Je n'ai pas changé !

"Un coin de table" - Henri Fantin-Latour - 1872. Nous reconnaissons Arthur Rimbaud et Paul Verlaine. Crédit : Wikipédia.

LE POĖTE

 

Le Robert de Poche – Paris, 1993 (célèbre et incontournable dictionnaire français) – donne au mot « poète » les définitions suivantes : « I. Créateur en langage (aujourd’hui écrivain) qui fait de la poésie. II. Personne douée de poésie ». Ces deux définitions ne me paraissent pas du tout limpides, elles semblent même embrouillées  comme si – finalement – on ne savait plus exactement ce qu’est la poésie. Alors, bien que raffolant du passage des frontières – en esprit et par la plume – je vais tenter une approche du sens de cette poésie en partant d’où je suis, c’est-à-dire de la France.

 

Une date-phare, une date culte : la Journée de la Poésie du 21 Mars 1982. Jack Lang, ministre de la Culture depuis l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République (1981) lance une Journée nationale de la Poésie – suite à la Journée de la Musique qu’il avait instituée l’année d’avant. Cette initiative de sortir la poésie des greniers ou des rayons empoussiérés des librairies, fut souvent mal interprétée. Au lieu de faire découvrir les poètes existants, l’on pensa qu’il fallait inciter tous les Français à écrire de la poésie… De sorte que l’on vit surgir, lors des séances publiques de dédicace et des expositions diverses découlant de cette Journée Nationale, une pléthore de poètes d’un jour dont, bien évidemment l’on n’a plus le moindre souvenir aujourd’hui… Et le grand public retint de cette manifestation que la poésie, finalement, est  un  art  à la portée  de  tous ! Et c’est maintenant, plus d’un quart de siècle plus tard, que nous ressentons les méfaites de cette estimation erronée, en considérant que les éditeurs sérieux – faute de la demande des lecteurs – se risquent de moins en moins dans la publication de la poésie… Aussi ai-je trouvé une alternative en proposant désormais des publications mêlant la prose et la poésie. Ce présent titre comporte d’ailleurs plus de prose que de poésie. Composons ce livre papier ou cet e-book de genre divers, de textures variées, d’une palette de thème, de quelques illustrations et photographies : et voilà un ouvrage attrayant et convivial qui demeure toutefois didactique. Car la poésie est boudée, et par les lecteurs qui n’en achètent plus, et par les poètes qui refusent d’apprendre à l’écrire…En 2014, éditer un ouvrage uniquement composé de poésies  est une erreur dispendieuse. La seule poésie assurée de s’exprimer est celle qui est mis en musique et chantée par un interprète de talent. Aussi, des maîtres tels que Georges Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré – et d’autres, je ne puis les nommer tous – sont passé à l’immortalité en étant assurés de l’édition sans fin de leurs œuvres. Une mention spéciale au génial chanteur espagnol Paco Ibañez – dont le passage à l’Olympia de Paris en 1973 laissera le souvenir d’un évènement mythique. C’est grâce à lui que j’ai découvert la poésie espagnole d’aujourd’hui et de toujours. C’est grâce à lui que j’ai porté une révérence particulière à la langue espagnole.

Certes, les grands auteurs français de tous les siècles : Villon, Ronsard, Verlaine, Aragon seront toujours édités aussi bien en ouvrages de luxe qu’en livres de poche ; mais relevons bien la popularité supplémentaire – auprès du grand public – que l’art de la vraie chanson peut leur apporter de surcroît.

En 2014, l’authentique auteur irrésistiblement attiré par l’écriture poétique, seule, sans musique, doit prendre en considération les deux règles draconiennes suivantes :

-          apprendre à écrire,

-          écrire pour des lecteurs.

Chaque poète pratiquant la poésie depuis assez longtemps peut donner un avis, personnel, sur ce qu’est pour lui la poésie. L’estimation varie d’ailleurs d’un poète à l’autre. Il n’est pas question pour moi de statuer sur ce qu’est ou sur ce que n’est pas la poésie. Aussi, simplement, vais-je vous faire part, non pas de mes définitions de la poésie, mais de mes estimations. (Je vous promets de ne pas m’étendre sur l’une des propriétés de cette poésie qui, puisqu’elle utilise moins de mots que la prose, est une discipline pour le paresseux intellectuel que je suis…)

La formation de base du poète : commencer par l’écriture de la prose et passer ensuite à celle de la poésie.

La concision : un poème est un bijou, une ciselure, un parfum. Il ne convient pas qu’il tombe dans le verbiage et le bavardage. Et s’il est de quelque longueur il doit passionner le lecteur jusqu’au bout (cf. Aragon).

