MATER CASTISSIMA

Mater Castissima "Ora pro nobis" - 1853 - "Champvaux", lieudit de la commune de Barretaine (Jura). Cliché : 1997.

MATER CASTISSIMA

(Mère très chasste)

Spiritualité-Contemplation.

156 pages dont 40 de photographies.

 

Numérisation, avec augmentation, du livre paru au 2ème trimestre 2005 – Dépôt légal : 05 05 593 – ISBN 2-9516161-0-4. Imprimé par les Presses numériques de DICOLORGROUPE à Ahuy (21 – France) – Mise en ligne : 8 Juin 2020.

 

Quelques messages reçus : 

 

« Vous avez tenu parole et, comme promis, vous nous promenez dans vos souvenirs de lointaine et prochaine piété mariale. J’avais été sensible à ce que vous annonciez : dosage de poèmes, de prières, de textes variés et de photographies. Vous semblez vous plaire à la saison de la terre qui prépare dans sa chaleur secrète ses futures germinations. Je vois là une belle affirmation de la volonté de votre espérance. Car il y a aussi de l’hiver en vos prières et en vos poèmes et aussi, beaucoup dans les clichés ».

Dominique Bertrand.

 Sources chrétiennes – Lyon.

 

« J’ai voulu ‘m’arrêter’ pour lire, méditer, contempler vos magnifiques photographies et revenir    sur    les    pas  de notre enfance où les promenades    nous    découvraient    ces    lieux  splendides par leur simplicité que vous décrivez si bien ».

Claude Bosc

Bibliothécaire diocésain – Lons-le-Saunier (Jura)

 

« J’ai beaucoup apprécié toute la poésie qui court en chaque page et ces admirables images où vous avez su faire ressortir la beauté et fixer le regard sur la contemplation. J’aime que vous mettiez en relief tout ce que nous apporte la dévotion mariale. Nombreux sont les fidèles conscients de ce qu’ils ont reçu d’Elle : éducation et formation de la conscience. »

Père Jean Peduzzi

Maison du Clergé, Dijon (Côte d’Or).

 

« Thank you very much for « Mater castissima » and congratulations. Personal witness is the first and foremost form of the theology. Best and blessings.”

Rev. Father Johann G.ROTEN, SM

Director The Marian Library International

Dayton ‘USA)

Lisible sous Word 2007 sur :

www.nicolas-sylvain.jimdo.com

Mater castissima - Cliché : 1996
AVE MARIA

 

L’ORAISON

Modalités, motivations, finalité.

 

CONVENANCES ET BONNES MANIÈRES.

 

Examinons déjà l’aspect littéral de ce mot : « oraison ». Du latin « oratio », et surtout du verbe « orare » signifiant, tantôt « parler », tantôt « prier ». Il faut relever qu’il existe des prières parlées – elles sont nombreuses et de plusieurs formes – mais l’orientation de la présente étude est de s’approcher de la prière silencieuse et la plus secrète, la plus sincère et la plus viscérale : l’oraison du cœur.

Par égard pour Monseigneur Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704), modérateur – et non promoteur du Gallicanisme – il est requis d’isoler la vogue des oraisons funèbres à l’époque du Roi-Soleil.

Vaste construction dithyrambique destinée à être déclamée en chair ; l’oraison funèbre visait à l’éloge d’un illustre défunt. En dehors de l’Eglise, une oraison civile peut  être dite. Il me  souvient, par exemple, de celle produite avec une emphase peu coutumière par André Malraux, dans le début des années soixante, en hommage à l’architecte Le Corbusier. Le fameux « bonne nuit, Le Corbusier ! », soutenu d’un lugubre trémolo reste dans la mémoire des témoins de l’époque.

Contemporain de Bossuet, il semble que Louis Bourdaloue (1632-1704) surnommé « le roi des prédicateurs et le prédicateur des rois », supplantât, de son vivant, l’Aigle de Meaux.

