LA NUIT DES LIVRES

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LA NUIT DES LIVRES

 

Pour « la Nuit de la Lecture » j’ai  choisi la Bibliothèque Etude et Patrimoine, au 5 de la rue de l’Ecole-de-Droit à Dijon. Sylvain nocturne en la forêt des livres, ivre de mots j’en trace en numérique. J’écoute en catimini et j’observe au bas de la vaste lumière tamisée d’une haute lampe veillant au chevet du Temps. Du Temps pour moi sans frontière puisque mes pensées hantent certains lointains. Des visages m’apparaissent ainsi en mémoire de chair – visages de fort belles étrangères pour lesquelles j’écrivis, ou bien pour qui je m’en vais écrire, en cet An nouveau 2018. Toujours des mots qui ne sont pas à courtes lignes et – bonsoir mon cher Maître – qui me rappellent ces mots de Courteline :

Les mots me font l’effet d’un pensionnat de petits garçons que la phrase mène en promenade. Il y en a des bruns, il y en a des blonds, comme il y a des brunes et des blondes dans les « Cloches de Corneville », et je les regarde défiler, songeant : « En voilà un qui est gentil ; il a l’air malin comme un singe » ; ou « Ce que celui-là est vilain ! Est-il assez laid, ce gaillard-là !... » C’est que les mots ont une vie à eux, une petite vie qui leur est propre, qu’ils ont puisée, où ? On ne sait pas !... Dans les lointains des balbutiements et des siècles ! Je sais, et vous aussi, une vieille chanson d’où sont absents le sujet, le complément et le  verbe, et qui n’en est pas moins charmante, pleine d’évocation et de rêve :

« Orléans, Beaugency,

Notre-Dame de Cléry,

Vendôme. »

Ici, les mots parlent, sont poètes. Mettez-en d’autres à la place et cela ne veut plus rien dire. (Georges Courteline – « Ma Philosophie » - L’Herne – 2016 – 144 pages – 7,50€)

Quatre siècles avant Courteline, Maître Alcofribas Nasier – alias François Rabelais – nous visualise des mots :

« Lors nous jecta sus le tillac plenes mains de parolles gelées, sembloient dragée perlée de diverses couleurs. Nous y veismes des motz de gueule, des motz de sinople, des motz de azur, des motz de sable, des motz d’orez. Les quelz estre quelque peu eschauffez entre nos mains fondoient, comme neiges, et les oyons realement. » (Le Quart Livre – Ch. LVI).

Et, plus de six siècles après François Rabelais, le long du Temps au long duquel je passe à pas lettrés, je sens des mots d’or pur, des mots plus durs, des mots divers que je commets et des mots dont je me repais ; mes  mots hébergeant sur CD avant de se poser sur le papier. La Nuit des Livres est la rencontre avec les grands dortoirs, où ne dorment, que d’un œil, tous ces millions d’ouvrages à travers la France et prêts à nous faire tous les clins d’yeux.

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GRANDEUR, NOBLESSE ET LONGÉVITÉ DU LIVRE

 

pour Adèle Collin

De quoi sont faites les pages d’un livre ? De l’arbre. De l’arbre qui sera souvent à l’honneur dans mes écrits. Le papier provient toujours du bois de l’arbre – cela peut sonner comme un  pléonasme mais c’est toujours une évidence : le papier n’est pas une plaisanterie puisqu’il a fallu un certain nombre d’années à l’arbre pour, indirectement, le produire. Et de cela, les vrais humains cultivés, lettrés, respectueux du livre en ont toujours conscience. Ecrire sur du papier est une responsabilité, une mission, une vocation, presque un acte hiératique ; puisque la nature a pris le temps de le fabriquer. Alors va-t-on le gaspiller, le polluer, le déshonorer en y accolant des vers approximatifs et des proses véreuses ? Je pense que le livre est une matière vivante. Tout homme à qui prend un jour le désir d’écrire devrait choisir un arbre qui l’attire, s’y adosser et méditer. Ah ! Je veux écrire ?  Mais en suis-je digne ? Ne vais-je pas gaspiller ce papier-fruit et l’une des raisons d’être de l’arbre ? Beauté du livre. Ah ! Noblesse et grandeur du livre.

