La Poésie

*

POUR UNE POÉSIE AUX MULTIPLES FACETTES

 

 

Lors de la Journée Nationale de la Poésie, j’ai entendu sur les ondes quelqu’un dire péremptoirement : « La poésie ne doit chanter que la beauté. Ce qui est laid n’a pas de place dans la poésie ! ».

Il est évident que dénoncer ce qui ne va pas dans le monde comme autour de soi – parler, en somme, d’autres choses que de la beauté – a toujours dérangé les bonnes consciences obliques, les nantis, les salauds et autres fabricants du Quart Monde ; et qui affichent devant leurs yeux repus que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ! ». La poésie a certes la vocation de divertir, d’apporter le rêve et de « changer les idées » aux gens ; mais il ne faut pas oublier que, pour elle, se manifester en tant que valeur sociale est primordial. Victor Hugo nous affirme :

« Le poète est à la fois fait de menaces et de promesses. L’inquiétude qu’il inspire aux oppresseurs apaise et console les opprimés. C’est la gloire du poète de mettre un mauvais oreiller au lit de pourpre des bourreaux. »

Ne voir qu’une démarche à la poésie est tout à fait obtus. J’ai coutume d’énoncer quatre vocations de cette poésie :

-faire de la musique avec les mots ;

-chanter l’amour et la beauté ;

-divertir, faire rêver ;

-se manifester en tant que valeur sociale.

Il en est d’autres, et pas forcément mineures : l’introspection, par exemple. Le poète n’est pas qu’une machine à écrire ou à décrire. Il est humain qu’il se fasse connaître au lecteur, qu’il parle de sa vie, de ses bonheurs, de ses peines. Il n’est pas unique au monde dans son essence, dans son genre ; des milliers d’êtres lui ressemblent et pensent comme lui. Des milliers de semblables qui aiment à se retrouver en lui et qui le remercient de mettre au jour des pensées, des sentiments, des espoirs qu’ils ne savent pas traduire facilement. Se retrouver au travers des pages d’un auteur a toujours été une source de satisfaction, de consolation.

A condition qu’elle se taille une morphologie technique convaincante ; la poésie a son mot à dire dans tous les domaines. L’étiquette indélébile que l’on peut coller sur cette forme littéraire sous-estimée qu’est la poésie : c’est  bien la concision. A l’aide d’une architecture adaptée (le choix juste de la longueur des vers et des strophes – pour ce qui est du vers de facture classique – l’ossature, pour ce qui relève du vers libéré) ; à l’aide d’une justesse irréprochable des mots et du ton adapté aux idées à faire passer : elle doit être la percussion même qui captive, entraîne, informe le lecteur en un minimum de temps. Et c’est là son impact moderne. Le lecteur de 1985 n’a pas toujours le temps de se plonger dans des feuillets copieux. Il lui faut des éclairs littéraires qui l’informent rapidement.

Je souligne évidemment l’importance indicible de la chanson qui est la co-équipière de plus en plus souhaitée à la poésie.

Dans les rues de 85, la poésie doit être multiforme. Elle doit être « classique » (au sens littéral du terme : s’adresser à toutes les classes sociales). Elle doit être disponible et à l’écoute de tous et de tout.  A l’écoute des friselis aguichant les sous-bois du printemps, mais aussi à l’écoute des bordées de l’actualité fracassant le pavé. Elle doit savoir s’évader des salons mondains sclérotiques pour s’époumoner le long des barbelés des frontières.

Le mot « Vie » demeure pour elle le meilleur synonyme.

« Il faut être un homme vivant et un auteur posthume ». (Jean Cocteau, 1889-1963)

 

Extrait de FLORICA n° 12 – Août 1985.

 

 

VILANELLE

 

A René Bonnet de Murlive.

 

Bel-les* Lettres divertissent

D’un quotidi-en navrant ;

Les grands livres réjou-issent.

 

Soucis, travail abrutissent,

Mais quand le soir va tombant,

Bel-les Lettres divertissent.

 

Lorsque les heu-res languissent

Dans la nuit s’éternisant ;

Les grands livres réjou-issent.

 

Désœuvrements n’appauvrissent

L‘hom-me d’esprit vigilant ;

Bel-les Lettres divertissent.