« Oraison » et « prière » sont plus que synonymes puisque le second vocable est la traduction du premier. Nous employons couramment les prières de demande, d’intercession, d’action de grâce et de louange. Malheureusement la prière quémandeuse est la plus souvent utilisée. Trop de fidèles – et de gens du commun des laïcs non pratiquants – ne connaissent de l’oraison que son but intéressé. « Je prie pour être nommé directeur de mon agence »… « Je pris pour gagner à la loterie »...

Quelle image de Dieu faisons-nous transparaître d’une telle démarche mercantile ? Et je ne parlerai pas de la prière-marchandage.

Toujours dans le verbe prier, considérons les nuances littérales autres que celles pour quémander. Qu’eussions-nous,  à l’égard  de Dieu, des convenances et prévenances raffinées ! Cela produirait d’heureuses formules, de cœur et de bouche : « Mon Dieu je vous prie de recevoir toute ma reconnaissance pour les grâces et les aides que vous m’envoyez quotidiennement et dont je n’ai pas toujours juste conscience »… « Mon Dieu je Vous prie d’agréer toutes les louanges dont je suis capable pour Vous glorifier ! »… « Mon Dieu je Vous prie de considérer la sincérité de ma foi, malgré les faiblesses faisant souvent de moi un croyant tiède voire cyclothymique »… Pourquoi ne nous mettrions pas en frais formels pour Dieu ? Pourquoi ne l’approcherions-nous pas avec le respect et le maintien exigé dans l’entourage d’un roi terrestre ? Ce Bon Dieu que l’on prend, comme qui badine, pour un distributeur de conforts matériels, ne mérite-t-il pas l’emploi à son adresse, de toute une terminologie révérencieuse ? C’est à dessein que je hausse  le  ton ; si je considère la réalité du quotidien relationnel avec Dieu dans notre décadente société permissive. Thérèse d’Avila écrit dans le Chemin de la Perfection, chapitre XXXII, 1er paragraphe :

« Quel est l’homme, si inconsidéré qu’il soit qui, voulant  demande r une  grâce  à  une  personne  grave, ne songerait tout d’abord à la manière de lui présenter sa requête pour lui être agréable et ne le froisser en rien ? »

Comment nous comporterions-nous si Dieu prenait  tout  près  de  nous  les apparences d’un personnage terrestre important ; celles d’un roi, par exemple ? Quelle serait la contenance du Français moyen devant son Dieu ? Que l’on m’enseigne le respect dû à Dieu avant de m’initier aux techniques de l’oraison ! Satan doit ricaner en voyant de plus en plus dans nos prières tant d’insidieuses tonalités irrévérencieuses… Je remarque avec plaisir la définition – au mot « prière » - du Dictionnaire encyclopédique Quillet 1970 :

« Acte de religion par lequel on s’adresse à Dieu pour l’adorer, pour lui demander de nouvelles grâces, ou pour le remercier de celles qu’on a reçues de Lui. »

Le   malheur   veut  que   le  Français  moyen  ne consulte plus tellement le dictionnaire de la langue française – encore moins celui des convenances et bonnes manières… Or, pour prier Dieu avec de belles paroles, de belles formules, de belles intentions ; on ne se présente pas devant Lui en débraillé. Que l’on ne me prêche pas la charité, l’élan mystique, les pieux exercices, la sincérité du cœur, la transparence de l’intention ; si l’on a toléré, au préjudice de Dieu, l’impolitesse, l’irrespect, la vulgarité !... L’invité aux noces de la Parabole qui n’avait pas revêtu son habit de cérémonie a bien été jeté dehors… Et je ne m’étendrai pas sur la misérable ambiance que l’on rencontre dans certaines églises où il est absolument impossible de se recueillir et de prier.