La musique : en faire par tous les moyens : par la rime,  par la répétition des mots (cf. Charles Péguy), par des inventions personnelles dans le choix et l’agencement des mots. Plus encore, vue la prolifération de l’exécrable poésie charriée quotidiennement à doses massives sur l’internet international – ce qui en fait un genre  mineur, bâtard, inapte à l’édition traditionnelle – convient-il de la mettre en musique et de la chanter soi-même ou de la faire chanter…

Et nous abordons l’étude des étonnantes facultés du poète – né poète.

Le poète a réellement quelque chose à dire. Il possède suffisamment de richesses en lui pour ne pas être contraint de faire appel à l’actualité du moment pour trouver quelque chose à dire ; afin de faire voir qu’il est quelqu’un de bien puisqu’il pense à ce qui se passe dans le monde… Ainsi donc le poète n’est, ni un mouton, ni un hypocrite.

Le poète est toujours d’une grande sensibilité. Sensibilité enfouie ou bien extravertie. On peut alors le comparer à une pellicule photographique qui absorbe les lumières lui parvenant et qu’il va fixer sur le papier par la magie de ses mots à lui – qui ne sont pas les mots de tout le monde.

Le poète est un puits de contradiction. Dans la mesure où il devient réceptacle de ce qui l’entoure, il peut parfois être en conflit – un conflit entre lui qui reçoit des impressions malgré lui, et ces impressions qu’il peut juger négatives ou franchement noires. S’il obtempère à ces pénibles sollicitations du monde, on le dit « poète maudit ». Et s’il se ressaisit, sans doute peut-il être enclin au mensonge : on ne veut pas qu’il décrive le monde tel qu’il est ? Eh bien ! Il va le transcrire tout beau ce monde si laid… Il va donner dans l’eau de rose pour faire plaisir aux sbires d’un certain nouvel ordre mondial qui veut tout normaliser , verbaliser, aseptiser, asexuer, robotiser pour que tout soit plus facile à gérer et à dominer par la future dictature mondialiste. Ainsi le vrai poète n’est pas libre d’écrire ce qu’il veut, il lui faut la qualité suivante :

Le poète est un visionnaire un intuitif pur qui estimera sans faille l’opportunité du moment pour écrire ce qui doit être lu. Ce qui doit être lu, un jour, pas forcément de son vivant, d’ailleurs. Le vrai poète n’est pas calculateur, il transmet ce qu’il croit être utile de transmettre à ses semblables ; sans arrêter un calendrier pour le succès de ses écrits. Ce qui ne vaut rien disparaîtra sans laisser la moindre trace ; ce qui est utile pour ses semblables un jour sera connu par le plus grand nombre.

Le poète est un instinctif.  Il procède de l’esprit de finesse et non de celui de géométrie. Un vrai poète ne raisonne donc jamais.

Le poète est fréquemment malheureux. A moins de vivre très longtemps pour apprendre à se connaitre vraiment ; à moins d’avoir dompté toutes les forces incontrôlables qui conduisent sa plume, il sera souvent un être à deux visages.

Le poète peut avoir la chance de mettre son talent au service d’une grande cause ou bien d’un être hors du commun – cette dernière issue demeurant toutefois rarissime. Les grandes causes ne manquant jamais de par le monde, je retiendrai le cas de l’être d’exception duquel le poète va devenir une sorte de secrétaire. Je vous emmène en Allemagne. Clémens Brentano (1778-1842). Auteur de romans, de nouvelles, de satires, de comédies, de drames et de poésies diverses ; il est réputé pour sa vive imagination et une bizarrerie systématique. Né protestant, il se convertira au catholicisme et passe ses dernières années dans une abbaye de Münster. Ses écrits sont empreints d’un certain mysticisme. Mais ce qui devait rester de lui – et lui assurer une postérité voulue par l’Autre Dimension – est son travail de « secrétaire » qu’il fit au chevet de la grande mystique Anne-Catherine Emmerich (1774-1824). Elle l’appelait souvent « pèlerin ». Les pages écrites au service de cette âme d’exception firent sa réputation définitive.