 

Que descendants s’enrichissent !

Apprenons vite à l’enfant :

« Les grands livres réjou-issent,

 

Bel-les Lettres divertissent ! » 

 

*N.S. La vraie poésie correctement écrite étant en voie de disparition ; j’aurai parfois coutume de noter ainsi les diérèses, afin d’indiquer au lecteur débutant la façon correcte de lire le mot. J’emprunte cet amendement à René Bonnet de Murlive – Maître de l’Ecole de la Poésie syllabique – à qui je rends hommage pour le travail admirable qu’il réalise en vue de la promotion et de la sauvegarde de la véritable poésie.

 

Extraits de FLORICA n° 25 – Décembre 1988.

*

IL NOUS FAUDRAIT

 

Il nous faudrait des mots d’azur,

Des poésies jolies,

Fraîches et vivantes comme une aube ;

Qu’on lirait au réveil

Et qui nous tiendraient chaud

Durant toute la journée,

Comme un rayon de soleil !

 

_______

 

RENAISSANCE

 

J’ai envie de vrais mots neufs

     sans arrière-pensées ;

Des mots jeunes

     qui sentent le matin frais,

     qui chantent comme le chant du coq,

     qui fleurent bon le croissant chaud.

Pour les autres mots :

     les vieux mots,

     les mots de moisissure ;

Qu’ils se taisent !

Qu’ils se cachent

     et surtout qu’ils n’aient plus d’odeurs !

Je ne veux côtoyer

     que les seuls mots de vie.

 

Extraits de FLORICA n°17 – Novembre 1986.

*

BONNE ANNÉE !

 

Aux poètes mis au ban de la société.

 

 

Ne venez pas à moi

C’est moi qui vais à vous,

En chair et par courrier !

Poètes de France ou bien d’ailleurs

-mais poètes vrais et viscéraux-

Ne mourrez plus, j’arrive !

 

Comprenez-moi :

J’ai tant perdu de temps

     avec les faux poètes

     et les muses fades de la même mousse ;

Que j’ai envie de vie

     sans fards, sans sucreries

     et sans cholestérol…

 

Vous savez,

     en fin de comptes :

Je suis sans doute un égoïste

     à ne vouloir faire que ce que j’aime,

Même si c’est avant vous,

Même si c’est avant tout pour vous.

Enfin tout le monde est gagnant :

Vous avec moi

Moi z’avec vous.

Sans oublier la syntaxe,

     la grammaire,

     la musique,

     l’originalité

Et tout ce qui peut servir

     nos riches personnalités de poètes.

 

Comprenez-moi :

L’argent ne m’a jamais intéressé…

Ceci explique cela.

Je veux vivre pour la vie

     et je veux que vive la vie

Dans les yeux de mes semblables.

Je n’ai pas demandé la vie

-Vous non plus

     n’avez pas demandé la vie –

Alors pourquoi en supporter les conséquences fâcheuses ?

Vivons plume à la main

     ou ne vivons pas du tout !

L’argent ne m’a jamais intéressé

     comme valeur tabou,

     comme valeur toute seule.

Je n’en ai besoin

     que pour manger

     et m’offrir un gîte.

Je n’en aurai plus tard besoin

     que pour l’assiette de ma compagne,

     le toit de ma compagne

     -si telle est sa requête-

Et le bonheur de mon possible enfant.

Et le trop de mon escarcelle

Il sera donc pour mon apostolat

     dont vous êtes les très chers hôtes.

 

Mais j’aime la discipline,

Le vrai vers frais

     et la musique sans couac.

Quand vous saurez cela

     vous pourrez tirer la chevillette

     et le Nicolas Sylvain choira.

Pas besoin de montrer patte blanche !

Comme je l’écrivais plus haut :

Pas de chichis, de patchouli,

De poésies bancaires,

De lyrisme aseptique,

De muses Marie-Chantal !

 

Holà les vers sont sur la table

     emplis de sève sans étiquette !

Pas de discours, de patenôtres !

Buvons, mes sœurs, buvons, mes frères,

Communions à la Poésie

A la mémoire de tous nos maîtres :

Villon, Ronsard et Aragon,

Verlaine, Prévert et Pierre Seghers !

 

Je n’accepte qu’une étiquette

     celle de « Serf de la Culture ».