 

C’EST DIEU QUI FAIT TOUT, MAIS SOUS RÉSERVE QUE…

 

Il en va de la pratique de l’oraison comme de la maîtrise d’un voilier ; quelle que puissent être la compétence du marin et les performances techniques de l’embarcation, cette dernière restera piteusement sur le rivage, si le vent ne vient pas à souffler suffisamment fort et dans le bon sens. C’est le verset du Veni Creator : « Infirma nostri corporis virtute  firmans   perpeti »  (Soutenez  sans  cesse   par votre vertu la faiblesse de notre chair). La grâce de l’Esprit Saint est ce vent fort qui propulse l’oraison dans les eaux nourricières et insondables de l’immensité de Dieu. C’est à la fois désolant pour la fierté de l’homme et consolant pour son inéluctable et incessant besoin de Dieu : même pour prier, l’homme a besoin de la prière :

« Ȏ ! Mon Dieu

aidez-nous !

Pardonnez-nous secourez-nous !

Ayez pitié de nous ! ».

Mais à prier d’encore plus près il  conviendrait de dire :

« O ! Mon Dieu

Aidez-nous à Vous prier de  nous aider ! ;

Aidez-nous à vous demander du secours !;

Aidez-nous à vous prier d’avoir pitié de nous !... »

Mais sous le ciel, impensable, de Dieu, sous la myriade des lumières stellaires de sa miséricorde ; il est, tout bas très bas dedans la nuit terreuse de l’humanité, une luciole que va observer Dieu : la capacité  d’amour de   cet   homme  – capax dei –  qui peut aller jusqu’à le consummer, cet homme – cf. Elisabeth de La Trinité :

« Ȏ ! Mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité.

                                                                   (…/…)

Ô Feu consumant, Esprit d'amour, «survenez en moi» afin qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère.
Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, «couvrez-la de votre ombre», ne voyez en elle que le «Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances»

Ô mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude  infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie.
Ensevelissez-vous en moi pour que je m'ensevelisse en vous, en attendant d'aller contempler en votre lumière l'abîme de vos grandeurs.

Certes, cette capacité de l’homme à communier ainsi avec Dieu relève d’une quête incessante douloureusement conquise par les vrais saints ; quoiqu’il en soit il appert que l’amour de l’homme pour Dieu attire et attise le vent de l’Esprit qui va propulser le voilier de l’oraison sur les ondes divines et peut-être jusqu’en  île  de  l’extase. L’Esprit-vent    fort   moteur   de l’oraison ; l’amour capteur de cet Esprit propulsant : deux conditions grandioses pour l’oraison.

Transportons-nous dans la chapelle du Saint-Sacrement de l’église Saint-Michel à Dijon. Nous sommes le dimanche 12 février 1899. Tout à droite le long du mur, nous apercevons une petite jeune fille, elle a dix-neuf ans. Elle écrira ce soir, une fois rentrée chez sa mère, rue Prieur-de-la-Côte d’Or :

« …Le soir je faisais une bonne demi-heure d’adoration au Saint-Sacrement avant l’office de 8 heures ; qui pourrait dire la douceur de ces cœur-à-cœur pendant   lesquels   on  ne  se  croit plus sur terre, et où l’on ne voit plus, on n’entend plus que Dieu ! Dieu qui parle à l’âme, Dieu qui lui dit des choses si douces, Dieu qui lui demande de souffrir ! Jésus enfin qui désire un peu d’amour, pour le combler… (Elisabeth de La  Trinité – Journal).

Hélas ! Nous ne sommes pas des saints. Et nos désirs de navire-oraison, et nos brèves secondes de vitesse de croisière  en  spiritualité  sont noyés – c’est bien le moins – sous des heures et des jours et des mois de barbotage…

La prière administrative – plus encore que la faiblesse humaine – est le plus dur moyen de lasser l’oraison. Pas d’oraison sans amour ! L’Esprit est la participation de Dieu, mais l’amour pour Dieu relève du libre arbitre de l’homme… Or donc, afin de réussir une oraison, l’homme manifeste son amour de Dieu et Dieu envoie son Esprit. Ouvrir son amour à Dieu c’est se retirer au plus divin de soi-même (n’oublions pas que nous sommes de la Maison de Dieu – Ep. 2,19). Dieu nous a donné la liberté de L’aimer – comme de Le refuser.

