Fantaise sur les fins dernières.

"C'en sera fait de vous bien vite ici-bas : voyez dans quel état vous êtes !" (Thomas de Kempen, "L'Imitation de Jésus-Christ", livre I, chapitre XXIII)

CHANSON DE LA RUE DES NOUVELLES

 

Hi !* Yvon

Vivons donc

Vivons long et tout en rond :

 

Chrysanthèmes,

Cynorhodons cinéraires.

 

La vie va

On est là

Qui nous gaussons du trépas :

 

Chrysanthèmes,

Cynorhodons cinéraires.

 

L’EMI **

Nous fournit

Des raisons d’être enhardis :

 

Chrysanthèmes,

Cynorhodons cinéraires.

 

Car la Mort

Les remords

Ne font plus perdre le Nord :

 

Chrysanthèmes,

Cynorhodons cinéraires.

 

Mais l’impie

Les Gentils

N’iront pas au Paradis :

 

Chrysanthèmes,

Cynorhodons cinéraires.

 

Prions donc

Compagnons

Pour qu’ils aient la contrition :

 

Chrysanthèmes,

Cynorhodons cinéraires.

 

Sur la Terre

Vifs et fiers

Nous restons pour notre Père :

 

Chrysanthèmes,

Cynorhodons cinéraires.

 

Vrais Prieurs

A toute heure

En nous Dieu fait sa demeure :

 

Chrysanthèmes,

Cynorhodons cinéraires.

 

Sans l’Eglise

Qui s’enlise

Apostate en creux de crise :

 

Chrysanthèmes,

Cynorhodons cinéraires.

 

Pè-le-rins

Jurassiens

Nous prions de près de loin :

 

Chrysanthèmes,

Cynorhodons cinéraires.

 

Priez donc

Pour les âmes

Eteintes, égarées, sans flamme !

 

Chrysanthèmes,

Cynorhodons cinéraires.

Dole, Rue des Nouvelles, M° 3/11/2014.

*hi ! abrégé de Hello ! : salut !

**Expérience de Mort Imminente.

*

2 NOVEMBRE

 

 

J’ai rencontré « Légion d’Honneur »

              glauque et tassé entre les tombes.

Il avait sorti sa rosette

Et la rosée laquait les roses

              artificielles et décaties des sépulture.

Il soupirait : « Marcelle aimée,

Bientôt je vais te retrouver.

En attendant je pontifie

-la rosette ainsi plantée haut-

Mais la queue basse ».

*

      …DEBITOR MEUS *

 

I –

« Ce Nicolas Sylvain,

Il faut le démollir ! »

Pour vous, malveillant vain ;

C’est le temps de gésir.

II –

Edité je vous ai.

Jamais je ne vous hais.

Ame et cœur hauts je vais

Reconnu désormais.

 

*Latin : mon débiteur (celui qui m’a offensé) Cf. la Pater noster

 

*

LA FIN DES AMPOULÉS

 

On les a médaillés,

Ils sont gorets primés.

Mais tantôt la Camarde

-Sanguinaire et blafarde-

Su-ce-ra dans leur bide

Leur vanité livide.

*

DERNIÈRES VOLONTÉS

 

Dédé, et depuis des années,

Avait prié et supplié

       pour calancher en Février.

-pas n’importe quel jour

       mais le 31 Février-

Or il finit par décéder

       un autre jour.

Dès qu’il fut par la Mort niqué

On l’entuba dans la chronique nécrologique,

On l’encaissa entre six planches,

On rameuta les anciens cons

-anciens battus-

Et tous triquèrent de la médaille

       après l’avoir bien astiquée.

Radio-Colza, La Bouse-en-Verve

-et l’Echo des Navets-

Postillonèrent du bec ou de la plume.

Ah çà ! L’on vit qu’il ne fut pas

       pané du panégyrique.

Ses obsèques furent grillés sans présence de mézigue ;

A la barbe des élus

Je boudai ce barbecu.

 

*

RELÈVE DES STARS DU CRU

 

Quand Dédé,Jacky, Jack ou Pierre

Seront portés raidis en terre,

Il faudra forger – c’est le hic –

D’autres glands locaux médiatiques.

*

 

CIMETIĖRE BUISSONNIER

 

Oh ! Fus-je un collaborateur de la Camarde ?

Oui !

Comme enfant de chœur.

Et comme organiste.

Et comme sacristain.

Du « Dies iræ » au « Sur le seuil de sa Maison » ;

J’en entendis de vert de gris

       et d’apostat vaticandeux !

Mais,

Tant qu’on a la santé

       de l’âme et du corps,

On peut survivre au catafalque

       du contre-sens des Evangiles.

Et c’est pourquoi depuis lors

        j’ai laissé les morts

Enterrer leurs morts.

