz, dès le premier quart d'heure de contact que nous eûmes – les Français peuvent prétendre à la seconde place dans la drague opérationnelle. Pour ma part, j'étais enlevé très haut loin des choses de la Terre pour songer à la bagatelle. Ma vie intérieure me suffisait quant aux horizons de contemplation qu'elle me laissait entrevoir. Le goût des « belles étrangères », animerait le pinceau de ma palette des pasisons, avec des couleurs sérieuses -plus hiératiques- et beaucoup plus tard.

 

e)  Magie des environs de Noël.

 

Je ne fréquentai aucun culte durant mon séjour allemand. J'avoue que Dieu ne m'interpellait point. Je n'entrais à la cathédrale Notre-Dame de Fribourg que durant l'été, à l'occasion des récitals d'orgue donnés  sur les quatre instruments par des maîtres du Monde entier. Il ne me souvient même pas d'avoir prié. J'avais acheté à Berlin « Le Petit Livre Rouge » de Mao  - sans pour autant nourrir un quelconque intérêt pour la politique. Disons que c'est par provocation contre mon milieu catholique de droite que je me rebellais pacifiquement. « Magie des environs de Noël » dis-je. C'est en-dehors du centre-ville de Fribourg que j'aimais me retirer en fin d'après-midi du Dimanche. Ainsi passai-je, souvent à la nuit tombante, près des maisons de famille au chaud desquelles je pressentais une affectueuse complicité ; des parents avec deux enfants, qui tous s'aimaient sans à-coups. Des enfants adolescents, des parents jeunes encore. Parfois j'entrevoyais – se dessinant devant la fenêtre – des ombres fugaces rayonnantes de bonheur. Des ombres interpellatrices de mon enfance qui jamais ne me donna une étincelle de ce bonheur allemand que je découvrais l'année de mes vingt ans. Alors s'imposa ma désolation de ne pas être né Allemand en Allemagne... J'aurais pu devenir musicien professionnel (sans doute à l'orgue) et compositeur officiel. Or, mon père hostile à ma passion musicale s'opposa toujours à ce que j'étudiasse un jour cet art. Une autre scène familiale et joviale qui m'interpellait en début d'après-midi du Dimanche : ces familles sortant du repas -de chez elles ou d'un restaurant- et qui s'avançaient, posément et comme suivant un rite, sous les premiers arbres de la Forêt Noire avoisinant leurs demeures. Magie des environs de Noël que je n'avais jamais connu depuis...et que je n'ai toujours pas connu, en dévoilant ces lignes. « Jean-Christophe » de Romain Rolland est le second roman que j'emporterais sur la mythique île déserte. L'histoire d'un musicien allemand. Pour moi la Musique est née en Allemagne, Pays dont je regrette de ne pas être natif. Et je persiste en quête d'un Noël digne de cet enchantement – et que je ne connais pas encore.

Les 4 orgues de la Cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. Crédit photo : www.orguefrance.org

f)  Et la Littérature ?

 

Jamais durant mon séjour à Fribourg (deux ans et trois mois) il ne me poussa, comme  une envie honteuse, le besoin d'écrire pour écrire. Je n'avais rien à dire autre que ce qui n'aurait pu être dit que par la pensée contemplatrice  et les sons de ma vie intérieure.

Quelle lubie saugrenue que de vouloir un jour écrire ? Et, plus incongrument, de battre le vers et de limer la rime ? Certes, je m'en excuse en avançant la provocation. Poésie : genre littéraire devenu bâtard par la médiocrité de plumitifs au plumage déplumé, de puceaux des Lettres et de rombières palmifères !

En cette veille de mon anniversaire (Mercredi 29 Avril 2020), je devrais m'offrir pour cadeau le renoncement à cette manie rimeuse – un virus, décidément !  Et retourner à la musique, à ma musique pour ce qui est des partitions composées durant de rares périodes de création sensées et de lucidité visionnaire.

Au Schauinsland (Forêt Noire) environs de Fribourg-en-Brisgau. Crédit photo : www.viamonts.fr

g) Je lève une dernière fois mon  vers !...

 

Serment d'ivrogne que de promettre de ne plus pondre un vers, pourtant le temps présent devient tentant et il me tarde de me démaquiller de tout ce qui me farde. Certes j'ai brocardé tous ces « Poèteux de la Pitié » collectionnant prix, médailles et distinctions de politicards locaux et polychromes ; mais c'est insuffisant. D'ailleurs la prose, elle, me repose. J'aime à numériser des mots, des phrases, des paragraphes et des feuillets volant quasiment droit sur l'heure à direction de mes lectrices accortes et de mes lecteurs fidèles et ce, principalement, via mon site JimDo résidant à Hambourg...Décidément je dois – en rectifiant la position – marcher plus droit en souvenir de ma germanophilie et de mes deux années et un trimestre vécus à Fribourg-en-Brisgau ! Ayant retrouvé Dieu que je conserve sous les yeux ; je vous envoie - Lectrice accorte, Lecteur fidèle – le texte du Notre-Père, en allemand J'ai cessé de penser, de dire et d'écrire : « si j'avais su, j'aurais bien dû, si c'était à refaire.. . » ; pour retrouver l'étincelle de motivation qui électrisait mon Passé bleu. Le Temps quantique nous a délivrés de nos limites mentales d'estimation, de ce Temps que nous avons figé, alors qu'il vit, qu'il évolue et qu'il peut même se rétracter. Je puise au Temps comme l'on puise au puits dont nous ne pouvons entrevoir le fond. Alors je dis -et je complote- : si j'avais su, mais je n'ai su et donc n'ai pu ; toutefois je reprends et pose enfin sur le métier ce qui par ma faute et par mes torts n'a pu éclore.

 

Vater unser im Himmel,
geheiligt werde dein Name ;
dein Reich komme ;
dein Wille geschehe,
wie im Himmel so auf Erden.

Unser tägliches Brot gib uns heute.
Und vergib uns unsere Schuld,
wie auch wir vergeben unsern Schuldigern ;
und führe uns nicht in Versuchung,
sondern erlöse uns von dem Bösen!

 

www.nicolas-sylvain.jimdo.com

Facebook : Nicolas Sylvain.

Serveuse allemande en costume traditionnel. Crédit photo : www.123rf.com
"FRERE SOMMEIL" - Un chef-d'oeuvre du cinéma allemand (version originale).

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06.11 | 09:30
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