Choisissons  d’aimer  Dieu !  Et,  L’aimant,  nous partirons  sans  crainte  sur  les océans d’oraison. Malgré Satan « …quia adversarius vester diabolus tamquam leo rugiens circuit, quaerens quem devoret ». (...Votre adversaire le diable tel un lion rugissant qui rôde, cherchant qui dévorer »). Satan qui, par exemple, au sujet des modalités d’expression d’amour à Dieu, oppose « exaltés » de certaines communautés nouvelles aux « administratifs    et    fonctionnaires »    des    monastères traditionnels. Si nous prenons de la distance dans l’expression de notre amour pour Dieu ; notre amour ne sera qu’un don tendu à Dieu avec des gants. Dans la prière à laquelle je fais allusion, la prière communautaire et parlée, il convient donc de trouver le juste milieu entre le débit « moulin à rata » des pharisiens et la déclamation « qui grimpe aux rideaux ». Quant au choix des prières, notons en passant que toutes les prières sont bonnes  à partir du moment où elles sont licites et dites avec le cœur. Ainsi donc, dans la véritable oraison, le vent de l’Esprit souffle, de Dieu vers l’orant – vers l’orante car je retiens de nouveau un autre témoignage d’Elisabeth de La Trinité :

« L’oraison, comme j’aime la façon dont Sainte Thérèse d’Avila traite ce sujet, lorsqu’elle parle de la contemplation, de degré d’oraison dans lequel c’est Dieu qui   fait   tout   et  où  nous ne faisons rien, où Il unit notre âme si intimement à Lui que ce n’est plus nous qui vivons mais Dieu qui vit en nous, etc…Oh, j’ai connu là des moments d’extase sublimes pendant cette retraite et depuis encore ! Que Lui rendre pour tant de bienfaits ?... Après  ces  extases,  ces  ravissements   sublimes  pendant lesquels l’âme oublie tout et ne voit que son Dieu,  ah comme l’oraison ordinaire paraît dure et pénible, avec quelle peine il faut travailler à réunir toutes ses puissances, comme cela coûte et paraît difficile !... » (Le Ciel dans la Foi, n° 14).

Le vent souffle, il n’est pas – ou plus – besoin du déballage de techniques d’oraison. Mais pourquoi le vent souffle-t-il ? Eh bien, dans le cas présent, parce que l’orante a délibérément choisi d’aimer Dieu :

« O ! Mon Dieu, que chaque battement de mon cœur vous redise cette offrande. Je suis à Vous, je Vous appartiens, faites de moi ce qu’Il vous plaira ; je suis votre victime ». (Note intime du 16 Juillet 1900).

Dans l’oraison c’est Dieu qui fait tout ; mais sous réserve  que   l’homme   mette   en   œuvre   son  libre arbitre d’amour pour Dieu.

 

LA PRIÈRE DU CŒUR.

 

« Quantité de méthodes d’oraison sont possibles. L’important est qu’elles respectent la liberté » (Catholicisme hier, aujourd’hui, demain – Tome XI – Mathon-Baudry, Ed. Letougey-Ané, Paris 1988).

Attention à la prière en conserve livrée avec sonneries incorporées ! Je privilégierai toujours la prière faisant l’objet d’un libre choix dans ses formules et ses modalités, et qui n’impose pas la récitation d’hymnes récents et bâclés n’ayant vraiment rien de sacré.

Dans la Montée au Carmel (L.3 ch.44, 4) Saint Jean de La Croix nous écrit :

« Quant aux conditions qui doivent accompagner notre prière, le Christ nous laisse le choix entre deux seulement, il faut prier dans le secret de la retraite, loin du tumulte et à l’abri des regards, afin de le faire avec plus de liberté d’esprit et de pureté de cœur, comme il nous l’enseigne  par  ces  paroles  : quand tu pries, entre dans ta chambre, et là, prie la porte close (Mt 6,6) ; ou bien il faut prier  dans  les  lieux solitaires, ainsi qu’il le fait Lui-même, et durant la nuit, comme au temps le plus paisible et le plus favorable (Lc 6,21).