Et pour vous faire une idée vraie

     du pèlerin que je suis ;

Représentez-moi en cotte de mailles !

Un poète en cotte de mailles.

Je suis un poète-éditeur en cotte de mailles.

 

Poésie musicale et sociale,

Poètes vrais, vers guillerets sans apprêt ;

Poètes pas forcément établis,

     ni nourris, ni vêtus, adulés,

Poètes pas non plus forcément libres,

Poètes rejetés ou exilés :

Je suis là Sylvain vous tend les bras.

A vous et bonne année !

 

Extrait de FLORICa n°22 – Mars 1988.

 

« Je crois devoir vous signaler la revue FLORICA dont le Fondateur M. Nicolas SYLVAIN est un animateur généreux, d’esprit large et dévoué à la Poésie ! Au-delà de tout désir mercantile. Indifférent aux « copinages » et au lucre : les seuls talents, de tous genres, l’intéressent pour la publication dans un des 4 numéros d’une année. »

René Bonnet de Murlive.

(4 Mars 1989)

*

L’INTEMPOREL

 

« Pei-ne d’écrire, inspiration » :*

Je n’ai jamais compris ces mots

Et je les traîne en dérision.

 

Je n’ai jamais compris ces mots.

Celui qui a beaucoup à dire

Ne tour-ne pas autour du pot.

 

Celui qui a beaucoup à dire

Igno-re l’encoura-ge-ment ;

Il écrit tout comme il respire.

 

Igno-re l’encoura-ge-ment

L’auteur sincè-re qui n’a cure

De l’admira-ti-on des gens.

 

L’auteur sincè-re qui n’a cure

Des succès frivo-les, des gloires,

Des envies de tou-te na-ture.

 

Des succès frivo-les, des gloires,

Je m’en suis toujours défilé,

L’œil sec devant mon écritoire.

 

Je m’en suis toujours défilé,

Et si mon chant est d’aujourd’hui

Il sera demain écouté.

 

Et si mon chant est d’aujourd’hui

-Serais-je ou ne serais-je plus

Quand on lui don-nera crédit ;

 

-Serais-je ou ne serais-je plus –

Qu’impor-te ! J’écris pour les autres.

Narcis-se je le fais cocu.

 

Qu’impor-te ! J’écris pour les autres,

Et souvent mes chants je les offre,

Moi le tant famélique apôtre.

 

Et souvent mes chants je les offre.

L’hom-me vend rare-ment son sang

Avec l’idée d’emplir ses coffres.

 

L’hom-me vend rare-ment son sang ;

Il en vit, parfois il le donne.

Je ne sais pas être marchand.

 

Il en vit, parfois il le donne,

Le Don Quicho-te que je suis,

Avec un plaisir qui étonne.

 

Le Don Quicho-te que je suis,

Se trou-ve adoubé par la joie

Quand rayon-ne son égérie.

 

Se trou-ve adoubé par la joie

Ce très long gitan-chevalier

Qui ne veut suivre d’autre voie.

 

Ce très long gitan-chevalier

-Peti-te consœur Dentellière-

Ne veut d’au-tre félicité.

 

___________

 

*typographie syllabique afin de conduire à la bonne prononciation du vers.

 

FLORICA n° 3 – Février 1983.

"Don Quichotte" - Michel Bouveret (Jura) 1979.

 

VERS PARISIENS RETROUVÉS

 

 

…Mais par ici Paris, passons !

C’est la rue d’Alésia qui croise

Rue de la Tombe Issoire. Allons

Dans ce XIVème  où l’ardoise

 

Des rues m’est découverte enfin !

Du Clos des Morts du Montparnasse

Au Parc Montsouris. De Cochin

A la Porte de Vanves. Hélas

 

Jamais je ne connus l’adresse

Où naquit, parisien, mon père !

Incongru-i-té, maladresse

Du destin. Ce qui fait que j’erre

 

De la Porte de Chatillon

Au bou-le-vard Edgar-Quinet ;

Et de la rue Abbé-Carton

Venant de la rue Bardinet.

 

Qu’importe à vrai dire et merci

A Dieu qui, par le Mardi Gras,

Me fit pérégriner ici

En tricotant d’infinis pas !

