LE TESTAMENT DOLOIS.

Dole (Jura) Le monument à Jean Jaurès.

 

LE TESTAMENT DOLOIS

 

 

Ecriture aragonienne.  Louis Aragon (1897-1982) écrivit toute son importante et magistrale œuvre poétique sans la moindre ponctuation. Mode d’écriture alternative que je pratiquais à mes débuts en 1979.Exceptionnellement - pour vous, Lecteurs francophones sans frontière - je la reprends ce jour au large de 11 strophes de 14 octosyllabes. Le lecture en est donc syllabique (pour rendre les huit pieds de chaque vers). Le point entre deux phrases portent sur un même vers est averti par une majuscule à la première lettre de la seconde phrase : "

"Il ne m’est pas prévu de nuire

A qui que ce soit ou détruire

Quoi que ce soit Il est question

De votre mémoire En fonction

Des pouvoirs qui m’échoient et vont..."

 

 

Dijon Il est vrai j’en rêvais

Les années où je découvrais

Louis Aragon et son Roman

Inachevé Et maintenant

Être Dijonnais tous les jours

Je peux Mes premières amours

En poésie aragonienne

Assez galamment me reviennent

Me rajeunissant de trente ans

D’un coup surtout que je veux tant

Ėcrire ainsi que je faisais

Lorsqu’au début fort j’y croyais

Cela me reprend tel un mal

Aimé que l’on trouve normal

 

Hardi retour au syllabisme

Je regarde au travers du prisme

De ma regrettée pré-trentaine

Je puis courir la prétentaine

Avec rime et vers calibrés

En matinée comme en vesprée

Du Temps où je n’étais peut-être

Rien que ce que je devais être

Et que j’aurais dû demeurer

Plutôt qu’aux jeux de con jouer

Au point de paraître cynique

En laissant la pensée unique

Frapper à mort et dans le dos

Tous les amis occis tantôt

 

A mon époque âcre et virile

Nous n’avions de jeux imbéciles

Ni casque d’écoute à la tête

Rendant passif absent et bête

Ni non plus l’idiotie d’écrire

Phonétiquement et bien pire

Aussi avec provocation

Je bannis la ponctuation

Tel que toujours le Fou d’Elsa

Magistral cet art illustra

Vous direz ce que vous voudrez

Vous ferez ce que vous pourrez

Moi je retourne à la vie saine

Sans plus d’idéologie vaine

 

Roman Inachevé classique

Démarqué du mou chaotique

Des Poéteux de la Pitié

Enrubannés et décorés

Par les bas mandatés du cru

J’avais le verbe haut très cru

Lorsque certes prisant le vin

Hélas délaissant le Divin

Je me forgeais de plomb d’étain

Mon pseudonyme de Sylvain

Le chemin vers la sainteté

Est tavelé d’iniquités

Pour se forger une âme en fer

Il faut faire un tour en Enfer

 

Dieu créa l’homme à son image

Ce n’est pas que vue pour le sage

Mais surtout pas pour le singer

Se mesure avec le danger

Qui ne reste pas à sa place

Tirer la pièce à pile ou face

Ne changera rien à la donne

Et tant de bigots déraisonnent

À jouer l’ange et c’est la bête

Que Satan tient par la bébête

Celui qui croit sera sauvé

Dès qu’il a été baptisé

Les Ėglises sont des boutiques

Au loin des vues et lois christiques

 

Il faut contenter le chaland

Par des sermons accommodants

Sinon adieu Denier du Culte

Il vous mettra le pied occulte

Pasteurs le paroissien fâché

Lorsque l’homélie est soldée

Presqu’aussitôt quelqu’un s’apprête

À faire circuler la quête

Qui va se retrouver en berne

C’est pour cela que l’on vous berne

Avec la doctrine au rabais

La théologie des attraits

Vatican II sur rails a mis

Tous les trains pour l’apostasie

 

Disciple du grand Aragon

Voici plus de trente ans crénom

Je ne fréquentais plus l’Ėglise

Rebuté par l’ointe bêtise

De sa bâtarde liturgie

Dieu mettait dans la Poésie

Sa raison de vivre à mon âme

Au travers de mots francs de flammes

Car ma plume était décapante

Et ma rime abrupte et coupante

Je n’oubliais pas Notre Père

C’est dans sa création première

Prairies canaux étangs forêts

Que je Le célébrais secret

 

Puis après je m’en suis mêlé

De la Boutique et suis allé

Jusqu’à devenir pas très saint

Une année pleine un sacristain

Ce fut un an de Purgatoire

Presque proche du désespoir

Ah diantre et peste et foutre et crotte

À qui aux apostats se frotte

Recrucifieurs du Christ en croix

Tous ces déjantés de la Foi

Que j’aurais voulu mon absence

Au culte de ces indécences

Aujourd’hui insatisfait j’erre

Du Passé formateur j’espère

 

Retrouver le moule adoubeur

De l’Ordre doré des Rimeurs

J’en appelle à Louis Aragon

À son chef-d’œuvre tout au long

Duquel la Vie digne de vivre

Sourd et jaillit et fuse et vibre

Et j’ai la nostalgie soudaine

Des audaces de ma trentaine

Mais avec Dieu de nouveau dieu

De ma Liberté de mes vœux

D’honorer libre le talent

Dont il me gratifia clément

Un Lundi d’une année doloise

Dans une famille gauloise

 

Mon père était né à Paris

Ma mère issue doloise et puis

Malheur à ma pauvre famille

Qui dut quitter loin des ramilles

De la Forêt de Chaux tout près

La rue du Val-d’Amour Après

Ce fut la descente au cloaque

Le trou dans lequel vite on claque

Si l’on ne fuit pas ses cloportes

Aujourd’hui bien mieux je me porte

De l’avoir renié mais je pleure

Dole manquée qui du malheur

Nous aurait exemptés Parents

Pour vous venger je prends mon temps

 

Il ne m’est pas prévu de nuire

A qui que ce soit ou détruire

Quoi que ce soit Il est question

De votre mémoire En fonction

Des pouvoirs qui m’échoient et vont

S’accroître au fil du Temps-larron

J’édifierai cette mémoire

Quand les venimeux du terroir

Ne seront plus que cendre et fable

Rendant la vie plus respirable

Ils sont déjà tous pardonnés

Si leur malice est incrustée

Le Temps est Lui bon guérisseur

Qu’il guérisse en notre faveur

 

(Dijon – Mardi 24 Novembre 2015)

Extrait de « L’ERMITE EXTRAVERTI » - Chapitre VIII.

www.nicolas-sylvain.jimdo.com