L’auteur de la Nuit obscure apporte des précisions circonstanciées :

« Il n’y a donc pas lieu de se fixer certaines époques et certains jours comme préférables les uns aux autres pour accomplir ces dévotions ».

Le Fils de l’homme, qui n’avait pas d’oreiller où reposer sa tête, priait en tous lieux, à  toutes heures et même dans les endroits les plus désolés. Les Pharisiens, eux, priaient bien au doux, à heures fixes comme des tâcherons de la prière ; et tout au loin de la pensée du prochain. Lorsqu’il n’y a plus de temps, plus de tranches horaires pour la prière et plus de livres de prières ; il ne reste plus que le cœur…et le prochain ; avec bien évidemment Dieu toile de fond et oxygène du tableau. Bref, il ne reste plus que l’essentiel    sous   le   Ciel.   Dans    cet   espace   nous n’aurons plus l’option de l’oraison administrative avec carcan horaire et sonneries incorporées. Notre oraison sera celle du cœur, celle du pauvre  évangélique,  et   nous   ne   programmerons  pas Dieu de cinq à sept. Il n’y aura pas de « pause-Jésus », de dinette pieuse.

La prière du cœur ? Elle coûte notre libre-arbitre de regarder le prochain avec les yeux de l’âme ; de prier en tout lieu et quotidiennement Dieu à travers et pour le prochain. La prière du cœur ? Elle coûte notre « oui » à l’Amour. Que notre amour pour Dieu-Amour soit naturel comme une fonction vitale qui va de soi, comme la respiration. Par la voie du cœur l’oraison devient divine et simple. Après le Communion nous sommes devenus des ciboires intérieurs, nous portons le Christ en nous, ainsi nous sommes chacun de nous ni plus ni moins qu’un tabernacle humain donc provisoire et intermittent.  Nous sommes de la Maison de Dieu ; nous sommes la Maison de Dieu. Et ce, dans les besognes les plus quotidiennes. Elisabeth de La Trinité écrivait, le 29 Juillet 1903 depuis le Carmel de Dijon :

« Je travaille, lorsque je n’ai pas de balayage, dans notre petite cellule. Une paillasse, une petite chaise, un pupitre sur une planche, voilà le mobilier, mais c’est plein de Dieu et j’y passe de si bonnes heures seule avec l’Epoux (…) Nous sommes si bien tous les deux, je me tais, j’écoute…  C’est  si  bon de  tout entendre  de Lui ; et puis je l’aime tant en tirant l’aiguille et en travaillant dans cette bure que j’ai tant désirée porter. Chère Madame (…) oh ! vivez  en  Lui,   rendez-Le  vivant    par  la  foi,  pensez  qu’Il demeure en votre âme et tenez-Lui sans cesse compagnie, n’est-ce pas ? Unissons-nous pour faire son bonheur et, pour cela, que notre vie soit une communion continuelle ! » (Lettre n° 168, à Madame Angles).

Et puis en décembre 1905, dans la lettre n°252 :

« Aimez toujours la prière, et quand je dis la prière, ce n’est pas tant s’imposer quantité de prières vocales à réciter chaque jour, mais c’est cette élévation de l’âme vers Dieu à travers toutes choses qui  nous  établit  avec la Sainte  Trinité  en  une  sorte de  communion continuelle, tout simplement en faisant tout sous son regard ».