 

Et  je reviens, par le Vème

Sans toujours afficher de masque.

Franchissant la Seine au XIIème,

La face épargnée par les frasques.

 

Semaine humaine à piétonner

Dans ce Février parisien,

Mais cependant sans piétiner,

Sous ma tenue de forestier.

 

D’un gros Mardi Gras dans Paris

J’en rêvais et me réveillant

Le Jour de l’An ; le vœu je fis

De m’y couler tout ronronnant ;

 

Escomptant lutiner minettes

Dans leurs ébats carnavalesques ;

Et m’écarquiller les mirettes

En pondant vers chevaleresques.

 

Mais le vers censeur a rugi :

« Pas de minette à lutiner !

Il ne faut oublier Fabie

De Gentilly et la chanter » :

 

Fabienne ô ! Faon, Petit Faon,

La rue d’Arcueil te recueille

Et mon cœur bretteur t’accueille.

Fêtons cette union d’ahans !

 

(1987)

Carte reçue du Vietnam, adressée par Céline Nguyen en 2013.

 

LE MONDE, COMME RAISON ET REDEMPTION

 

                                                                                                   À Céline Nguyen

 

Le Monde est nouveau, il honnit

Patriotisme obtus, racisme.

Inde et Maghreb, Vietnam, Russie,

Europe, USA : mondialisme !

 

Je vaincs, désormais, ces mots vains,

Les tenants du Passé qui fut

Fratricide et, foi de Sylvain,

Mon âme au loin voit son salut.

 

Besançon (Doubs) Quai de Strasbourg

Vendredi 2 Novembre 2018

Carte reçue du Vietnam, adressée par Céline Nguyen en 2013.

 

 LE POĖTE *

 

Le Robert de Poche – Paris, 1993 (célèbre et incontournable dictionnaire français) – donne au mot « poète » les définitions suivantes : « I. Créateur en langage (aujourd’hui écrivain) qui fait de la poésie. II. Personne douée de poésie ». Ces deux définitions ne me paraissent pas du tout limpides, elles semblent même embrouillées  comme si – finalement – on ne savait plus exactement ce qu’est la poésie. Alors, bien que raffolant du passage des frontières – en esprit et par la plume – je vais tenter une approche du sens de cette poésie en partant d’où je suis, c’est-à-dire de la France.

Une date-phare, une date culte : la Journée de la Poésie du 21 Mars 1982. Jack Lang, ministre de la Culture depuis l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République (1981) lance une Journée nationale de la Poésie – suite à la Journée de la Musique qu’il avait instituée l’année d’avant. Cette initiative de sortir la poésie des greniers ou des rayons empoussiérés des librairies, fut souvent mal interprétée. Au lieu de faire découvrir les poètes existants, l’on pensa qu’il fallait inciter tous les Français à écrire de la poésie… De sorte que l’on vit surgir, lors des séances publiques de dédicace et des expositions diverses découlant de cette Journée Nationale, une pléthore de poètes d’un jour dont, bien évidemment l’on n’a plus le moindre souvenir aujourd’hui… Et le grand public retint de cette manifestation que la poésie, finalement, est  un  art  à la portée  de  tous ! Et c’est maintenant, plus d’un quart de siècle plus tard, que nous ressentons les méfaites de cette estimation erronée, en considérant que les éditeurs sérieux – faute de la demande des lecteurs – se risquent de moins en moins dans la publication de la poésie… Aussi ai-je trouvé une alternative en proposant désormais des publications mêlant la prose et la poésie. Ce présent titre comporte d’ailleurs plus de prose que de poésie. Composons ce livre papier ou cet e-book de genre divers, de textures variées, d’une palette de thème, de quelques illustrations et photographies : et voilà un ouvrage attrayant et convivial qui demeure toutefois didactique. Car la poésie est boudée, et par les lecteurs qui n’en achètent plus, et par les poètes qui refusent d’apprendre à l’écrire…En 2014, éditer un ouvrage uniquement composé de poésies  est une erreur dispendieuse. La seule poésie assurée de s’exprimer est celle qui est mis en musique et chantée par un interprète de talent. Aussi, des maîtres tels que Georges Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré – et d’autres, je ne puis les nommer tous – sont passé à l’immortalité en étant assurés de l’édition sans fin de leurs œuvres. Une mention spéciale au génial chanteur espagnol Paco Ibañez – dont le passage à l’Olympia de Paris en 1973 laissera le souvenir d’un évènement mythique. C’est grâce à lui que j’ai découvert la poésie espagnole d’aujourd’hui et de toujours. C’est grâce à lui que j’ai porté une révérence particulière à la langue espagnole.