Longévité du livre. Que l’on songe au soin jaloux avec lequel tous les conservateurs de toutes les bibliothèques de France - et d’ailleurs – vont travailler à le défendre et à le préserver ! Durant toute son existence, le livre va muter. Au sortir de l’imprimerie telle ou telle odeur le marquera : odeur de toutes les couleurs, alcalines ou bien acides. Odeurs parfois suggestives voire même enivrantes. Et puis, après un temps, après longtemps, il peut attraper une odeur de moisi, d’humidité s’il a croupi dans la malle d’un grenier. Ou bien il peut être rehaussé d’une odeur d’encens, une odeur sucrée – s’il a coulé de longs jours entre les rayons d’une bibliothèque de connaisseur aisé. Et puis un jour, c’est ce qu’il convient de lui souhaiter, il peut se requinquer d’odeurs de colle forte, de cuir capiteux s’il sort de l’atelier de restauration d’un relieur d’art. Et là, c’est entre les rayons cirés, peut-être classés historiques, qu’il poursuivra sa très longue mission d’instrument noble de la connaissance et de la véritable communication.

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ENFANTS : LISEZ ! LISEZ !

 

                                                                à Zouzou Ramdan

Un écrivain français

-grand écrivain français : Victor Hugo-

         disait :

« Je suis une pierre de la route

          où marche l’Humanité ».

 

Enfants lisez, lisez

Et puis un jour vous écrirez

Et deviendrez

-si vous croyez en vous, et puis en vos semblables-

Pierre de la route pour faire marcher

         l’Humanité !

 

Un autre écrivain, belge

-le plus grand romancier  des temps modernes ,

Georges Simenon –

         disait :

« Comprendre et ne pas juger ! »

 

Enfants lisez, lisez

Et puis un jour vous écrirez

Et deviendrez

-si vous croyez en vous, et puis en vos semblables-

Compréhensifs et non censeurs,

Afin de soutenir et d’embellir  l’Humanité !

 

Le 16 Avril est fête

         du Livre et de la Lecture,

En Algérie ce Pays engagé

          pour l’avancée du Monde Nouveau.

 

Enfants lisez, lisez

Et puis un jour vous écrirez

Et deviendrez

-si vous croyez en vous, et comme en vos semblables-

Personnages à étudier,

         à lire et à relire ;

Pour découvrir l’humanité !

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LE NOM D’UNE ÉGÉRIE

 

                                                                                  A Fabienne Landois.

 

Ton immortalité ?

C’est ton nom dans un livre,

Et des pages pour toi seule ;

Des balades, des sonnets, des quatrains

                et des vers libérés ;

Plus vivants que les fleurs

                sous le vent des tombeaux,

Plus francs qu’une inscription

                gravée sur la pierre

                qui verdit sous la pluie,

                érodée par les ans,

Malgré les concessions

                à perpétuité.

Le nom d’une égérie

                demeure et ne meure.

Il n’existera jamais vraiment de cimetière

                pour les égéries.

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CES LIVRES QUI NOUS LIVRENT…

 

 

Trois livres et les intégrales  de deux  auteurs féconds entretiendront  durant toute ma vie ma passion de lecteur.

J’avais dix-sept ans lorsque je fus envoûté – le mot n’est pas surfait – par la vision du film « Les Hauts de Hurlevent » Les Hauts de Hurlevent est une série française en six épisodes de 26 minutes, en noir et blanc, créée et réalisée par Jean-Paul Carrère d'après le roman éponyme d'Emily Brontë, et diffusée entre 1964 et 1968 sur la première chaîne de l'ORTF. Avec, dans les principaux rôles : Claude Titre, Geneviève Casile, Denise Gence, Olivier Hussenot, Patrick Dewaert. A mon sens, la version la plus représentative et qui colle le plus au roman, tant par les prises de vues, les décors extérieurs, la fidélité au texte, le choix judicieux des acteurs et la longueur du film. Toutes les autres versions que j’ai visionnées m’ont paru un résumé de ce chef d’œuvre d’Emily Brontë. Un film où soufflent le vent et l’amour-passion, avec rage et constance – et ce jusqu’au-delà de la tombe. « Envoûtement», écris-je car j’achetai immédiatement le livre, dans la collection du Livre de Poche, et j’aimais, le dimanche matin où je faisais l’église-buissonnière, m’échapper en forêt les jours de grand vent.  L’actuelle édition que je possède date de 2012, au Livre de Poche portant le n° 105 – la date de dépôt légal de la première édition remontant à 1955. J’ai lu plusieurs fois ce livre et je le relirai.