Oraison maîtrisée ? Oraison scolastique ? Oraison libre ? Oraison exemplaire ? Certes bien sûr il faut tout mettre en œuvre pour atteindre cette amplitude orante. Mais pensons à l’oraison des pauvres évangéliques qui se fait loin des chapelles chauffées et des horaires programmés. Un jour, les églises peuvent être fermées définitivement – elles le sont d’ailleurs plus ou moins dans la plupart des villages – un jour, toute manifestation cultuelle peut être prohibée ; un jour l’Europe de l’Ouest  peut être envahie… Un religieux  me   parlait   tantôt   de   son  oraison  dans  le  train.  Forte caution à mes présentes argumentations. Argumentations au travers desquelles j’ai voulu simplement énumérer quelques modalités, souligner la motivation essentielle de l’oraison qui est notre amour pour Dieu que nous Lui exprimons ; pour enfin poser la question de la finalité de cette oraison. Et si cette vraie finalité de l’oraison n’était autre que la faculté de continuelle communion avec Dieu, nous portant à tout faire sous son regard ?

 

___________ 

 

LA PRIÈRE DE MARIE

 

Quae est ista quae pregreditur quasi aurora consurgens, pulchra ut luna, electa ut sol, terribilis ut castrorum ordinata ?

Quelle est celle-ci qui s’avance comme l’aurore naissante, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille ?

(Cant. VI, 10)

Quae est ista ?

Comme à la Salette, à Lourdes, à Fatima ainsi que dans la plupart des lieux de ses apparitions ; Marie revient toujours dans le silence et dans le vent.

« Quae est ista ? », se dirent les anges lorsque le jour de l’Assomption elle apparut au Ciel. Enfin, mais qui est donc celle-ci ? Qui est cette Marie qui ne demandait rien à Dieu et que Dieu vient chercher ? Qui  est  Marie  qui  sur  terre parla si peu, si peu ?  Luc nous la résume – plus qu’il ne nous la désigne – « Une  vierge  fiancée  à  un  homme  du nom de Joseph  (…) et le nom de la vierge était Marie » (Lc 1,27). Or la première réaction de Marie est le silence : « A ces mots elle fut bouleversée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation ». Dès le début Marie est du silence, elle ne parle pas sa question, elle la pense. Il faut absolument noter, relever, voire découvrir que Marie recherche également la chasteté en matière de paroles, comme si elle tenait à éviter le plus souvent possible la souillure des mots. Marie évitera de parler autant que cela lui sera possible. Et quand elle parlera, elle professera l’essentiel : « Je suis la servante du Seigneur : qu’il m’advienne selon sa parole » (Lc 1,38).

Marie aura toujours, durant sa vie terrestre, un souci radical de concision. Se rend-t-on vraiment compte de l’indicible énormité de l’événement ? : « Voici que tu concevras et enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, et on l’appellera Fils du Très-Haut ». (Lc 1,31) Ah ! Qu’il faut tenir compte du Magnificat qui fut la plus longue intervention verbale de Marie, et qui appartint à l’aube de l’époque la plus heureuse de sa vie. Car, plus Marie souffrira et moins elle parlera. Et quand ses souffrances auront atteint le paroxysme de la douleur, elle se taira complètement.  Mais, présentement, Dieu la désigne pour être la Mère de de son Fils, et Marie, somme toute, est économe en paroles et jamais par la suite elle n’en dira autant. Mais enfin qui est celle-ci qui ne parle presque pas  et qui, lorsqu’elle  parle, en dit le moins possible ?

Pour moi la scène la plus typique au niveau de la narration lapidaire est bien celle de la Nativité, qui se résume en une seule phrase : « Elle mit au monde son Fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie » (Lc 2,7). Marie fait les choses avec une extrême économie de moyens – et surtout de paroles – et nous arrivons, toujours en Lc, 2, 51, à cette phrase capitale et intrigante par son inédit et son exception : « Et sa mère gardait fidèlement tous ces souvenirs dans son cœur » (cf. aussi Lc 2,19). Marie, de plus en plus, accomplira les actes les plus simples, et surtout sera victime des peines et des douleurs les plus inhumaines, avec le minimum de paroles.