Certes, les grands auteurs français de tous les siècles : Villon, Ronsard, Verlaine, Aragon seront toujours édités aussi bien en ouvrages de luxe qu’en livres de poche ; mais relevons bien la popularité supplémentaire – auprès du grand public – que l’art de la vraie chanson peut leur apporter de surcroît.

De nos jours, l’authentique auteur irrésistiblement attiré par l’écriture poétique, seule, sans musique, doit prendre en considération les deux règles draconiennes suivantes :

-         apprendre à écrire,

-         écrire pour des lecteurs.

Chaque poète pratiquant la poésie depuis assez longtemps peut donner un avis, personnel, sur ce qu’est pour lui la poésie. L’estimation varie d’ailleurs d’un poète à l’autre. Il n’est pas question pour moi de statuer sur ce qu’est ou sur ce que n’est pas la poésie. Aussi, simplement, vais-je vous faire part, non pas de mes définitions de la poésie, mais de mes estimations. (Je vous promets de ne pas m’étendre sur l’une des propriétés de cette poésie qui, puisqu’elle utilise moins de mots que la prose, est une discipline pour le paresseux intellectuel que je suis…)

La formation de base du poète : commencer par l’écriture de la prose et passer ensuite à celle de la poésie.

La concision : un poème est un bijou, une ciselure, un parfum. Il ne convient pas qu’il tombe dans le verbiage et le bavardage. Et s’il est de quelque longueur il doit passionner le lecteur jusqu’au bout (cf. Aragon).

La musique : en faire par tous les moyens : par la rime,  par la répétition des mots (cf. Charles Péguy), par des inventions personnelles dans le choix et l’agencement des mots. Plus encore, vue la prolifération de l’exécrable poésie charriée quotidiennement à doses massives sur l’internet international – ce qui en fait un genre  mineur, bâtard, inapte à l’édition traditionnelle – convient-il de la mettre en musique et de la chanter soi-même ou de la faire chanter…

Et nous abordons l’étude des étonnantes facultés du poète – né poète.

Le poète a réellement quelque chose à dire. Il possède suffisamment de richesses en lui pour ne pas être contraint de faire appel à l’actualité du moment pour trouver quelque chose à dire ; afin de faire voir qu’il est quelqu’un de bien puisqu’il pense à ce qui se passe dans le monde… Ainsi donc le poète n’est, ni un mouton, ni un hypocrite.

Le poète est toujours d’une grande sensibilité. Sensibilité enfouie ou bien extravertie. On peut alors le comparer à une pellicule photographique qui absorbe les lumières lui parvenant et qu’il va fixer sur le papier par la magie de ses mots à lui – qui ne sont pas les mots de tout le monde.

Le poète est un puits de contradiction. Dans la mesure où il devient réceptacle de ce qui l’entoure, il peut parfois être en conflit – un conflit entre lui qui reçoit des impressions malgré lui, et ces impressions qu’il peut juger négatives ou franchement noires. S’il obtempère à ces pénibles sollicitations du monde, on le dit « poète maudit ». Et s’il se ressaisit, sans doute peut-il être enclin au mensonge : on ne veut pas qu’il décrive le monde tel qu’il est ? Eh bien ! Il va le transcrire tout beau ce monde si laid… Il va donner dans l’eau de rose pour faire plaisir aux sbires d’un certain nouvel ordre mondial qui veut tout normaliser , verbaliser, aseptiser, asexuer, robotiser pour que tout soit plus facile à gérer et à dominer par la future dictature mondialiste. Ainsi le vrai poète n’est pas libre d’écrire ce qu’il veut, il lui faut la qualité suivante :

Le poète est un visionnaire un intuitif pur qui estimera sans faille l’opportunité du moment pour écrire ce qui doit être lu. Ce qui doit être lu, un jour, pas forcément de son vivant, d’ailleurs. Le vrai poète n’est pas calculateur, il transmet ce qu’il croit être utile de transmettre à ses semblables ; sans arrêter un calendrier pour le succès de ses écrits. Ce qui ne vaut rien disparaîtra sans laisser la moindre trace ; ce qui est utile pour ses semblables un jour sera connu par le plus grand nombre.