Le poète peut devenir lui-même un être d’exception et voir ses poèmes mis en musique et chantés – ou réédités sans discontinuité – longtemps après sa disparition de notre plan terrestre. Citons Jean de la Croix (Juan Yépes) saint et mystique espagnol (1541-1591). Sa poésie composée en langue castillane, dans les formes du temps, est faite de 999 vers. Des poésies de sainte Thérèse de Lisieux (Thérèse Martin) carmélite française (1873-1897) une bonne douzaine de CDs a été enregistrée. Bientôt, peut-être même très bientôt – une première tentative de datation, fantaisiste, avait même été programmée pour le 21 décembre 2012 – une vague de tribulations sans préavis et sans précédent ravagera le monde en détruisant tout le patrimoine  culturel de l’humanité. Les poètes d’alors chanteront les mots pour la survie des âmes de leurs semblables ; s’en sera fini des artistes mercenaires et astucieux créant ce que le monde a envie d’entendre ; s’en sera fini de composer servilement pour le poétiquement correct qui rapportait palmes académiques ou fauteuil d’Académie, Grand Prix national de la chanson, Légion d’honneur et postérité dans les manuels scolaires…Les cendres des statues et des tombeaux des gloires factices – et combien éphémères – disparaîtront même sous les tempêtes apocalyptiques…

Chère lectrice, ou cher lecteur : après ces quelques réflexions, quels vœux puis-je vous adresser – pour le cas où vous écrivez de la poésie ou que vous désirez en écrire ? Je vous exhorterai en première instance à ne pas écrire que de la poésie…Je vous souhaite, globalement, d’être sensible, de ne pas être un puits de contradictions, d’être visionnaire, d’être intuitif, d’éviter de vous rendre malheureux, d’avoir réellement quelque chose d’utile à dire à vos semblables, de fuir la vanité des prix et des médailles en chocolat, de pouvoir mettre votre talent au service d’une grande cause ou d’un être d’exception, d’être utiles à vos semblables lorsque tout semblera perdu et, bien évidemment, de devenir vous-même un être d’exception – pour le cas où cela ne serait déjà fait !

C’est la grâce que je vous souhaite !

"Paris, les Bouquinistes" - Louis Fahaut. Crédit : www.canalblog.com

LE TROTTOIR

 

Qu’ils essayent de vendre leurs toiles, leurs croûtes, leurs cassettes audio, les bijoux qu’ils ont fabriqués, voire même leur bouquin ou la dernière chanson qu’ils ont écrits ; que j’ai de l’estime, de l’admiration, de l’affection pour tous ces vrais artistes qui débutent à l’Ecole de la Rue ! A l’Ecole du Trottoir. Le plus souvent dans les grandes villes -  et surtout dans les grandes villes. Ils sont le fort antidote au triste rideau déprimant que tressent les morts-vivants dans l’ouate surchauffée des bureaux. Le bec limé, sans ailes. Je songe à ces vers de Jean Richepin, extrait des « Oiseaux de Passage » :

Pour chérir cette femme et nourrir cette mère

Ils auraient pu finir volaille comme vous ;

Mais ils sont avant tout des fils de la chimère,

Des assoiffés d’azur, des poètes, des fous…

Tous ces artistes, ces vrais artistes, qui ont la chance de croire en la beauté, en l’art, en la création et…en eux-mêmes. Quel bel acte que d’avoir foi en soi ! Quelle lucidité que de bouder la pâtée servie et garantie aux besogneux dont l’idéal se résume par ces mots pâles : travail-retraite ; famille-caveau d’famille… Ah ! Le beau programme de basse-cour pour lequel tous les matins l’on se lève au chant du coq ! Que de morts vécues durant la vie ! Mais fallait-il donc naître pour en fait n’être que des vivants par ouï-dire ? Un tel vient de mourir, il nous disait toujours : « Ah ! vivement la retraite que je puisse enfin vivre… » Puis il est mort à peu près deux mois devant cette retraite pour laquelle il a gâché sa vie. Alors ainsi faudrait-il vivre une première vie de soumission – une vie programmée par les autres, un semblant de vie, un ersatz de vie – avec l’espoir de vivre sa vie, un jour en fin de vie ?

Avec le trottoir des artistes, le cimetière est une source intarissable portant à la philosophie. Tiens, en sortant du cimetière je me suis dit qu’enfin il faudrait ne pas attendre pour faire ceci, pour écrire cela ! Tiens, il me souvient de cette rencontre faite à Paris, en avril 1995, passant sur le quai de Bercy, j’ai vu et entendu la musique d’un violon. Etait-ce du Bach, du Vivaldi ? Cela l’était ma foi un peu tout à la fois. Et quand enfin j’ai vu la fille qui jouait de l’archet, Dieu mais j’ai cru être passé de l’autre côté du miroir, au paradis des filles à damner tous les saints Antoine… Elle était blonde avec un ruissellement de cheveux ondoyants, elle était douce avec  des traits pour un portrait d’un peintre de génie, ses yeux d’un bleu devaient scintiller mais je n’ai pas eu le temps suffisant pour m’en assurer ; car mes yeux, mes yeux baladeurs à moi, avaient plongé juste au-dessus de ses seins aguichant le corsage.