Mais enfin, qui est celle-ci qui ne dit mot quand bien même il lui arrive un destin de mère aussi exceptionnel ? Mais enfin qui est cette inconnue « qui a donné l’être et la vie à l’Auteur de toute grâce ! » (Louis-Marie Grignion de Montfort). N’oublions jamais que Marie était une créature humaine. Dieu fit tant pour elle, et en elle, qu’elle devint de plus en plus transparente, humble et silencieuse, comme absorbée en Lui…

Aux noces de Cana, Marie prononce la phrase la plus fonctionnelle pour la circonstance : « Ils n’ont plus de vin » (Jn 2,3) puis immédiatement après : « Tout ce qu’il vous dira faites-le ! ». Marie a donc une confiance  absolue  dans  son  Fils ; elle sollicite pour les invités, elle sait qu’infailliblement sa requête sera exaucée.

Mais enfin, qui est donc celle-ci qui s’estime exaucée dès lors qu’elle demande – et quand bien même il peut sembler qu’elle soit rabrouée : « Que me veux-tu Femme ? » (Jn 2,4).

Près de la croix lorsque Jésus expire, Mathieu ne cite pas la présence de Marie. Marc ne cite pas la présence de Marie. Luc ne cite pas la présence de Marie. Seul Jean voit et nous écrit : « Près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec d’autres femmes » (Jn 18,25). Sa mère qui ne dit rien lorsqu’elle atteint le paroxysme de la douleur morale ; l’aboutissement de ses douleurs morales. En effet, qui pourra nier que durant l’enfance, durant l’adolescence et jusqu’à la veille de la fin terrestre de Jésus, Marie n’a pas perçu par intuition de son cœur de mère les douleurs qui étreindraient son Fils ? Rappelons-nous que par deux fois en peu de temps Luc nous écrit : « Et sa mère gardait fidèlement tos ces souvenirs en son cœur ». (Lc 2,19). Trois des quatre évangélistes ne parlent pas de Marie auprès de la croix, afin peut-être que le dernier qui en parlerait nous assène le dépouillement, le silence flagrant, le statisme palpable de la douleur de Marie : « Près  de  la  croix  d  Jésus  se  tenait sa mère ». Stabat mater (dolorosa s’il est bon de le préciser)… Je pense aux premières mesures du Stabat Mater de Pergolèse, à ses notes résignées et  obstinées qui glacent  et fixent l’attitude immuablement douloureuse de Marie : « Près de la croix de Jésus se tenait sa mère » ; tous les disciples fuyant, elle est restée seule près de la croix »…

A la Pentecôte (Ac 2,13) le nom de Marie n’est pas mentionné puisque sa permanence dans l’Eglise naissante est plus qu’évidente. En Ac 2,1 : « Le jour de la Pentecôte était arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu ». On doit déduire : « ils se trouvaient tous ensemble, dont Marie mère de Jésus, dans un même lieu ». Toutefois, en Ac 1,14 on trouve la mention de la présence de Marie, mais elle n’est mentionnée  que la dernière : « Tous d’un même cœur étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie, mère de Jésus… »

Mais enfin, qui est donc celle-ci, tellement omniprésente dans la participation à la prière des premiers Chrétiens que son nom n’est plus mentionné qu’une fois sur deux, et que même Luc nous en laisse déduire la présence ?

Celle-ci est l’orante la plus parfaite. Jamais aucune âme ayant habité un corps issu de parents terrestres ne priera mieux que Marie. Marie est humble, elle obéit instinctivement aux desseins de Dieu sur elle, croit   à   l’exaucement  de  sa   prière  dès  lors  qu’elle l’émet, entretient une vie intérieure inégalée puisqu’elle garde toutes ces choses dans son cœur, et  se  tient  là : « stabat  mater ». Elle est  prière sans mots, sans gestes ; elle est prière  vivante ipso facto. Elle va au cœur de la prière, elle est au cœur de la prière, elle est prière du cœur. Elle annonce la finalité de la prière que saisira quelques siècles plus tard Elisabeth de la Trinité : « la prière, communion continuelle avec la Trinité, tout simplement en faisant tout sous son regard ».

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Extraits de MATER CASSTISSIMA

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