Le poète est un instinctif.  Il procède de l’esprit de finesse et non de celui de géométrie. Un vrai poète ne raisonne donc jamais.

Le poète est fréquemment malheureux. A moins de vivre très longtemps pour apprendre à se connaitre vraiment ; à moins d’avoir dompté toutes les forces incontrôlables qui conduisent sa plume, il sera souvent un être à deux visages.

Le poète peut avoir la chance de mettre son talent au service d’une grande cause ou bien d’un être hors du commun – cette dernière issue demeurant toutefois rarissime. Les grandes causes ne manquant jamais de par le monde, je retiendrai le cas de l’être d’exception duquel le poète va devenir une sorte de secrétaire. Je vous emmène en Allemagne. Clémens Brentano (1778-1842). Auteur de romans, de nouvelles, de satires, de comédies, de drames et de poésies diverses ; il est réputé pour sa vive imagination et une bizarrerie systématique. Né protestant, il se convertira au catholicisme et passe ses dernières années dans une abbaye de Münster. Ses écrits sont empreints d’un certain mysticisme. Mais ce qui devait rester de lui – et lui assurer une postérité voulue par l’Autre Dimension – est son travail de « secrétaire » qu’il fit au chevet de la grande mystique Anne-Catherine Emmerich (1774-1824). Elle l’appelait souvent « pèlerin ». Les pages écrites au service de cette âme d’exception firent sa réputation définitive.

Le poète peut devenir lui-même un être d’exception et voir ses poèmes mis en musique et chantés – ou réédités sans discontinuité – longtemps après sa disparition de notre plan terrestre. Citons Jean de la Croix (Juan Yépes) saint et mystique espagnol (1541-1591). Sa poésie composée en langue castillane, dans les formes du temps, est faite de 999 vers. Des poésies de sainte Thérèse de Lisieux (Thérèse Martin) carmélite française (1873-1897) une bonne douzaine de CDs a été enregistrée. Bientôt, peut-être même très bientôt – une première tentative de datation, fantaisiste, avait même été programmée pour le 21 décembre 2012 – une vague de tribulations sans préavis et sans précédent ravagera le monde en détruisant tout le patrimoine  culturel de l’humanité. Les poètes d’alors chanteront les mots pour la survie des âmes de leurs semblables ; s’en sera fini des artistes mercenaires et astucieux créant ce que le monde a envie d’entendre ; s’en sera fini de composer servilement pour le poétiquement correct qui rapportait palmes académiques ou fauteuil d’Académie, Grand Prix national de la chanson, Légion d’honneur et postérité dans les manuels scolaires…Les cendres des statues et des tombeaux des gloires factices – et combien éphémères – disparaîtront même sous les tempêtes apocalyptiques…

 

Chère lectrice, ou cher lecteur : après ces quelques réflexions, quels vœux puis-je vous adresser – pour le cas où vous écrivez de la poésie ou que vous désirez en écrire ? Je vous exhorterai en première instance à ne pas écrire que de la poésie…Je vous souhaite, globalement, d’être sensible, de ne pas être un puits de contradictions, d’être visionnaire, d’être intuitif, d’éviter de vous rendre malheureux, d’avoir réellement quelque chose d’utile à dire à vos semblables, de fuir la vanité des prix et des médailles en chocolat, de pouvoir mettre votre talent au service d’une grande cause ou d’un être d’exception, d’être utiles à vos semblables lorsque tout semblera perdu et, bien évidemment, de devenir vous-même un être d’exception – pour le cas où cela ne serait déjà fait !

C’est la grâce que je vous souhaite !

 

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*Extrait de «  FLEUR, EN JOUE ! » dédié à Céline Nguyen.

(E-book et livre papier, 178 pages, à : Numilong.com -

 ISBN : 978-2-9516161-8-9 – Mai 2009- 14 €.)

Repris dans « LE POÈTE, CE ROI » » e-book sur

www.nicolas-sylvain.jimdo.com