Au milieu d’un cimetière je me suis cogné à la Mort qui m’a rejeté dans la rue en me criant que je m’en aille, enfin, vivre ailleurs : qu’elle n’est pas finalement trop pressée pour venir me faucher et que j’en profite donc pour être plus utile à tous mes frères vivants qui, eux, ne perdent pas leur vie au milieu des cimetières, et qui vivent en pensant à la vie farouchement  et jusqu’à ce que mort s’ensuive.

-Allez  oust ! Va voir sur le trottoir d’en face, face à la Vie et pile ou face mais jette enfin ta pièce : face, ce sera la vie d’ici ; pile, ce sera la vie d’en face ! Va donc jouer des mots, tu es parfois si astucieux et sans le moindre mal tu joues des mots comme on joue du saxo. Et n’oublie pas que des jeunes filles, de belles jeunes filles, et même de très belles jeunes filles t’écrivent parfois une telle sorte d’aveu : ‘…déjà je vous estimais tant, avant d’apprendre que vous écriviez !’  Elles t’avouent cela pour qu’enfin tu écrives tous les mots qui les feront vraiment vivre la félicité de leur vie  présente. Elles attendent aussi la tendresse et la caresse de tes mots. Ecris donc plus souvent pour tes étudiantes, tes belles étudiantes et même tes très belles étudiantes ! »

Qu’ils essayent de vendre leurs toiles, leurs croûtes, leurs cassettes audio, les bijoux qu’ils ont fabriqués, voire même leur bouquin ou la dernière chanson qu’ils ont écrits ; que j’ai de l’estime, de l’admiration, de l’affection pour tous ces vrais artistes qui débutent à l’Ecole de la Rue ! A l’Ecole du Trottoir. Le plus souvent dans les grandes villes -  et surtout dans les grandes villes. Ils sont le fort antidote au triste rideau déprimant que tressent les morts-vivants dans l’ouate surchauffée des bureaux. Le bec limé, sans ailes.

Dijon, 21 Janvier 2008.

"Le Départ du Berger" - Joos de Momder, peintre flamand (1630) Crédit : www.craym.eu

 

 

NON, JE N’AI PAS CHANGĖ…

 

Le plaisir littéraire le plus gourmand pour moi est de tresser des publications en mêlant inédits et pages composées voici dix, vingt ou trente ans. Je constate en premier lieu qu’il existe toujours la même unité dans la qualité de l’écriture – citation extraite des critiques reçues. Secondement, je me retrouve toujours d’accord avec les idées avancées, avec d’autant plus de satisfaction qu’elles se sont avérées au fur et à mesure de l’avancée sur ma ligne du Temps. Par ailleurs, des pages écrites en 1977 sont toujours publiables à l’heure où je passe à l’édition numérique. Je me retrouve indémodable ! Quant à ma façon de concevoir l’écriture littéraire : non, je n’ai pas changé !

Pour ce qui est des activités professionnelles, je garde toujours un œil baladeur sur les opportunités qui peuvent  se  présenter. Tout en riant fort aux souvenirs des critiques des morts-vivants durant les années 70, scandalisés par qui changeait fréquemment d’emploi – qui, donc, était déclaré « instable » par le voisinage. Trente années plus loin, ces mêmes zombis coulés en série se retrouvent ballotés par la crise de l’emploi et condamnés au nomadisme professionnel… Et moi, j’alignais tout récemment douze années de présence dans la même occupation salariale, jusqu’à ma décision de m’en aller voir ailleurs afin de préparer  sous cape la prochaine étape ; alors que bien des conscrits ont déjà reçu plusieurs fois l’échelle sociale sur le dos. Je scandalise toujours les moutons : non, je n’ai pas changé !

Quant à ceux qui se sont mariés parce qu’ils étaient en âge de l’être… Quelle hécatombe : des divorces, des remariages, de nouveaux divorces, des « familles recomposées », des patrimoines écartelés, des enfants malheureux ! Et moi je vais assurant que je ne me marierai que sur le tard ; que l’homme ne connait pas la ménopause  et – circonstance aggravante – je tresse des pages tendres et roses pour des muses toutes plus jolies les unes que les autres et comptant jusqu’à près de quarante années de moins que moi ! Mon cœur est toujours neuf : non, je n’ai pas changé !