A la même époque –toujours au Livre de Poche- « Jean-Christophe » de Romain Rolland. L’histoire d’un musicien-compositeur allemand qui, après une enfance orageuse et pauvre,  se  verra en butte à l’incompréhension de son époque. Ma vocation avortée de musicien –ce, de par l’hostilité de mon entourage –me vit collé, pathétiquement, à ce chef d’œuvre. La version en ma possession provient des éditions Albin Michel, 2007, fort volume 14,5 x 22 de 1490 pages. J’ai lu plusieurs fois ce livre et je le relirai.

Faisons un tout petit bond dans le temps. Automne 1970, 53ème Compagnie Médicale Divisionnaire du 83ème Régiment de Soutien stationné à Fribourg-en-Brisgau (Force Française en Allemagne). Je découvre dans la minuscule bibliothèque du dernier étage,  un petit roman sur papier jauni, écorné, à la couverture un peu pantelante. Un Zola, dont j’ignorais l’existence : « Le Rêve »… Le livre que personne n’attendait d’Emile Zola. Un livre dépaysant totalement ses lecteurs. Un livre que, sciemment, il écrivit pour se départir de l’étiquette d’écrivain social que l’on commençait à lui coller. Ce « Rêve » fut ovationné et reconnu pour un chef d’œuvre. Je le vis comme un vitrail, une ciselure reliant Ciel et Terre, mais avec des personnages humains dont l’âme épanouie ne diabolise pas les exigences du corps. J’ai lu plusieurs fois ce livre et je le relirai.

Petite marche arrière de cinq ans depuis mes trois années dans le Service de Santé des Armées : Eté 1968 : l’année de la Révolution (Mai 68). C’est couché dans le foin fleurant bon les sèves de la nature aguichante que je m’étourdis de récits diaboliques et fréquemment sensuels : Claude Seignolle, dans ses propres écrits (car il fut un compilateur de Contes et Nouvelles des régions de France). Aujourd’hui, c’est aux éditions Phébus : «Les Malédictions » (Tome 1),  « Les Malédictions » (Tome 2)  « La Nuit des Halles » et « La Malvenue »  que je dois la version dernière. J’ai lu plusieurs fois ces livres et je les relirai.

Dijon : 1999 – 2011. « Dijon-Porte du Monde » me conduisit aussi à l’intégrale de Georges Simenon, 27 volumes : « Tout Simenon », chez Omnibus. Là, c’est l’océan de pages. Par exemple, le 27ème volume, paru en 2013, pèse ostensiblement ses 1610 pages…Alors je vous citerai mon roman-fétiche mis à part de cette somme : « Une Vie comme neuve », au tome 5, pages 436 à 539. C’est un « roman bleu ». J’ai lu plusieurs fois « Tout Simenon » et je le relirai.

Voici, lectrice, lecteur ; cette page numérique révélant la synthèse des couleurs et des horizons des livres que je vous confesse ! Il vous est loisible de me définir un peu. Mais, sous la voûte étoilée de cette Bibliothèque Municipale « Etude et Patrimoine » de Dijon, je me sens un miniaturiste, un lapidaire travaillant sur la poésie et la courte prose par goût musical, mais aussi par la faute d’une paresse intellectuelle qui me restera principal défaut, à vie et sans intention de guérison. Nonobstant, le présent témoignage espère vous inciter à découvrir –ou à relire – les livres qui vous livrent.

 

Textes et photographies : Nicolas SYLVAIN

(pseudonyme depuis 1977 d’Albert-Marie Guye)

(Vendredi 19 Janvier 2018 – Dijon)

www.nicolas-sylvain.jimdo.com