 

*

 

L'ENCLOS DES CORPS MORTS

 

« Champ de la paix »

       ou « Grand jardin des pierres »

-selon les mots de Barbara-

Pour moi : « le Champ du grand repos et du dernier silence » ;

Tel est le ci-me-tère ou l’enclos des corps morts

-demeure d’ailleurs égalemnt périssable-

Mais l’âme honnit ces lieux définis du fini.

L’âme est lame qui ne connaît les larmes ;

Fusant illico du corps lorsque la mort a pris la vie ;

Preste, l’âme a jailli au tribunal du juste Juge,

N’ayant plus jamais rien à voir

       avec le grand Jardin des pierres,

Où le dernier silence a  dissout les corps morts.

Crédit phot : Wikipédia.

NI FLEURS, NI COURONNES !

 

Les êtres les plus près de Dieu

Indubitablement sont ceux

Desquels sur terre il ne demeure

Quasiment rien, sinon que cendres.

Il faut que de l’humain tout meurt,

Ensuite à Dieu l’on peut prétendre.

 

 

 

*

 

LA COMPLAINTE DU RĖGIONALISTE

 

 

« Paris sera brûlé

-Par Dieu c’est décidé-

Et point ne finirai

Après Dies irae

Au pan-pan-pan

Au Panthéon ! »

 

Ainsi gémissait le

Graphomane âgé que

Les tombereaux de prose

Rendaient rogue et morose.

 

Ah ! Mais finir ici,

Suri, rance et rassis,

Au ci-me-tière hanté

Par tous les illettrés ;

 

Lors point ne finirai,

Après Dies irae

Au pan-pan-pan

Au Panthéon ! »

 

J’oeuvrai tant pour le cru,

-De moi n’ont pas voulu

Les contrées étrangères-

Je binai dans l’ornière

 

Des romans populaires.

Tout de go j’eus bel air

Avec mon régulier

Lectorat de palier ;

 

Je fus Monsieur Loyal

Dans le canard local

Pondant des sucreries

Pour  zozos et zombis ;

 

Je régnai pontifiant

Dans les rangs des manants

Et fut coq adulé

Au trou de la contrée.

 

Mais, sans parler d’orgueil,

Songez que ça fait deuil

De  ne gésir en rond

Au sacré Panthéon !

 

« Paris sera brûlé,

-Par Dieu c’est décidé-

Et point ne finirai

Après Dies irae

Au pan-pan-pan

Au Panthéon

 

 

Frère Sylvain, diacre gallican. Crédit photo : Thérèse Mercier, 15/11/2018.

AD  VITAM  ǼTERNAM !

 

Songer à l’Autre Dimension

Est philosophie pragmatique,

En vue de vivre sans lésions

Une existence ourdie, christique.

 

 www.nicolas-sylvain.jimdo.com

Vitrail de l'église de Champdivers (Jura).

MOTS CITÉS SANS REGRETS ETERNELS.

 

Mes mots dont les pas sonnent, résonnent et raisonnent au ventre de la ville aux murs épais et plus vivants que bien des habitants, et que je suis et note car ils ont l’insistance des brisées intuitives. Dans la ville moyenne et de province, avec ces maires aimés, ces maires amères et quelquefois intérimaires. Mes mots n’ont cure des urnes en berne aux vents changeants du politiquement dérisoire. Mes mots se glissent, initiés et conjurés, entre les plans glissants de la rigole publique si provisoire malgré tous ses pavés damant la pérennité présupposée de tout ce qui, fait pour durer, s’érode imperceptiblement jusqu’à trouer les destinées. Destinées guettées par la Camarde avec ses grands ciseaux pour agrandir les trous de vie autour des perfusions. Tiens : qui va mourir ce jour à l’hôpital et puis gésir au fond d’une concession n’existant plus, désormais, à perpétuité ? Mes mots- dont les pas sonnent comme près de botter le train aux bipèdes de la pensée unique inique – se sont payés du bon vent avec toute une requête visant mes funérailles, inexorables mais non précisées dans le temps comme le sont les prophéties. La Mort, aussi, aguicha mes mots vers un désir de concession locale dans la ville ou mes mots martèlent des pas lucides au gris des gens acides. Mes mots alors, font une absoute autour de la cité toujours en vie lorsqu’il s’agit de les piquer, de les galvaniser pour des bordées lettrées peu périssables. Je fais mon beurre dans les fadeurs et les rancœurs de ce qui est caché derrière les murs épais bien plus vivants que bien des habitants. Et je m’en vais à la pensée,  dressée et revitalisante, de mon contrat Obsèques-Sérénité souscrit dedans la ville ailleurs qui ne sera détruite. Mes mots dont les pas sonnent, résonnent et raisonnent jusqu’au jardin des pierres et du dernier silence, lorsqu’ j’y vais prier pour ceux qui, celles qui… à qui j’ai pardonné.