Pour la musique, là encore j’y reviendrai, je la reprendrai  par  là  où  elle  m’a  prématurément  quitté lorsque j’avais quinze ans : à la composition. Mais je ne me compromettrai  plus entre les tuyaux crochus des grandes orgues des églises. Je ne m’engagerai de nouveau dans ces lieux ambigus que lorsque  je rencontrerai une organiste jeune, pour me faire oublier tous les dégoûtants rats visqueux atteints de la maladie de la pédale qui ont gangréné ma jeunesse musicale. Au feu de l’enfer toutes ces orgues de Sodome et Gomorrhe ! Je prône l’orgue numérique, cet orgue propre, cet orgue de la liberté, cet orgue démocratique que l’on peut inviter dans son salon, au loin de toutes les prostitutions ecclésiales et autres cochonneries d’une certaine gente masculine organiste orgasmatique ! Dies irae pour les rats d’égout d’églises ! Dies irae pour ma jeunesse musicale salie, pourrie par ces vieux tritureurs du larigot ! Mais pour la musique dédiée au roi de instruments par un Jean-Sébastien Bach ou par un François Couperin : non, je n’ai pas changé !

Pour mes forêts, mes chères forêts qui m’inspirèrent mon premier pseudonyme « Nicolas Sylvain » ; je les retrouverai. J’irai, crayon et carnet à la main, les chanter sur leur terrain. Je m’y enfoncerai pour y passer quelques nuits d’ermite-prieur. Le Créateur, Dieu – ou quel que nom que nous puissions Lui donner – se rencontre le mieux au cœur de Sa création la plus silencieuse et la plus retirée. Là où l’on ne le prie vraiment qu’en respirant simplement. J’irai là où je puis m’arrêter le long du temps, sans plus me soucier des heures ; dans la neige et sous la lune – comme l’année de mes dix-sept ans – sur les traces des grands gibiers de l’hiver ; sous le ballet strident et vespéral des moustiques du mois d’Août ; entre les champignons jaunes à demi-dissimulés sous le brun craquelé des feuille de l’automne ; le long des coursières infranchissables qui semblent couver une eau noircie par quelque sorcière immortelle ; au milieu des ronces lascives et rapaces des mûriers tachant les doigts gourmands d’une encre violette et sucrée ; sous les hautes futaies – colonnes de cathédrale vertes et grises entrelacées des rayons d’or blanc du soleil ; sous les branchages émeraude et serrés des grands épicéas et des sapins de Vancouver ; au bord de cet étang de la lisière, avec ses cris inconnus de canards venus de nulle part  et  nageant  sans un bruit,  sans  un  mouvement sur une eau ésotérique dans le gris mat d’un dimanche après-midi pré-hivernal ; dans le brouillard forestier de velours mouillé des six heures du matin d’octobre avant le ronronnement rauque des tronçonneuses ; dans le vert acidulé de ce chemin pierreux de Mai, à direction d’un après-midi pour la quête incertaine des éphémères fraises des bois, ou du timide brin de muguet apeuré là où l’on ne le cherchait pas. Pour ces trésors d’émotions hiératiques sous les forêts d’un Créateur non diabolisé par les armures dogmatiques et théologiques des clercs mercenaires : non, je n’ai pas changé !

Pour la préférence de la prière solitaire aux prestations des liturgies vaticandeuses dépravées pourvoyeuses de sacrements invalides ; pour la découverte de la réelle valeur de la Messe en latin révélée par les frères francs-maçons des Hauts Grades ; pour la défense de la langue française malgré les sabordages d’une éducation nationale décadente ; pour le mépris absolu de toutes les étiquettes et la recherche de l’authenticité dans tous les domaines de la vie ; pour le rejet d’une société de consommation harassant les gogos de besoins inutiles ; pour la lutte sournoise, machiavélique et omniprésente des chacals qui tentent par tous les moyens de voler leurs prochains ; pour le choix des livres fortifiant l’âme, et le dégoût des bouquins facile et sirupeux des plumitifs régionalo-facho- médaillés : non, je n’ai pas changé !

Et pour l’amour de la vie qui m’a été donnée pour le meilleur et pour le risque, malgré les menaces criminelles qui ont souventes fois tenté de la rompre ; pour le triomphe des deux valeurs affichées de cette vie – la communication et l’authenticité : non, je n’ai pas changé. Merci, Grand Architecte de l’Univers – merci, mon Dieu – de m’avoir créé dans Votre monde qui est si beau !

Dijon, Mardi 26 Mars 2009

 

Pages extraites de «Fleur, en joue ! »- Je Publie- Juin 2009.

Bibliographie générale : www.nicolas-sylvain.jimdo.com

Pièces détachées : www.albert-marie.be